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Auteurs
Francine Laden et al. Journal of the National Cancer Institute, 93(10): 768-776 (2001).

Le 1,1-dichloro-2,2-bis(p-chlorophényl)éthylène, les biphényles polychlorés et le cancer du sein : analyse combinée de cinq études américaines

Il est généralement reconnu que l’incidence du cancer du sein n’a cessé de progresser au cours des 50 dernières années; cette progression demeure cependant inexpliquée. Selon certains, l’exposition à des substances à action hormonale présentes dans l’environnement pourrait jouer un rôle important dans ce phénomène. Aussi la relation entre l’exposition à des substances organochlorées et le risque de cancer du sein a?t-elle été largement étudiée. On s’est notamment intéressé au lien entre, d’une part, l’exposition à des composés organochlorés comme les biphényles polychlorés (BPC) et le principal métabolite in vivo du DDT (le 1,1,-dichloro-2,2-bis(p-chlorophényl)éthylène (DDE)) ainsi qu’à des produits synthétiques toxiques et persistants qui sont présents dans l’environnement et qui s’accumulent dans les tissus organiques et, d’autre part, le cancer du sein. L’importance de la présente étude tient au fait qu’elle consiste en une analyse combinée de cinq grandes études américaines (Western New York, Mount Sinai, Yale, Campaign Against Cancer and Stroke (CLUE I) et Nurses’ Health Study (NHS)) évaluant l’association entre le risque de cancer du sein et l’exposition à des composés organochlorés. Bien que les cinq études concluent à l’absence générale d’association, des effets spécifiques à des sous-groupes ont été observés. Les auteurs de la présente étude ont donc analysé de nouveau les données à l’aide d’une démarche normalisée visant à éliminer les effets des facteurs de confusion et à évaluer la fluctuation des effets.

Les cinq études ont été menées selon des modèles cas?témoins basés sur la population ou sur les patients hospitalisés ou encore des modèle emboîtés. Les études ont porté au total sur 1 400 femmes atteintes de cancer du sein et 1 642 sujets témoins, en majorité des femmes post?ménopausées. L’ensemble de données présenté dans cette étude ne corrobore pas l’hypothèse voulant que des concentrations plasmatiques ou sériques élevées de BPC et de DDE augmentent le risque de cancer du sein. Il convient toutefois de noter que la combinaison d’études menées selon des plans différents comporte des limites. Dans l’étude menée à Yale, par exemple, les taux de BPC et de DDE corrigés en fonction de la teneur en lipides ont été mesurés par analyse gravimétrique, alors que dans les autres études la teneur totale en lipides a été déterminée à partir du cholestérol total et des triglycérides. Or il est possible que ces méthodes produisent des valeurs différentes. Des différences ont également été observées en ce qui a trait aux périodes des prélèvements sanguins et aux lieux de résidence des participants, et ceci pourrait aussi avoir eu une incidence sur les valeurs absolues observées. Qui plus est, les concentrations plasmatiques et sériques ont été mesurées plus de dix ans après l’interdiction de ces composés chimiques aux États?Unis. On a en effet présumé que les taux mesurés étaient indicateurs des expositions antérieures, en raison de la longue demi?vie de ces composés. Or bien que les BPC et le DDE soient les composés organochlorés les plus persistants et les plus faciles à déceler, ils ne sont pas nécessairement les plus toxiques. Enfin, il n’existe qu’une faible corrélation entre les concentrations des congénères des BPC dans le tissu mammaire et les taux sanguins; donc, le fait de se fier uniquement aux taux sanguins occasionnerait des erreurs substantielles dans le classement de l’exposition des femmes d’après le niveau tissulaire, sous?estimant sans doute du même coup tout lien entre les BPC et le cancer du sein. La présente étude n’écarte pas pour autant la possibilité d’un lien entre ces substances toxiques ou autres substances à activité hormonale présentes dans l’environnement et le risque de cancer du sein.



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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