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Auteurs
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M. Lopez-Cervantes et al. Environmental Health Perspective, 112: 207-214, 2004.

" Dichlorodiphenyltrichloroethane Burden and Breast Cancer Risk: A Meta-analysis of the Epidemiologic Evidence "

Le dichlorodiphényltrichloroéhane (DDT) est peut-être l'insecticide le mieux connu et le plus utile. Le DDT et son principal produit de dégradation - le p,p-dichloro-diphényl-dichloroéthylène (DDE) - ont fait l'objet de nombreuses études en raison de leur persistance dans l'environnement, de leur potentiel de concentration le long de la chaîne alimentaire, du fait que ces produits continuent d'être largement décelés dans les aliments et le lait maternel et de leur potentiel d'accumulation dans les tissus adipeux des humains et des animaux. Bien que l'usage du DDT soit désormais interdit dans la plupart des pays industrialisés, ce produit demeure utilisé pour lutter contre les vecteurs de maladies dans des régions tropicales. Or certains croient que le DDT et le DDE augmenteraient les risques de cancer du sein et pourraient avoir un effet perturbateur sur le système endocrinien, bien que les résultats obtenus à ce jour prêtent toujours à controverse.

M. Lopes-Servantes et al. ont voulu vérifier l'hypothèse selon laquelle l'incohérence des résultats obtenus à ce jour serait due à l'absence d'un gradient d'exposition adéquat au DDE chez les patients atteints de cancer du sein et les témoins dans les diverses études qui ont été menées, ainsi qu'à l'absence de mesures uniformes pour évaluer la charge corporelle en DDE (nanogrammes par millilitre, nanogrammes par gramme). L'objectif de la présente étude était donc d'estimer le degré d'association entre l'exposition au DDE et le cancer du sein à la lumière des résultats d'études épidémiologiques publiées récemment et de déterminer le gradient d'exposition dans ces études.

Au total, 22 études de cohortes et études cas-témoins publiées, menées dans 11 différents pays, ont été retenues pour l'analyse, dont neuf étaient des études prospectives et 13 des études rétrospectives. Parmi les études rétrospectives, quatre étaient des études cas-témoin basées sur un échantillon prélevé dans la population et sept étaient des études cas-témoin sur des sujets en clinique, le nombre de cas dans chaque étude variant de 58 à 456. Des échantillons de sérum ou de tissus adipeux des seins ou des fesses ont été prélevés chez des femmes, de 10 à 25 ans avant l'établissement du diagnostic de cancer du sein, jusqu'à la période immédiate du diagnostic.

La méthode de DerSimonian et Laird a été utilisée pour établir une corrélation entre la charge corporelle en DDE et le cancer du sein. Les effets de plusieurs covariables liées à la situation sociodémographique, à la santé et à la reproduction (âge, indice de masse corporelle, antécédents d'allaitement, antécédents familiaux de cancer du sein ou d'affection bénigne des seins, nombre de grossesses, ménopause, état civil et/ou revenu, activité physique, tabagisme et consommation d'alcool, hormonothérapie substitutive et consommation de fruits, de légumes et de gras) ont été pris en considération dans les différentes études. La statistique Q a été utilisée pour déterminer l'hétérogénéité dans la variable à l'étude entre les diverses études, en tenant compte du plan d'étude, des effets de l'allaitement et du type de spécimens biologiques dans lesquels le DDT a été mesuré. Le gradient d'exposition au DDE dans les études épidémiologiques a été uniformisé en fonction des taux sériques de DDE dans les lipides (nanogrammes par gramme).

Les résultats de l'analyse de ces 22 études n'ont fourni aucune preuve d'une association entre la charge corporelle en DDE et le risque de cancer du sein (rapport de cotes (RC) sommaire = 0,97; intervalle de confiance (IC) à 95 % = 0,87-1,09), la fourchette des gradients d'exposition variant de 84,37 à 12 928,08 ng/g. Aucune association entre les taux de DDE et le cancer du sein n'a été observée dans les études utilisant différents plans épidémiologiques ou différentes matrices biologiques pour estimer la charge corporelle en DDE. De même, aucune différence n'a été observée entre le RC sommaire calculé dans les études où l'effet de l'allaitement comme variable confusionnelle a été pris en compte (RC = 1,01; IC 95 % = 0,88-1,16), et celui mesuré dans les études où cet effet n'a pas été neutralisé (RC = 0,87; IC 95 % = 0,68-1,10). Enfin, aucune donnée laissant croire à un biais de publication n'a été relevée (p = 0,253).

M. Lopez-Cervantes et al. soulèvent plusieurs points dans l'interprétation de leurs résultats. Ils proposent notamment que l'absence de méthodologie uniforme entre les diverses études et de facteurs de correction pour tenir compte des facteurs alimentaires, de même que la faible œstrogénicité du DDE, pourraient expliquer en partie les résultats contradictoires.

Cette analyse est importante, car elle combine les résultats de 22 vastes études épidémiologiques ayant évalué l'association entre le risque de cancer du sein et la charge corporelle en DDE; cependant, elle comporte aussi quelques lacunes importantes. Ainsi, plusieurs facteurs de risque connus du cancer du sein - notamment l'exposition aux pesticides au travail, à la ferme ou à la maison, les problèmes médicaux et la prise de médicaments - n'ont pas été examinés dans cette analyse. Ces études n'ont pas tenu compte non plus du taux de récupération du DDE. Or il est possible que les taux absolus de DDE mesurés par les différents laboratoires aient varié en fonction des méthodes d'analyse et des programmes de contrôle et d'assurance de la qualité utilisés par chacun.

Dans l'ensemble, les données établissant une association entre la charge corporelle de DDT, le taux de DDE et le risque de cancer du sein, dans les études épidémiologiques chez les humains, demeurent équivoques. Les auteurs de la présente étude proposent donc de mener d'autres études épidémiologiques en tenant compte de l'exposition au DDT durant les périodes critiques des premières phases du développement chez l'humain, ainsi que des variations individuelles possibles dans le métabolisme des enzymes agissant sur le DDT et ses dérivés.



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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