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Auteurs
C. Pelletier et al., Toxicological Sciences (67): 46-51, 2002.

Liens entre la variation des concentrations plasmatiques d'organochlorés provoquée par une perte de poids ainsi que la concentration sérique de T3 et la vitesse du métabolisme au repos

Au cours des 60 à 70 dernières années, les composés organochlorés ont été largement utilisés comme pesticides, insecticides et produits chimiques industriels polyvalents. Il a été démontré qu'un grand nombre de ces composés ont des effets mutagènes, immunotoxiques et cancérogènes (c.?à?d., les BPC et les dioxines). Ces composés influent également sur l'homéostasie endocrinienne, en imitant l'action des hormones endogènes ou en modifiant leur taux dans la circulation. La production de certains de ces composés est désormais interdite dans bien des pays; cependant, la plupart des dibenzofurannes et des dibenzodioxines toxiques continuent d'être libérés, comme sous?produits issus des procédés de fabrication chimique, de la combustion des combustibles fossiles et de l'incinération des déchets.

L'altération de la fonction thyroïdienne est un des nombreux effets nocifs des organochlorés, qui a été observé chez les animaux et les humains. Il a notamment été démontré que ces composés abaissent le taux plasmatique de T4 en gênant la liaison protéinique de cette hormone et en en augmentant le métabolisme hépatique, par l'activation de l'enzyme UDP-glucuronyltransférase. Comme les organochlorés sont des composés lipophiles, ils s'accumulent dans les tissus adipeux. Après une perte de poids, toutefois, la concentration en composés organochlorés augmente dans le plasma, le tissu adipeux et divers autres tissus (c.?à?d., les muscles et le foie). Les hormones thyroïdiennes influent directement sur la vitesse du métabolisme au repos, l'appétit et le poids corporel. La perte de poids réduit la dépense d'énergie, cet effet étant dû en partie aux changements dans les hormones thyroïdiennes, à la libération de catécholamines et à l'utilisation des glucides. Les auteurs de la présente étude ont cherché à déterminer si l'augmentation de la concentration plasmatique en organochlorés, provoquée par une perte de poids, pouvait avoir une incidence sur la concentration sérique en T3 et sur la vitesse du métabolisme au repos.

Pelletier et al. ont mesuré les concentrations plasmatiques de 17 composés organochlorés, les concentrations sériques de T3 et la vitesse du métabolisme au repos, chez 16 hommes obèses ayant suivi un régime alimentaire à faible apport énergétique et à base de macronutriments précis, pendant 15 semaines. Toutes les mesures ont été prises avant et après la perte de poids. Après la perte de poids, les concentrations de 13 composés organochlorés avaient considérablement augmenté, et cette hausse a été associée à une baisse de la concentration en T3 et à une réduction de la vitesse métabolique au repos. Aucune corrélation significative n'a été observée entre les variations de la concentration en T3 et la vitesse du métabolisme au repos, après la perte de poids. Une analyse de régression multiple par degrés a cependant établi que la fluctuation de la concentration en composés organochlorés, à la suite d'une perte de poids, constituait le meilleur paramètre de prévision de la variation de la vitesse du métabolisme au repos (32 % de variance). Il est probable que la mobilisation des composés organochlorés à partir des dépôts adipeux, après une perte de poids, provoque l'élévation des concentrations tissulaires locales de ces composés. Selon certains, la redistribution de ces composés dans les divers tissus pourrait être associée au gain de poids qui survient souvent après une perte de poids. Selon une de ces hypothèses, les concentrations accrues en organochlorés, observées après la perte de poids, pourraient entraîner par la suite un bilan énergétique positif, en réduisant la vitesse du métabolisme au repos et en favorisant de ce fait l'accumulation de graisses. Cette accumulation de graisses dans l'organisme pourrait être un moyen de se protéger contre les effets nocifs des composés organochlorés, en favorisant le stockage de ces composés pour éviter qu'ils n'entrent en contact avec les organes-cible. Les effets toxiques des concentrations de composés organochlorés libérés des tissus adipeux, après une perte de poids, n'ont toutefois pas encore été évalués.

Les limites de cette étude tiennent à la petite taille de l'échantillon ainsi qu'à la possibilité que des facteurs confusionnels, comme la masse adipeuse modifiée, la masse sans gras et les concentrations de leptine favorisées par la perte de poids, soient responsables de la diminution à la fois de la concentration plasmatique en T3 et de la vitesse du métabolisme au repos. Les résultats de cette étude suggèrent néanmoins un lien entre, d'une part, les changements dans les concentrations de composés organochlorés provoqués par la perte de poids et, d'autre part, la diminution du taux plasmatique de T3 et de la vitesse du métabolisme au repos. Les résultats de cette étude laissent également entrevoir les effets nocifs potentiels chez les personnes qui perdent du poids à la suite d'une maladie et chez les personnes âgées.



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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