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Auteurs
Sangeeta Sharna-Wagner et al. Journal of Occupational and Environmental Medicine. 2000; 42(5): 517-525.

Lien entre la profession et le risque de cancer de la prostate en Suède

Il s'agit d'une étude de formulation d'hypothèses, qui examine le risque de cancer de la prostate dans divers groupes professionnels et industriels de Suède. Avant cette étude, des risques excédentaires de cancer de la prostate avaient été déclarés parmi divers groupes professionnels. Afin d'obtenir de nouvelles données sur les risques professionnels de cancer de la prostate, les auteurs ont consulté le registre sur le cancer et l'environnement de la Suède lequel établit un lien entre, d'une part, les données sur l'emploi occupé au moment du recensement national de 1960 et, d'autre part, les données sur l'incidence du cancer tirées du Registre national du cancer de la Suède, pour la période de 1961 à 1979. L'analyse a porté au total sur 36 269 hommes qui occupaient un emploi en 1960 et chez qui un cancer de la prostate a été confirmé histologiquement. Conformément aux résultats des études précédentes, des risques excédentaires de cancer de la prostate ont été observés chez les travailleurs des secteurs de l'agriculture, du tabac, des ventes et de la mécanique, ainsi que chez les employés de bureau. De nouvelles données font aussi état de risques excédentaires dans les secteurs suivants : fonte de première fusion et aciérie de moulage, fabrication de savons et de parfums, boucheries et établissements de traitement des viandes, production de chaux et de craie, broyage de la pâte et fabrication de cellulose, tannage du cuir, médecine vétérinaire, aménagement forestier et élevage d'animaux à fourrure. Enfin, une faible diminution du risque de cancer de la prostate a été observée dans plusieurs groupes professionnels et secteurs auparavant jugés à risques élevés, notamment chez les travailleurs des mines de charbon, du caoutchouc, des mines et carrières et de la métallurgie.

Une variété de substances cancérogènes potentielles, incluant les hydrocarbures aromatiques polycycliques, la poussière de métaux et les fluides de coupe, pourraient être reliées au risque plus élevé observé chez les travailleurs de l'industrie de la fonte de première fusion. Dans le cas des travailleurs des secteurs du savon et des parfums, ce risque accru pourrait être lié à l'exposition à des réactifs, des solvants et autres produits chimiques cancérogènes, incluant des hydrocarbures aromatiques et halogénés, l'amiante, le diéthylsulfate, le chlorure de benzyle, le cadmium, le trichloroéthylène et le perchloroéthylène. Chez les bouchers et les travailleurs des établissements de traitement des viandes, on a observé un risque 13 % plus élevé que certains ont attribué à l'exposition aux hormones stéroïdes animales et peut-être aussi à une consommation accrue de viandes et de graisses animales. Dans le cas des travailleurs affectés au broyage de la pâte et à la fabrication de cellulose, des substances potentiellement cancérogènes et des agents de blanchiment pourraient être en cause, alors que les risques accrus chez les travailleurs de l'industrie de la chaux et de la craie seraient liés à l'exposition à la poussière de la fibre d'amiante, aux vapeurs de bitume et à la wollastonite. Il convient également de souligner les risques accrus observés chez les travailleurs du cuir, les vétérinaires, les agents d'aménagement forestier et les éleveurs d'animaux à fourrure; chez ces groupes professionnels, les expositions peuvent se comparer à celles que l'on observe chez les agriculteurs et elles incluent des expositions à des produits chimiques, des herbicides, des insecticides, des hormones et des virus causant des zoonoses. Enfin, les risques élevés de cancer de la prostate chez les agriculteurs et autres travailleurs agricoles pourraient être associés à des expositions à de multiples substances cancérogènes présumées, incluant des pesticides, des herbicides, des insecticides, des engrais, des solvants, des carburants et des huiles, de la poussière, des virus causant des zoonoses, des microbes, des champignons et des hormones animales.

Le Registre sur le cancer et l'environnement de Suède ne fournit aucune donnée sur la situation socio?économique, la consommation de tabac, le régime alimentaire, l'activité physique et autres facteurs liés au style de vie. De plus, aucune mesure précise de l'exposition aux contaminants n'a été effectuée pour cette étude et les expositions possibles ont été déduites à partir de la profession et du secteur d'activités. On ne possède en outre aucune donnée sur la durée d'emploi. Il convient toutefois de préciser que les travailleurs changent rarement de profession en Suède; aussi est-il probable que la catégorie professionnelle déclarée lors du recensement national de 1960 représente la classification régulière de la personne, à l'âge adulte.

Cette étude laisse croire qu'il est peu probable que la profession joue un rôle majeur dans l'étiologie du cancer de la prostate, car les risques excédentaires observés sont en général assez faibles (< 10 %). Il s'impose malgré tout de poursuivre les recherches pour déterminer les expositions précises liés au risque excédentaire observé chez les agriculteurs et dans d'autres professions et industries.



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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