Auteurs
N.E. Skakkebaek et al. Human Reproduction, (5): 972-978, juil. 2001
La dysgénésie testiculaire : un trouble du développement
de plus en plus répandu lié à des facteurs environnementaux
Dans cet article,
le Dr Neils Skakkebaek et ses collègues présentent des
données qui font état d’une hausse concomitante
de divers problèmes de reproduction chez les hommes dans différents
pays, notamment le cancer des testicules, la diminution de la qualité
du sperme et les anomalies des voies génitales. Jusqu’ici,
la diminution de la qualité du sperme, l’incidence accrue
de cancer des testicules, la rétention des testicules dans l’abdomen
(cryptorchidie) et l’hypospadias avaient été traités
comme des troubles distincts. Cependant, le Dr Neils Skakkebaek et ses
collègues du Copenhagen University Hospital croient que la combinaison
de problèmes de reproduction chez les hommes témoignent
de l’existence d’une affection sous?jacente commune qu’ils
ont désignée syndrome de dysgénésie testiculaire
et qui donne lieu à des malformations testiculaires. Dans cet
article, les auteurs discutent de données recueillies dans le
cadre d’études réalisées sur des animaux
et de recherches chez les humains et du rôle possible des perturbateurs
endocriniens dans l’étiologie de ce syndrome.
Des données
scientifiques établissent un lien entre, d’une part, un
risque élevé de cancer des testicules, d’hypospadias
et de cryptorchidie et, d’autre part, certaines anomalies génétiques
rares qui donnent lieu à la dysgénésie testiculaire.
Certains degrés de malformation testiculaire ont ainsi été
observés chez une large proportion d’hommes atteints de
cancer des testicules et de cryptorchidie. De nombreuses études
ont également établi un lien entre le cancer des testicules
et un déficit de la spermatogenèse. Il a par ailleurs
été démontré que la numération des
spermatozoïdes est souvent très faible chez les hommes souffrant
du cancer des testicules et que ces personnes ont nettement moins de
descendants que les sujets en santé, avant l’apparition
des tumeurs. Selon les auteurs, les études épidémiologiques
futures sur les problèmes de reproduction chez les hommes devraient
tenir compte de tous les aspects de la dysgénésie testiculaire,
sans quoi on risque de perdre des données biologiques d’une
importance vitale.
Des études
sur des animaux proposent des pistes de solution sur la manière
dont l’exposition prénatale à des œstrogènes
exogènes et à des antiandrogènes pourrait donner
lieu à une faible numération des spermatozoïdes,
à l’hypospadias, à la cryptorchidie ou au cancer
des testicules. Il a notamment été démontré
que des taux élevés d’œstrogènes dans
l’utérus suppriment la sécrétion de l’hormone
folliculostimulante et, de ce fait, nuisent à la multiplication
des cellules de Sertoli. Or le nombre de cellules de Sertoli qui se
forment durant la période critique du développement déterminera
la production de spermatozoïdes à l’âge adulte;
une diminution du nombre de cellules de Sertoli aura donc pour effet
d’abaisser la numération des spermatozoïdes. Les cellules
de Sertoli régulent également la descente des testicules,
la masculinisation des organes génitaux et le développement
de l’urètre. À l’intérieur des testicules
qui se développent, ces cellules assurent la régulation
de la division cellulaire et on croit que toute anomalie dans ce processus
donnerait lieu au cancer des testicules.
Les baisses des
effectifs fauniques qui ont été associées aux effets,
sur la reproduction, des perturbateurs endocriniens présents
dans l’environnement laissent supposer que des perturbateurs endocriniens
rémanents pourraient également avoir des effets nocifs
chez les humains. Des études biologiques et épidémiologiques
portent à croire que les anomalies du système reproducteur
masculin pourraient être dues à une perturbation du développement
embryonnaire et du développement des organes génitaux
chez le fœtus, et des facteurs environnementaux nocifs, qui pourraient
agir sur la sensibilité génétique, pourraient être
en cause. On croit ainsi qu’une exposition accrue dans l’utérus
à des œstrogènes et des antiandrogènes présents
dans l’environnement serait responsable de la diminution du nombre
de spermatozoïdes et de l’augmentation des anomalies du système
reproducteur masculin. Des données indiquent par ailleurs que
certains produits chimiques d’origines naturelle et anthropique
peuvent avoir des effets sur le système reproducteur des humains.
À ce jour, toutefois, peu de produits chimiques ont fait l’objet
d’évaluations visant à déterminer leur activité
hormonale potentielle et leurs effets chez les humains.