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Fiches documentaires

Avortement spontané

Problème : L'exposition des femmes ou des hommes à certains produits chimiques présents dans l'environnement pourrait provoquer des avortements spontanés.

Contexte général : L'avortement spontané se définit comme la perte d'un foetus pesant moins de 500 grammes, avant la 20e semaine de gestation calculée à partir du premier jour des dernières menstruations. Durant le premier trimestre de la grossesse, les aberrations chromosomiques sont la principale cause connue d'avortement spontané. Au deuxième trimestre, l'avortement spontané est souvent dû à des anomalies utérines. Les facteurs de risque incluent l'âge avancé de la mère, le nombre de naissances préalables, l'âge avancé du père, l'exposition à des solvants avant la conception, ainsi que le soulèvement de lourdes charges par la mère. Parmi les autres facteurs connus pour causer l'avortement spontané, mentionnons l'exposition à des agents thérapeutiques comme la chimiothérapie, la radiothérapie et les anesthésiques. L'exposition au tabac et à l'éthanol - seule ou combinée - a aussi une incidence, tout comme l'abus de substances psychoactives liées à la cocaïne et autres drogues auquel on associe des effets foetotoxiques. Enfin, l'exposition du père à des substances toxiques jouerait également un rôle dans l'étiologie de l'avortement spontané, selon l'un des deux mécanismes suivants : (1) effets directs sur les cellules germinales ou (2) effets indirects dus à la transmission de la substance toxique à la mère et au foetus par le biais du liquide séminal ou à l'exposition de la mère et du foetus à la maison, par l'entremise du père.

Tendances : On estime que l'incidence des avortements spontanés est de 50 % de toutes les grossesses, cette estimation étant basée sur l'hypothèse voulant qu'un grand nombre de grossesses se soldent par un avortement spontané sans qu'il n'y ait de signes cliniques. Une étude a été faite pour calculer la fréquence des avortements spontanés en Ontario, à partir des données sur les hospitalisations dans l'ensemble des hôpitaux de l'Ontario, entre 1979 et 1984; cette étude a révélé que la fréquence des avortements spontanés cliniquement déclarés s'est maintenue entre 6,8 et 7,2 % durant cette période. Plusieurs comtés ontariens ont toutefois enregistré des taux régulièrement élevés, sans que ce phénomène ne puisse être expliqué. Ces données portent à croire que, dans l'ensemble, l'avortement spontané n'est pas en hausse, du moins en Ontario, mais elles indiquent également qu'il pourrait y avoir des effets régionaux dont il faudrait chercher à déterminer la cause. Cependant, comme elles sont basées sur les admissions dans les hôpitaux et que la majorité des femmes qui subissent un avortement spontané ne sont pas hospitalisées, ces données sous?estiment le taux réel de fausses couches cliniquement reconnues. Les taux auto?déclarés d'avortements spontanés se situent entre 10 et 20 %; il est probable, toutefois, que la déclaration des avortements, et surtout des avortements précoces, dépend de la connaissance qu'a la femme de son cycle menstruel.

Cohérence des données : Des données indiquent que les pesticides organochlorés et ceux du groupe des carbamates traversent le placenta et pourraient causer la mort du foetus. Selon une autre étude menée en Inde, un risque élevé d'avortement spontané et de mortinaissance a été observé chez les femmes de travailleurs exposés à des pesticides organochlorés. De même, une étude réalisée auprès de couples vivant et travaillant sur des exploitations agricoles de l'Ontario a révélé un taux accru de fausses couches lorsque certains pesticides (atrazine, glyphosate, 2,4-D, 2,4-DB, MCPA, carbaryl, thiocarbamates et insecticides) avaient été appliqués durant les trois mois précédant la conception. Parmi les pesticides associés à un risque accru de fausse couche si l'exposition se produit durant le premier trimestre de grossesse, mentionnons l'atrazine, le dicamba et le 2,4-D. Plusieurs études font également état d'un risque plus élevé de fausses couches dans certaines catégories professionnelles associées à l'agriculture (p. ex., les jardiniers, les travailleurs de serre et les vétérinaires). D'autres femmes, qui ont été exposées à l'hexachlorure de benzène (HCB) durant l'enfance et qui ont par la suite souffert de porphyrie cutanée tardive sévère, sont suivies depuis environ 40 ans; chez bon nombre de ces femmes encore vivantes, on décèle toujours la présence de résidus de ce composé. Or l'examen des effets sur la reproduction chez ces femmes a révélé une conclusion imprévue, c'est?à?dire un lien entre des taux sériques élevés de HCB et des taux élevés d'avortement spontané. Par contre, une autre étude, menée cette fois-ci au Michigan, n'a pu établir de lien entre la contamination des aliments par le polybromobiphényle au milieu des années 70 et l'avortement spontané. Des taux sanguins de plomb, de faibles à modérés, ont aussi été liés à des risques accrus d'avortement spontané et d'autres métaux lourds, notamment le mercure, pourraient aussi être foetotoxiques. En outre, certaines données laissent croire que les femmes exposées à des substances élaborées par les moisissures des céréales - dont certaines de ces substances sont hautement oestrogéniques - présentent deux fois plus de risque d'avortement spontané et aussi de cancers oestrogéno-dépendants. Une autre étude n'a établi aucun lien entre l'exposition du père au pétrole et à des produits pétroliers et une augmentation du risque d'avortement spontané. Par contre, l'exposition professionnelle, tant chez la mère que le père, à des solvants organiques a été associée à un risque accru de fausse couche. Ensemble, ces données portent à croire que l'avortement spontané est lié à la profession, à l'exposition à des contaminants et au niveau d'exposition. Certaines données indiquent également que les facteurs de risque diffèrent, selon que l'avortement spontané est précoce (< 12 semaines) ou plus tardif (entre 12 et 19 semaines).

Preuves expérimentales : Un certain nombre de rapports font état de taux décelables de contaminants chimiques dans le sérum humain et le liquide des follicules De Graaf, respectivement chez les femmes enceintes et non enceintes. Des contaminants tels les herbicides, le plomb, le mercure, des dioxines, des médicaments et des sous?produits de la fumée de tabac ont aussi été mesurés dans le liquide séminal. Ces données semblent indiquer la présence de substances potentiellement toxiques dans l'organisme qui, dans certains cas, pourraient atteindre des concentrations suffisantes dans les tissus-cibles pour induire des effets indésirables. Lors d'une de ces études, l'administration de HCB a provoqué une baisse du taux de progestérone sérique durant la phase lutéale du cycle menstruel, chez le macaque de Buffon - ce phénomène reste inexpliqué, mais une diminution du métabolisme des stéroïdes dans les ovaires pourrait être en cause. Par ailleurs, la persistance de cette substance chimique dans les graisses pourrait expliquer l'effet observé sur de nombreuses années. Plusieurs études in vitro ont démontré que des contaminants présents dans l'environnement, par exemple le HCB, des BPC, des dioxines et le DDE, modifient les enzymes des hormones stéroïdes qui interviennent à la fois dans la production et le métabolisme des stéroïdes gonadiques.

Plausibilité biologique : Bien qu'aucune des études précitées n'ait établi de rapport de causalité entre l'exposition à des pesticides et à des contaminants environnementaux, ni précisé les mécanismes en cause, un certain nombre de pesticides ont des effets oestrogéniques ou anti?progestatifs connus. Des taux élevés d'oestrogène peuvent être toxiques pour le produit de conception avant l'implantation et ainsi provoquer la mort précoce du foetus. On sait par exemple que de fortes doses d'oestrogènes - que l'on pense à la " pilule du lendemain " - peuvent être administrées pour prévenir l'implantation après des relations sexuelles non protégées. La progestérone, quant à elle, est essentielle à l'implantation et à la poursuite de la grossesse chez la femme. Donc, les composés qui nuisent à la production de progestérone, qui en augmentent le métabolisme ou qui en bloquent l'effet suscitent un grand intérêt. Le fait d'entraver la production de progestérone par l'élimination du corps jaune, ou de nuire à l'action de la progestérone par l'administration d'un anti-progestatif comme la mifépristone (RU-486), peut entraîner un avortement spontané. Ces observations laissent entrevoir des mécanismes par lesquels des produits chimiques présents dans l'environnement pourraient, en théorie, provoquer un avortement; cependant, les doses requises pour causer un avortement spontané viennent mettre en doute la probabilité que l'exposition aux produits chimiques présents en faibles concentrations dans l'environnement puisse avoir un effet, à moins que le produit chimique ne persiste dans l'organisme.

Conclusion : Il ne fait aucun doute que le risque d'avortement spontané est plus élevé lorsqu'il y a exposition à de fortes concentrations, comme le démontrent les données pour certains groupes professionnels. Les données actuelles comportent toutefois de grandes lacunes quant à savoir si l'exposition aux substances chimiques présentes dans l'environnement a une incidence sur l'avortement spontané dans la population en général.



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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