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Fiches documentaires

Cancer du sein

Problème : De l'avis de certains, l'exposition à des produits chimiques environnementaux serait en cause dans la manifestation du cancer du sein et expliquerait la hausse inquiétante de ce type de cancer.

Contexte général : Bien qu'un certain nombre de gènes, notamment les gènes BRCA1 et BRCA2, aient été associés au cancer du sein, ils n'expliquent qu'un faible pourcentage de tous les cas documentés de cancer du sein. D'autres facteurs, notamment des interactions gènes?environnement, seraient donc en cause dans la manifestation et le développement du cancer du sein, et d'autres gènes du cancer du sein, encore non découverts, pourraient aussi s'avérer un facteur important. Quel que soit le cas, il a été proposé que l'exposition à des facteurs environnementaux joue un rôle déterminant dans l'étiologie du cancer du sein.

Tendances : Les taux d'incidence du cancer du sein sont en hausse depuis les années 40. La hausse observée au cours des années 80 s'explique notamment par la mise en place de programmes de dépistage du cancer du sein. Une étude récente semble toutefois indiquer une stabilisation du taux de cancer du sein depuis le début des années 90.

Cohérence des données : Les données qui établissent un lien entre l'exposition à des facteurs environnementaux et le cancer du sein sont équivoques. Plusieurs études font état d'un lien entre l'exposition à des contaminants environnementaux qui font partie des composés organochlorés et parmi lesquels figure un métabolite du DDT - le DDE. D'autres études, par contre, n'ont pas réussi à établir d'association similaire. De plus, lorsque toutes ces études ont été regroupées et que les données ont été mises en commun pour en faire une nouvelle analyse statistique, aucune association n'a été observée entre l'exposition à des composés organochlorés et le cancer du sein. Cette absence de lien confirmé entre l'exposition à certains contaminants environnementaux et le cancer du sein est due à de nombreux facteurs, dont les suivants (cette liste n'est pas exhaustive) : a) il y a une longue période de latence entre l'exposition et la formation de tumeurs; b) il n'existe pas de biomarqueurs précis de l'apparition ou de la progression du cancer du sein, d'où les risques d'erreurs de classification des sujets à l'étude et c) les données sur l'exposition sont souvent limitées, voire inexistantes. D'autres facteurs ajoutent à la difficulté d'identifier des biomarqueurs du cancer du sein, entre autres le fait que la plupart des études qui ont tenté d'identifier les gènes causant le cancer du sein ont mis l'accent sur des expositions survenues à l'âge adulte; or selon certains, l'exposition à des composés oestrogéniques in utero or durant la puberté pourrait augmenter les risques de souffrir plus tard de cancer du sein, à la suite peut-être d'une altération de l'expression des gènes ou des protéines (ou les deux) chez le foetus, le nouveau?né ou au moment des changements pubertaires. Les effets de l'âge et de la race sont d'autres facteurs qui pourraient contribuer à l'impossibilité d'établir une association - s'il en est une. Certaines études montrent en effet une corrélation entre l'exposition et le cancer du sein chez un groupe racial, mais non chez un autre. Enfin, il y aurait peut-être lieu de tenir compte, dans les études futures sur le cancer du sein, des récepteurs des oestrogènes et de l'état ménopausique, car les différences dans l'état hormonal des femmes préménopausées et post-ménopausées pourraient faire en sorte qu'elles ne puissent pas être incluses dans une même étude.

Preuves expérimentales : De nombreuses études ont été réalisées sur des animaux, pour examiner les effets de substances chimiques anthropiques sur la formation de tumeurs mammaires. Ces études montrent que certains contaminants environnementaux comme le DDE peuvent favoriser la formation de tumeurs. Cependant, les modèles rongeurs qui servent aux études sur le cancer du sein reposent sur l'utilisation, soit d'inducteurs chimiques favorisant la formation de tumeurs (le DMBA ou le MNU), soit de souris transgéniques porteuses des gènes associés au cancer du sein chez l'humain, qui sont liés à des promoteurs viraux oestrogéno-régulés de la souris. Malheureusement, ces modèles sont très artificiels et on peut difficilement en transposer les conclusions aux humains.

Plausibilité biologique : : L'exposition aux oestrogènes est un facteur de risque bien documenté du cancer du sein. On suppose donc que toute exposition additionnelle aux oestrogènes augmente les risques qu'une femme souffre de ce type de cancer. Cependant, il faut également tenir compte du fait que les contaminants présents dans l'environnement le sont en très faibles doses. Qui plus est, les contaminants environnementaux ont une action oestrogénique nettement moindre que l'oestrogène endogène. Il est donc biologiquement plausible que les contaminants oestrogéniques aient un effet tumorigène chez les femmes; cependant, le danger potentiel pour la santé de ces substances est d'autant plus complexe que la consommation d'aliments contenant des oestrogènes alimentaires semble réduire le risque de cancer du sein. D'où la possibilité que les oestrogènes n'agissent pas tous nécessairement de la même façon et que leurs effets biologiques varient.

Conclusion : Si l'on regroupe les données qui indiquent une tendance, les données sur les animaux et les données faisant état d'un mécanisme biologiquement plausible, il semble qu'il y aurait un lien entre l'exposition à des contaminants environnementaux et le cancer du sein. Cependant, les données comportent encore bien des lacunes qu'il faudra combler, avant de pouvoir confirmer ou infirmer ce lien.



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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