Fiches
documentaires
Cancer
de l'endomètre
Problème
: Les œstrogènes endogènes et exogènes jouent un rôle important
dans l'apparition du cancer de l'endomètre
Contexte :
Le cancer de l'endomètre se manifeste habituellement entre l'âge
de 50 et 65 ans et il est rare avant 40 ans. Le cancer de l'endomètre
est la tumeur maligne la plus fréquente des voies génitales
de la femme. De plus en plus de données laissent croire qu'il
existe au moins deux formes différentes de cancer de l'endomètre.
Les tumeurs de type I sont plus fréquentes, sont strogéno?dépendantes
et sont associées à l'hormonothérapie substitutive
(HTS) après la ménopause ainsi qu'à la prise de
tamoxifène. L'exposition continue à des strogènes,
sans l'effet d'opposition de la progestérone, est un facteur
de risque connu du cancer de l'endomètre, tout comme l'excédent
de poids corporel. En effet, outre ses effets possibles sur l'apparition
et le maintien de l'obésité, le régime alimentaire
peut aussi avoir une incidence sur le milieu hormonal endogène
et influer de ce fait sur l'apparition de ce cancer. La formation d'une
série de lésions?précurseurs, incluant des hyperplasies
simples, complexes et atypiques, semble mener à l'apparition
de ce type de cancer, dont le pronostic est en général
bon. Le cancer de l'endomètre de type II est strogéno-indépendant;
il frappe les femmes âgées et son pronostic est mauvais.
Nombreux sont ceux qui craignent que des polluants organochlorés
présents dans l'environnement puissent causer le cancer chez
les humains; cependant, cette hypothèse a été testée
presque exclusivement dans le cadre d'études épidémiologiques
sur le cancer du sein.
Tendances : Le cancer de l'endomètre vient au quatrième
rang quant à sa fréquence, et au huitième rang
en ce qui a trait au taux de mortalité ajusté selon l'âge.
Les taux d'incidence annuels se situent à environ 10 pour 100
000 femmes au Royaume?Uni, en Espagne et en France et atteignent 25
pour 100 000 femmes aux États?Unis et au Canada. En 1999, quelque
37 400 nouveaux cas ont été recensés aux États?Unis,
ce qui représente environ 6 % de tous les cas incidents de cancer.
Depuis les années 50, les taux de mortalité due à
ce cancer ont diminué d'environ 60 %; par ailleurs, bien que
l'incidence de ce cancer ait fortement augmenté au début
des années 70, elle a ensuite diminué durant les années
80 pour revenir aux niveaux précédents et, depuis 1980,
l'incidence demeure stable.
Cohérence
des données : Les polluants présents dans l'environnement,
comme le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT) et les
biphényles polychlorés (BPC), peuvent accroître
le risque de cancer du sein, en partie à cause de leurs effets
strogéniques. Il existe une association beaucoup plus forte
entre l'hormonothérapie substitutive et le cancer de l'endomètre
qu'entre l'HTS et le cancer du sein. Il serait donc plausible de s'attendre
à ce que tout effet cancérogène des composés
organochlorés soit plus facile à déceler dans l'endomètre
que dans le sein. Malheureusement, peu d'études épidémiologiques
ont porté sur cette question. Dans le cadre d'une étude
cas?témoins basée sur la population, menée en Suède
(Weiderpass et al., 2000), les taux sériques de 10 pesticides
chlorés et de 10 congénères des BPC ont été
mesurés; aucun lien significatif n'a été observé
entre les taux de pesticides ou de BPC et le risque de cancer de l'endomètre.
À ce jour, une seule étude a porté sur le lien
entre les pesticides organochlorés et les BPC, d'une part, et
le risque de cancer de l'endomètre, d'autre part, et les résultats
sont négatifs (Sturgeon et al., 1998).
Données
expérimentales : Certaines études menées sur
des animaux montrent l'strogénicité des pesticides
et des BPC. Dans une de ces études, le p,p'-DDT, l'ingrédient
actif, a eu des effets sur l'activité enzymatique dans l'utérus,
en plus de provoquer une réaction démateuse dans
l'endomètre profond et superficiel de rates Sprague Dawley non
parvenues à maturité. Dans une autre étude, le
o,p'-DDT a été associé à des effets sur
les hormones et la capacité de reproduction, qui laissent croire
au potentiel strogénique de ce composé. Chez des
rates ovariectomisées, ce composé a provoqué des
effets strogéniques dans l'endomètre. Donc, selon
les études sur les animaux, le DDT et les BPC pourraient se fixer
aux récepteurs des strogènes. En plus de ces effets
strogéniques, plusieurs congénères des BPC
ont une activité anti?strogénique in vitro et in
vivo. Aucune de ces études sur les animaux n'établit toutefois
de lien entre l'exposition à des substances toxiques présentes
dans l'environnement et le cancer de l'endomètre.
Plausibilité biologique : L'analyse de l'incidence du
cancer de l'endomètre devrait surtout être utile pour déterminer
les effets hormonaux des substances actives, car la muqueuse de l'utérus
(l'endomètre) est un tissu extrêmement sensible, tant aux
effets strogéniques qu'anti?strogéniques.
Conclusion :
Les études sur les animaux, et les études épidémiologiques
très peu nombreuses menées à ce jour, ne corroborent
pas l'hypothèse voulant que l'exposition des humains à
des substances environnementales à action strogénique
cause le cancer de l'endomètre. Les données disponibles
ne permettent pas pour autant de rejeter catégoriquement cette
hypothèse.