Fiches
documentaires
Fécondité
et fertilité
Question
: Plus de femmes aujourd’hui ont de la difficulté
à concevoir à cause d’une exposition à des
substances à activité hormonale.
Tendances
: En raison de la complexité de la reproduction chez
les humains, il est souvent difficile de déterminer s’il
y a véritablement augmentation du taux d’infertilité
par âge. Il existe peu de données publiées sur les
tendances relatives à la fécondité chez les humains;
cependant, alors que les taux d’infertilité en Amérique
du Nord sont demeurés stables, la demande de services de traitement
de la stérilité s’est accrue, sans doute à
cause de l’augmentation du nombre de femmes âgées
de 35 ans et plus et de la tendance des femmes d’aujourd’hui
à avoir des enfants à un âge plus avancé.
En Suède, l’analyse des registres des naissances révèle
que la population des femmes hypofertiles, définies comme les
femmes qui ne deviennent pas enceintes après plus d’un
an, a en fait régressé, passant de 12,7 % de la population
générale en 1983 à 8,3 % en 1993. Il peut cependant
exister des différences régionales, puisqu’on a
constaté que le délai de conception était moins
long chez les couples de Finlande que ceux du Royaume?Uni.
Cohérence des données : Le « délai
de conception » est un outil efficace pour mesurer l’impact
de substances exogènes sur la reproduction, des études
ayant démontré que ce paramètre peut établir
clairement une différence entre fumeurs et non-fumeurs. Ce paramètre
mesure le temps qu’il faut à un couple pour concevoir après
des relations non protégées, pour l’ensemble des
sujets choisis selon un protocole basé sur la population, sans
avoir à répartir les sujets selon qu’ils sont fertiles
ou stériles.
Une étude prospective menée dans sept
régions géographiques bien définies d’Europe
a révélé des différences dans le délai
de conception. Les taux de fécondité les plus élevés
ont été observés dans le sud de l’Italie
et le nord de la Suède, alors que c’est en Allemagne de
l’Est que la fécondité est la plus faible. Même
après correction en fonction des différences régionales
dans la masse corporelle, la consommation de tabac, la fréquence
des relations sexuelles et les maladies transmises sexuellement, les
différences dans le délai de conception demeurent significatives,
le délai le plus long étant observé à Paris
et le plus court, à Rome.
Une autre démarche utile, outre l’étude
du délai de conception, consiste à examiner la fécondité
globale d’une population n’affichant aucune prédisposition
à limiter les naissances. On a ainsi observé une diminution
du taux de fécondité par âge chez les Huttériens,
un groupe pourtant peu susceptible d’avoir modifié ses
habitudes en matière de reproduction. Ces études de cohorte
rétrospectives indiquent une diminution du nombre total de naissances,
qui s’est amorcée avec la cohorte de 1931 à 1935
et s’est poursuivie dans les cohortes de naissance subséquentes.
Ces données laissent croire à l’effet de facteurs
exogènes quelconques, bien qu’aucun lien précis
n’ait été établi avec des perturbateurs endocriniens.
Données
expérimentales : Bien que l’exposition professionnelle
soit souvent invoquée pour expliquer des effets externes sur
la fécondité, un examen des études publiées
n’a pas permis d’établir une tendance précise.
Lors d’une de ces études, 281 femmes chez qui un diagnostic
d’infertilité avait été posé ont été
comparées à 216 femmes en post?partum, en regard de leur
exposition à des produits chimiques. Un risque élevé
d’infertilité a été observé chez les
femmes ayant travaillé dans l’industrie agricole. Une autre
étude récente sur l’exposition au formaldéhyde
des femmes travaillant dans l’industrie du bois fait état
d’un effet hautement significatif sur le délai de conception,
y compris un effet apparent relié à la dose, des effets
plus graves étant observés chez les personnes exposées
à de plus fortes doses (c.?à?d., celles qui ne portaient
pas de gants).
Plusieurs études épidémiologiques ont porté
sur la fécondité et la fertilité des agriculteurs
exposés à des pesticides. Citons entre autres une étude
rétrospective menée auprès de 43 couples des Pays?Bas
dont l’homme était producteur de fruits et chez qui 91
grossesses ont été rapportées entre 1978 et 1990.
L’exposition aux pesticides a été déterminée
à partir des données fournies par les répondants.
Cette étude a révélé des effets nocifs liés
à l’exposition aux pesticides, surtout apparents chez les
hommes exposés à de fortes doses qui ont tenté
de concevoir durant la saison des pulvérisations. L’incidence
des couples ayant consulté un médecin pour des problèmes
d’infertilité a aussi été beaucoup plus élevée
dans le groupe exposé à de fortes doses. Le même
groupe de chercheurs hollandais a entrepris une étude cas?témoins
continue, visant à déterminer les expositions professionnelles
et la qualité du sperme chez les couples consultant une clinique
de traitement des problèmes d’infertilité. Chez
les 899 hommes ayant fourni un échantillon de sperme, une association
a été observée entre l’altération
du sperme et l’exposition à des solvants aromatiques, mais
aucune association avec l’exposition à des pesticides.
Une autre étude, par contre, fait état de taux de fécondation
nettement moindres chez des couples dont l’homme avait été
exposé à des pesticides et qui s’étaient
inscrits à un programme de fécondation in vitro. La correction
des données en fonction de la consommation de tabac, de la consommation
de caféine ou d’alcool ou d’autres expositions professionnelles
du père ou de la mère a eu peu d’effet sur les liens
observés. Par contre, une étude rétrospective auprès
de 2 012 couples d’agriculteurs n’a révélé
aucune association solide ou cohérente entre l’exposition
à diverses catégories de pesticides et le délai
de conception. De même, une vaste étude cas-témoins
menée au Danemark et en France, sur l’exposition des travailleurs
agricoles aux pesticides, n’a révélé aucun
effet de l’exposition aux pesticides sur le délai de conception.
Enfin, deux études majeures font état de résultats
controversés quant au lien entre la consommation par les hommes
de poisson de pêche sportive contenant des BPC et du mercure et
le délai de conception.
Plausibilité
biologique : Plusieurs sources de données distinctes
corroborent la plausibilité biologique de l’hypothèse
voulant que les produits chimiques à action hormonale peuvent
altérer la fécondité. Des contaminants présents
dans l’environnement, dont certains ont une activité hormonoïde,
ont été décelés dans le liquide folliculaire
ovarien et le plasma séminal de sujets inscrits à une
clinique de traitement des problèmes de fertilité. De
plus, des études réalisées sur des animaux ont
révélé une diminution de la taille des portées
chez les rongeurs, après administration de concentrations de
plus en plus élevées de composés expérimentaux.
Chez les rongeurs mâles, ces composés ont réduit
la production quotidienne de spermatozoïdes et modifié la
morphologie et la motilité des spermatozoïdes. D’après
une évaluation de la fonction de reproduction fondée sur
des études sur les mécanismes de régulation des
rongeurs, les effets les plus probants sont liés à la
qualité du sperme et à la prolongation de l’œstrus.
On ne possède toutefois à ce jour aucune preuve concluante
qu’un mécanisme d’action endocrinien serait en cause.
Qui plus est, les doses requises pour provoquer des changements dans
la fertilité des rongeurs sont supérieures à celles
mesurées par les analyses contemporaines des résidus dans
les tissus humains.
Les expériences sur les cultures tissulaires ont démontré
que des substances à action hormonale peuvent altérer
la stéroïdogenèse dans les cellules de la granulosa
et les cellules de Leydig et modifier les interactions spermatozoïde-ovule.
D’autres études ont révélé que certaines
substances peuvent aussi avoir une incidence sur la qualité des
ovocytes. Cependant, l’extrapolation de résultats obtenus
in vitro à des animaux entiers puis à l’humain demeure
difficile.
Conclusions
: En résumé, l’association entre le délai
de conception et les perturbations endocriniennes est hautement spéculative.
Ceci est dû en partie à l’éventail complexe
de facteurs qui sont susceptibles de modifier la reproduction normale
chez les humains et de prolonger le délai de conception.