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Fiches documentaires

Système immunitaire

Énoncé : L'interaction bien documentée entre les systèmes immunitaire et endocrinien a amené certains à formuler l'hypothèse que le système immunitaire pourrait être sensible à la perturbation endocrinienne. Le système immunitaire peut être sensible à l'action directe des substances chimiques qui agissent sur certaines de ses composantes précises et provoquent une immunosuppression, ce qui peut en retour réduire la résistance aux agents microbiens ou provoquer la stimulation immunologique à l'origine des allergies.

Tendances : De façon générale, la mortalité associée aux maladies infectieuses a diminué dans les pays industrialisés, au cours du siècle dernier. Cette baisse peut être attribuée à une amélioration de l'alimentation, des mesures d'hygiène et des conditions de logement, ainsi qu'à l'introduction d'agents d'immunisation et d'agents thérapeutiques efficaces. Au cours des vingt dernières années, toutefois, on a observé une légère remontée du taux de mortalité attribuable aux maladies infectieuses, imputable à l'augmentation de l'antibiorésistance et à l'émergence du sida et autres infections virales. L'incidence de l'asthme, un trouble immunologique, s'est également accrue dans le monde entier, à un rythme d'environ 50 % par décennie. Les facteurs de risque de l'asthme incluent l'exposition à des allergènes intérieurs (acariens détriticoles, chats, coquerelles), la fumée de tabac, certains irritants chimiques et des facteurs génétiques. On croit par ailleurs que l'incidence accrue de l'asthme serait liée à l'accroissement de l'urbanisation, bien que cette dernière association doive être étudiée plus à fond. L'asthme se caractérise par une inflammation des conduits aériens dans les poumons, qui entraîne une tuméfaction et un rétrécissement des voies respiratoires. La rhinite allergique, une autre réaction d'hypersensibilité qui se caractérise par une inflammation des muqueuses nasales causée par un allergène, est un facteur de risque sous estimé de l'asthme.

Cohérence des données : Les données établissant un lien de causalité entre les perturbateurs endocriniens chimiques et le dérèglement du système immunitaire sont controversées. Bon nombre d'études ont établi un lien entre des expositions accidentelles à des substances toxiques présentes dans l'environnement (BPC, PCDF) et des dérèglements immunitaires, incluant des troubles respiratoires et des lésions cutanées chez les personnes directement exposées et les enfants exposés in utero. Dans bien des cas, toutefois, les paramètres immunitaires examinés chez les personnes exposées se situaient dans les valeurs normales. Dans un autre exemple d'exposition accidentelle, des anciens combattants du Vietnam qui avaient été exposés à la TCDD (agent Orange) ont déclaré des effets sur la santé associés à cette exposition mais, là encore, aucune différence appréciable n'a été observée entre les paramètres immunitaires mesurés chez les sujets et ceux mesurés chez les hommes non exposés. De même, il n'existe pas de forte corrélation entre l'exposition professionnelle chronique à de faibles taux de produits chimiques et les troubles immunitaires. Malgré certaines fluctuations dans les valeurs des paramètres du système immunitaire, aucune donnée n'indique d'incidence accrue de maladies. Le transfert de perturbateurs endocriniens chimiques chez les enfants, par le biais de l'allaitement, a aussi été associé à des altérations au niveau des lymphocytes et des immunoglobulines. Enfin, plusieurs études font état d'un risque accru d'otite moyenne, à la suite d'une exposition prénatale et post natale à certains organochlorés - une association que d'autres études n'ont cependant pas pu démontrer. En général, donc, les études épidémiologiques peuvent faire état d'une incidence accrue d'un problème de santé particulier, mais souvent elles ne peuvent démontrer de variation dans les paramètres du système immunitaire (anticorps, lymphocytes).

Données expérimentales : Il est un fait bien établi que les contaminants environnementaux peuvent avoir une incidence sur les paramètres du système immunitaire; on ignore toutefois si ces effets nocifs résultent d'un effet perturbateur sur le système endocrinien ou s'ils sont plutôt l'effet d'une toxicité directe. À Taïwan, une diminution des taux sériques des IgA, des IgM, des cellules T cytotoxiques et des cellules T suppressives, avec perturbation du système immunitaire à médiation cellulaire, a été observée chez des enfants et des adolescents qui avaient été exposés à des BPC et des PCDF, à la suite de la consommation d'huile de riz contaminée (maladie de Yu Cheng). On a aussi constaté une incidence accrue d'infections respiratoires et de maladies touchant l'oreille moyenne chez les enfants nés des mères exposées durant la grossesse. Une autre étude, réalisée cette fois ci auprès d'enfants inuits, a établi une corrélation entre l'augmentation des taux de certains organochlorés (p,p'-DDE, hexachlorure de benzène, dieldrine) dans le lait maternel et une incidence accrue d'otite moyenne. La contamination de la chaîne alimentaire de l'Arctique par les organochlorés a donné lieu à la bioaccumulation de contaminants chez les humains vivant dans cette région. Or les contaminants, et plus particulièrement les composés organochlorés lipophiles, se transmettent aux bébés durant l'allaitement. L'incidence du lymphome non hodgkinien (LNH) a augmenté dans bien des pays et les facteurs de risque de la maladie incluent l'exposition à certains pesticides, aux organochlorés et au virus d'Epstein-Barr. Les taux sériques de BPC, de p,p'-DDE, de chlordanes, d'hexachlorure de benzène et d'autres contaminants ont été mesurés dans le cadre d'une étude cas-témoins, chez des sujets souffrant du LNH (cas) et des témoins; cette étude a établi une corrélation entre, d'une part, les titres d'anticorps à l'antigène d'Epstein-Barr et, d'une part, le risque accru de LNH et les concentrations en organochlorés. Les taux sériques élevés de substances chimiques de type BCP et de chlordanes ont aussi été associés à un risque accru de LNH. Les effets des substances toxiques présentes dans l'environnement sur le système immunitaire ont été largement étudiés à l'aide de modèles animaux, et ceux ci ont démontré que la TCDD provoquait une différenciation terminale prématurée des thymocytes qui entraînait des modifications dans l'épithélium cortical thymique, provoquant l'atrophie du thymus chez les rongeurs. La TCDD supprime en outre l'immunité à médiation cellulaire, l'hypersensibilité retardée et la production des cellules T cytotoxiques, dans une proportion reliée à la dose. Lors d'études sur la faune, des oiseaux exposés à des organochlorés ont manifesté des signes d'immunosuppression. Cependant, les mécanismes à l'origine de ces effets restent à préciser.

Vraisemblance biologique : Un grand nombre de substances susceptibles d'être toxiques pour le système endocrinien ont des effets immunotoxiques; on ignore cependant si les effets sur le système immunitaire résultent d'une perturbation du système endocrinien ou d'une toxicité directe. Des études réalisées sur des modèles animaux et des lignées cellulaires ont démontré que certains organochlorés, comme la TCDD, certains BPC, la PCDD et les PCDF, se lient au récepteur de l'aryl hydrocarbone (AhR) et déclenchent alors l'expression, sous l'effet médiateur de l'AhR, des gènes qui interviennent dans la prolifération et la différenciation des cellules, causant une myélosuppression, une immunosuppression, l'atrophie du thymus et l'inhibition des composantes du système du complément chez bon nombre d'espèces animales. La période à laquelle survient l'exposition est importante, car la perturbation du système immunitaire sera plus marquée si l'exposition survient durant la période prénatale ou post natale des animaux que si elle a lieu à l'âge adulte. La maturation du système immunitaire des rongeurs est particulièrement vulnérable aux effets nocifs des composés apparentés aux dioxines, du chlordane, de l'hexachlorure de benzène, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, du DDT et du chlordécone. De même, chez les humains, le système immunitaire est sensible aux expositions à des produits chimiques durant le développement du fœtus et la période post natale.

Les hormones de la reproduction ont un effet immuno régulateur. Ainsi, les femmes préménopausées ont tendance à présenter des concentrations plus élevées en immunoglobulines, ainsi qu'à manifester des réactions immunitaires primaires et secondaires plus fortes et une plus forte résistance à l'induction de la tolérance immunitaire. De plus, la prédominance des maladies auto immunes (goitre exophtalmique, lupus érythémateux, sclérose en plaques, arthrite rhumatoïde) chez les femmes laisse supposer que les hormones stéroïdes sexuelles pourraient avoir un effet modulateur sur la sensibilité immunologique. Il a ainsi été démontré que les œstrogènes régulent l'expression, la distribution et l'activité des substances chimiques du système immunitaire que l'on désigne cytokines. Des études sur des lymphocytes de souris ont en outre révélé que les œstrogènes stimulent la production des substances chimiques à action immunitaire, comme les interleukines et les interférons, alors que les androgènes diminuent la production de ces substances. Le système immunitaire, par les voies faisant intervenir les cytokines et les interleukines, peut réguler le système reproducteur en stimulant la libération des gonadotrophines LH et FSH.

Conclusions : Les données sont insuffisantes pour démontrer qu'un mécanisme endocrinien est à l'origine de la perturbation du système immunitaire provoquée par l'exposition à des substances toxiques. En effet, bien que bon nombre d'études fassent état d'une incidence accrue d'effets nocifs sur la santé consécutive à une exposition, les paramètres du système immunitaire qui sont mesurés se situent souvent dans les valeurs normales. Certaines études sur des animaux semblent indiquer que des substances toxiques pour le système endocrinien pourraient perturber le système immunitaire, mais d'autres études devront être réalisées. La régulation du système immunitaire par le système endocrinien pourrait rendre le système immunitaire sensible à une perturbation endocrinienne. Il faudra toutefois arriver à mieux comprendre ces deux systèmes, et obtenir des données épidémiologiques rigoureuses, pour déterminer si les substances chimiques peuvent altérer les fonctions immunitaires en perturbant le système endocrinien.

 



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