Fiches
documentaires
Anomalies
de l’appareil reproducteur masculin
Question
: L’exposition in utero à des substances chimiques
à action hormonale contribue à la hausse observée
de l’incidence des anomalies du système reproducteur chez
les hommes.
Contexte
: L’incidence de la cryptorchidie (rétention des
testicules dans l’abdomen) et de l’hypospadias (ouverture
de l’urètre le long du corps du pénis) est en progression.
Le développement normal de l’appareil reproducteur masculin
dépend de l’expression et de l’action de la substance
antimüllérienne et des androgènes (testostérone
et dihydrotestostérone) durant le développement du fœtns.
Comme le développement de l’appareil reproducteur masculin
est régulé par les hormones sexuelles, des changements
dans l’incidence de l’hypospadias et de la cryptorchidie
pourraient être des indicateurs potentiels d’une perturbation
endocrinienne.
Tendances
relatives à l’hypospadias et à la cryptorchidie
: Selon les données recueillies dans le cadre des systèmes
de surveillance de deux anomalies congénitales aux États?Unis,
il y a eu augmentation de la prévalence de l’hypospadias
à la naissance entre les années 70 et 90. De même,
l’analyse des tendances séculaires relatives à la
prévalence de la cryptorchidie révèle elle aussi
une augmentation au fil des ans. Dans le cadre d’une étude
prospective menée par le John Radcliffe Hospital Cryptorchidism
Study Group, 7 441 garçons de Oxford ont été examinés
entre 1984 et 1988, d’abord à la naissance puis de nouveau
à l’âge de trois mois, pour voir s’ils souffraient
de cryptorchidie. Cette étude a révélé une
hausse du taux de cryptorchidie de 35,1 % à la naissance et de
92,7 % à l’âge de trois mois, par rapport aux taux
mesurés lors d’une étude antérieure réalisée
à Londres au milieu des années 50, auprès de 3
612 bébés de sexe masculin. Bien que les variations dans
les critères d’inclusion nuisent à l’établissement
de comparaisons directes entre ces deux études, il semble que
la prévalence de la cryptorchidie ait augmenté en Grande?Bretagne.
Cohérence
des données : L’incidence de l’hypospadias
diffère sensiblement, selon le système de surveillance
des anomalies consulté. L’analyse des taux de prévalence
de l’hypospadias et de la cryptorchidie à la naissance,
d’après les données de l’Organisation internationale
des systèmes de surveillance des anomalies congénitales,
fait état d’une grande variation dans les taux d’hypospadias
et de cryptorchidie à travers le monde, un écart d’un
facteur d’au moins trois séparant les taux les plus élevés
(enregistrés aux États?Unis et en Israël pour l’hypospadias
et aux États?Unis et au Canada pour la cryptorchidie) des taux
les plus bas (Finlande, Japon, Chine et Amérique du Sud pour
l’hypospadias; Amérique du Sud pour la cryptorchidie).
Les différences dans les méthodologies utilisées
et autres facteurs rendent toutefois les comparaisons difficiles. Les
variations séculaires dans les différents registres laissent
croire qu’il y a eu augmentation des taux d’hypospadias
durant les années 70 et 80 aux États?Unis, en Scandinavie
et au Japon. Par contre, aucun changement n’a été
observé au Canada, un pays très près géographiquement
des États?Unis. Notons enfin une tendance à la baisse
des taux de ces deux pathologies, depuis 1985.
Données
expérimentales : Un certain nombre d’études
épidémiologiques semblent indiquer un lien entre l’exposition
à des pesticides et les anomalies de l’appareil reproducteur
masculin observées à Grenade, en Espagne, en Norvège,
en Colombie et aux États?Unis. Au Danemark, l’analyse des
données sur tous les bébés de sexe masculin ayant
obtenu leur congé d’un hôpital du Danemark, après
qu’un diagnostic de cryptorchidie ou d’hypospadias a été
posé entre 1983 et 1992, indique une hausse significative du
risque de cryptorchidie, mais non d’hypospadias, chez les garçons
de femmes travaillant dans le domaine du jardinage (OR = 1,7; IC 95
% = 1,1-2,4).
Lors d’expériences
sur des animaux, l’exposition durant la gestation à des
substances chimiques soupçonnées d’avoir des effets
œstrogéniques et antiandrogènes (comme le phtalate
de mono-n-butyle chez les rats et le flutamide chez les porcs) a provoqué
une cryptorchidie. Ainsi, l’exposition à la TCDD, au milieu
de la gestation, a provoqué une cryptorchidie, une diminution
du nombre de cellules germinales et des anomalies de l’épididyme
chez le porc, phénomènes qui ont été accompagnés
d’une diminution de l’expression de l’ARNm codant
pour les récepteurs des œstrogènes alpha dans le
gubernaculum et l’épididyme et une augmentation des taux
de protéines récepteurs des œstrogènes alpha
dans les testicules.
Plausibilité
biologique : Des études sur des animaux montrent que
l’exposition aux œstrogènes durant le développement
peut provoquer la cryptorchidie et l’hypospadias. Chez les humains,
l’induction d’anomalies de l’appareil reproducteur
(kystes de l’épididyme, cryptorchidie et autres anomalies
génitales) chez les garçons de mères exposées
au DES est bien documentée. Cependant, une méta?analyse
de 14 études sur des humains, ayant pour but d’évaluer
l’effet des contraceptifs oraux (moins puissants que le DES) ou
des progestagènes, n’a fourni aucune donnée concluante
quant aux effets de l’exposition prénatale. Des études
récentes ont cherché à évaluer le rôle
possible des œstrogènes exogènes présents
dans le régime alimentaire de la mère sur la manifestation
de l’hypospadias. Les mères végétariennes
durant la grossesse ont présenté un risque plus élevé
de donner naissance à un garçon souffrant d’hypospadias
que les mères omnivores qui n’avaient pas pris de supplément
de fer (OR = 4,99; IC à 95 % = 2,10-11,88). Un risque plus élevé
a aussi été observé chez les femmes omnivores ayant
pris des suppléments de fer durant la première moitié
de leur grossesse (OR = 2,07; IC = 1,00-4,32). Selon certains, les femmes
végétariennes seraient plus exposées aux phyto-œstrogènes
que les omnivores, et ceci pourrait expliquer le risque plus élevé
observé dans ce groupe.
Parmi les facteurs de risque connus de la cryptorchidie,
mentionnons l’ethnicité, les antécédents
familiaux de cryptorchidie, le faible poids à la naissance, la
prise d’analgésiques durant la grossesse, le rang de naissance,
l’obésité chez la mère, la naissance par
césarienne, l’accouchement prématuré et les
malformations congénitales; plusieurs sont aussi des facteurs
de risque de l’hypospadias. Diverses études font également
état d’effets saisonniers, l’incidence maximale de
la cryptorchidie étant observée à différentes
périodes de l’année selon l’étude;
la signification de cette dernière conclusion reste toutefois
à déterminer.
Conclusions
: Il convient d’interpréter avec grande prudence
les données sur les variations séculaires de l’incidence
de l’hypospadias et de la cryptorchidie, étant donné
l’absence d’études longitudinales et, donc, la difficulté
de comparer les données provenant d’études distinctes.