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Fiches documentaires

Cancer de l’ovaire

Question : Bien que l’on connaisse mal l’étiologie du cancer de l’ovaire, des données semblent établir un lien possible entre l’exposition à des substances présentes dans l’environnement et le risque de cancer de l’ovaire.

Contexte : Le cancer de l’ovaire est le cinquième cancer le plus diagnostiqué (représentant 4 % de tous les nouveaux cas de cancer) et la cinquième cause de décès liée au cancer (représentant près de 5 %) chez les Canadiennes. Nos connaissances des facteurs de risque du cancer de l’ovaire s’appuient principalement sur des facteurs liés aux fonctions hormonales et à la reproduction, notamment la nulliparité, l’âge avancé à la ménopause, les antécédents familiaux de cancer de l’ovaire et du sein, ainsi que la consommation peu fréquente de contraceptifs oraux. Les études épidémiologiques, les expériences sur des animaux et les essais de fixation aux récepteurs laissent croire que les tumeurs malignes de l’ovaire pourraient être hormonodépendantes et être reliées à des facteurs endocriniens. Cette hormonodépendance du cancer de l’ovaire a mené à la formulation d’une hypothèse selon laquelle des composés œstrogéniques exogènes pourraient jouer un rôle dans l’étiologie de ce cancer. Aujourd’hui encore, des pesticides ayant des effets perturbateurs sur le système endocrinien sont utilisés – légalement ou illégalement – dans différents pays, notamment des composés organochlorés et organophosphorés, des composés à base d’arsenic et de mercure, des herbicides à base d’acide phénoxy, l’atrazine et les dithiocarbamates. Les recherches scientifiques menées à ce jour semblent établir un lien entre l’atrazine et le cancer de l’ovaire.

Tendances : Au fil des ans, les taux d’incidence du cancer de l’ovaire et de mortalité due à ce cancer sont demeurés relativement stables, si ce n’est une légère baisse du taux de mortalité. Les quelque 2 600 nouveaux cas et 1 500 décès dus à ce cancer, qui sont recensés chaque année, font du cancer de l’ovaire la principale cause de décès dû à des cancers gynécologiques au Canada. Ce cancer frappe principalement les femmes âgées et d’âge moyen. Les taux d’incidence les plus élevés sont observés en Amérique du Nord et en Europe du Nord et le taux de mortalité due au cancer de l’ovaire s’est accru chez les femmes âgées de 65 ans et plus, a cours des 40 dernières années. L’incidence de ce cancer augmente avec l’âge; il est relativement rare chez les femmes de moins de 30 ans, ce cancer étant diagnostiqué chaque année chez seulement 1,5 femme pour 100 000 dans le groupe des 20 à 30 ans, mais la proportion atteint 49 pour 100 000 dans le groupe des 60 à 69 ans.

Cohérence des données : L’étiologie du cancer de l’ovaire demeure largement inexpliquée. La plupart des facteurs de risque connus sont liés à la reproduction. Plusieurs études cas?témoins ont établi un lien entre la diminution du risque de cancer épithélial de l’ovaire et la grossesse, l’allaitement et la prise de contraceptifs oraux. Ceci a fait naître l’hypothèse de l’ovulation incessante, selon laquelle les facteurs qui suppriment l’ovulation pourraient réduire le risque de cancer de l’ovaire (Franceschi, 1989). Selon une étude cas?témoins multicentres basée sur la population, le risque relatif de cancer épithélial de l’ovaire a été estimé à 0,5 (intervalle de confiance à 95 % variant de 0,5 à 0,7) pour les femmes ayant déjà pris des contraceptifs oraux. On a estimé à 34 % la réduction du risque lors de la prise de contraceptifs oraux, quelle que soit la durée, ce pourcentage augmentant à 70 % lors de la prise de contraceptifs pendant six ans et plus. Plusieurs chercheurs ont toutefois formulé l’hypothèse voulant que l’exposition à des produits toxiques présents dans l’environnement, tels les pesticides et les herbicides, pourrait être liée au cancer de l’ovaire, un certain nombre d’études établissant un lien entre le cancer de l’ovaire et l’exposition à l’herbicide triazine. Une autre étude cas?témoins menée par Donna (1989) a révélé que le risque de cancer épithélial de l’ovaire était de deux à trois fois plus élevé chez les femmes qui avaient été exposées à des herbicides à base de triazine que chez les sujets non exposés. Une association entre l’atrazine et les tumeurs de l’ovaire a aussi été observée dans deux études italiennes (Donna et al., 1984, 1989). Par ailleurs, deux études épidémiologiques semblent indiquer que l’atrazine pourrait avoir un effet cancérogène chez les humains. Mis à part les herbicides dérivés de l’acide phénoxy, l’atrazine est l’herbicide le plus répandu à l’échelle mondiale (Short et Colborn, 1999), celui-ci étant utilisé dans la culture du maïs, des fruits, des légumes et du raisin de vinification. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, 1999) a classé l’atrazine parmi les substances potentiellement cancérogènes pour les humains.

Données expérimentales : Selon une étude réalisée par Wetzel et al., l’administration d’une forte dose d’atrazine à des rates Sprague-Dawley a eu pour effet de prolonger le cycle œstral et d’augmenter le nombre de jours des chaleurs; combiné à l’administration d’œstrogènes, ce traitement a en outre entraîné la formation plus précoce de tumeurs mammaires (Wetzel et al., 1994). L’atrazine est un composé génotoxique qui provoque des changements dans l’ADN de certaines cellules et qui augmente la formation de tumeurs mammaires chez les rates (mais non les souris) traitées par voie orale.

Plausibilité biologique : On connaît mal les causes du cancer de l’ovaire; cependant, un certain nombre de facteurs ont été associés à une augmentation ou à une diminution du risque d’en être atteinte. Des études épidémiologiques, des expériences réalisées sur des animaux et des études sur la fixation aux récepteurs indiquent que les ovaires normaux et bon nombre de tumeurs malignes des ovaires sont hormonodépendants et reliés à des facteurs endocriniens. Cette association entre le cancer de l’ovaire et des substances endogènes ou à action hormonale ont mené certains à formuler l’hypothèse que des composés exogènes présents dans l’environnement pourraient accroître le risque de ce cancer.

Conclusion : Bien que les données établissant un lien entre le cancer de l’ovaire et les toxines présentes dans l’environnement soient limitées, il s’agit d’une question importante qui devra être envisagée dans les études futures sur cette forme de cancer.



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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