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Fiches documentaires

Cancer de la prostate

Problème : L'exposition des humains à des substances chimiques à action hormonale contribue à la hausse du taux de cancer de la prostate.

Contexte général : Le cancer de la prostate est une maladie androgéno-dépendante qui est rare avant l'âge de 50 ans, mais dont le taux d'incidence augmente fortement chez les personnes plus âgées. On estime que le risque à vie de souffrir du cancer de la prostate est de 11 % et que la probabilité de mourir de cette maladie est de 3,6 %. Selon les estimations, 189 000 nouveaux cas de cancer de la prostate et 30 200 décès dus à ce cancer seront dénombrés aux États-Unis, en 2002. C'est en outre chez les Américains de race noire que les taux d'incidence et de mortalité liés à ce type de cancer sont les plus élevés au monde. Comme l'ont démontré des études sur les grappes familiales, les facteurs génétiques à eux seuls expliquent moins de 10 % des cas de cancer de la prostate.

Tendances : Depuis 1970 environ, les taux d'incidence du cancer de la prostate ont fortement augmenté dans plusieurs pays. L'introduction et l'usage répandu du test sanguin de dosage du PSA (antigène prostatique spécifique) - lequel favorise un dépistage précoce du cancer de la prostate - expliqueraient la forte hausse du taux d'incidence du cancer de la prostate observée à la fin des années 80. Le taux de mortalité due au cancer de la prostate a lui aussi augmenté depuis 1970, mais de façon moins dramatique que le taux d'incidence. Au cours des quelques dernières années, toutefois, il semble que les taux d'incidence et de mortalité aient légèrement diminué. De plus, on sait aujourd'hui qu'il existe au moins deux formes de la maladie, soit un cancer à évolution lente qui siège uniquement dans la prostate et qui est très répandu, et une forme métastatique à progression rapide qui cause un cancer cliniquement pertinent. La relation entre ces deux formes de la maladie demeure imprécise. L'augmentation du cancer de la prostate avant la fin des années 80 pourrait s'expliquer à la fois par un risque réel accru et aussi par des méthodes de diagnostic améliorées rendues possibles grâce à des pratiques chirurgicales plus sûres et à une approche plus énergique en faveur du traitement des hommes plus âgés.

Cohérence des données :La plupart des cancers de la prostate sont causés par des hormones mâles (androgènes) qui se lient aux récepteurs des androgènes dans les cellules de la prostate et en stimulent la croissance et l'activité. Des anti?androgènes sont utilisés pour traiter les maladies bénignes et malignes de la prostate et font actuellement l'objet d'essais visant à déterminer leur efficacité pour prévenir le cancer de la prostate. Selon certaines données préliminaires, un déséquilibre hormonal chez l'homme pourrait accroître le risque de cancer de la prostate. Il est donc possible que des mutations dans le gène du récepteur des androgènes (RcA), ou encore l'exposition à des produits chimiques à action hormonale présents dans l'environnement, modulent le risque de cancer de la prostate; des données récentes semblent indiquer par exemple que le risque élevé chez les Noirs américains pourrait être dû en partie à des différences raciales dans le polymorphisme du gène RcA. Des risques accrus de cancer de la prostate ont aussi été associés aux polymorphismes des gènes CYP17 et GSTP I qui codent pour des enzymes pouvant activer ou désactiver des substances carcinogènes dans l'environnement.

Aucun facteur de risque externe concluant n'a été associé au cancer de la prostate. L'effet de la plupart des facteurs de risque connus, ou soupçonnés, pourrait être hormono-dépendant, bien que les données établissant un lien direct sont dans l'ensemble inexistantes; d'autres mécanismes non hormonaux, par exemple la génotoxicité, pourraient aussi être en cause. Pour leur part, les données épidémiologiques sur les facteurs alimentaires qui réduisent (légumes, fruits, produits à base de tomate, chou, chou de Bruxelles, chou-fleur, arachides, aliments à base de soja, sélénium, vitamine E, bêta-carotène et lycopènes) ou augmentent (graisses animales, viandes rouges, produits laitiers, calcium, viandes salaisonnées) le risque de cancer de la prostate sont limitées, et souvent incohérentes. Ainsi, cinq études de cohortes réalisées auprès de végétariens n'a révélé aucune diminution du risque de cancer de la prostate. Les régimes alimentaires riches en graisses et en glucides simples ont tendance à élever les taux d'insuline et du facteur de croissance semblable à l'insuline lesquels, en retour, favorisent une augmentation de la synthèse des stéroïdes sexuels, stimulent la prolifération cellulaire et ont été liés à une augmentation du risque de cancer de la prostate. Parmi les activités professionnelles liées à un risque accru de cancer de la prostate, mentionnons l'agriculture, l'utilisation de pesticides, la fabrication de produits métalliques et les activités entraînant une exposition aux poussières de métaux, aux huiles de coupe ainsi qu'aux peintures et vernis. Pour leur part, les données liant le tabagisme aux cas incidents de cancer de la prostate sont variables; cependant, un risque de deux à trois supérieur a été observé chez les hommes ayant un indice de masse corporelle élevé, qui ont commencé à fumer avant l'âge de 20 ans ou qui étaient de grands fumeurs. Enfin, les données sur le rôle de la consommation d'alcool dans la manifestation du cancer de la prostate sont elles aussi contradictoires.

Preuves expérimentales : : Diverses expériences réalisées sur des rongeurs ont démontré une hypertrophie de la prostate après l'administration de produits chimiques oestrogéniques, et ces effets se sont manifestés à de faibles concentrations. Il convient toutefois de souligner que d'autres chercheurs ont été incapables de reproduire ces résultats en suivant le même protocole expérimental. Qui plus est, même si les doses de ces produits toxiques sont considérées faibles, lorsqu'on les compare aux concentrations requises pour induire d'autres effets nocifs, elles dépassent largement les concentrations dans les contraceptifs oraux à faible dose. On ne peut donc pas nécessairement parler d'effets liés à de faibles doses.

Selon certains, les changements observés dans la croissance de la prostate chez les rongeurs signifient que des changements similaires pourraient survenir chez l'humain. On ignore toutefois dans quelle mesure on peut se baser sur les effets des produits chimiques sur le développement de la prostate chez les rongeurs pour prévoir le risque de cancer de la prostate chez les humains, compte tenu des différences qui existent au niveau de l'anatomie de la glande et du fait que peu de rongeurs développent spontanément un cancer de la prostate. Enfin, le mécanisme par lequel les contaminants environnementaux provoquent des changements dans la différenciation et la croissance de la prostate reste à préciser.

Plausibilité biologique : En l'absence de données directes sur les humains (exposition prouvée, lien entre l'exposition et le risque accru de cancer de la prostate et données prouvant des changements induits par des contaminants sur les taux sanguins de stéroïdes sexuels chez les hommes atteints par rapport à une population témoin), il reste la possibilité théorique que des substances chimiques à action hormonale puissent moduler le risque de cancer de la prostate en modifiant l'équilibre entre les stéroïdes sexuels chez les hommes. Cependant, l'hypothèse voulant que l'exposition à des contaminants chimiques environnementaux à action hormonale augmente le risque de cancer de la prostate chez les humains reste à prouver.

Conclusion :Malgré de nombreuses recherches, les principaux facteurs de risque prouvés du cancer de la prostate demeurent des facteurs non modifiables, en l'occurrence l'âge, les antécédents familiaux et la race. Les études épidémiologiques sur les facteurs de risque modifiables potentiels ont établi certains liens avec le régime alimentaire, la profession, le mode de vie et d'autres facteurs. Cependant, les incohérences et les lacunes des études menées à ce jour ne permettent pas de conclure que des substances chimiques à action hormonale sont des facteurs de causalité potentiels du cancer de la prostate.



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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