Fiches
documentaires
Sex-ratio
Problème
: Depuis plusieurs décennies, on observe une diminution du nombre
de naissances masculines par rapport aux naissances féminines, en Amérique
du Nord et ailleurs dans le monde. On ignore toujours la cause de ce
phénomène, mais on croit que l'exposition à des produits chimiques présents
dans l'environnement pourrait y contribuer.
Contexte
général : : Le sex-ratio se calcule en divisant le
nombre de naissances d'enfants mâles vivants par le nombre total
de naissances au cours d'une période donnée. Bien qu'on
connaisse mal les facteurs qui modifient le sex-ratio, des données
mettent clairement en cause des facteurs externes que l'on peut regrouper
en trois catégories, soit les facteurs médicaux, professionnels
et environnementaux.
Les facteurs médicaux connus ou proposés, pour expliquer
la diminution de la proportion d'enfants de sexe masculin, incluent
l'âge plus élevé du père et de la mère,
la fertilisation in vitro, le déclenchement de l'ovulation, le
lymphome non hodgkinien, l'hépatite et la sclérose en
plaques. Les hommes qui souffrent du cancer des testicules ont également
tendance à engendrer davantage d'enfants de sexe féminin
que les hommes en général.
Une étude menée auprès des enfants nés entre
1978 et 1990 aux Pays-Bas a révélé une augmentation
du nombre d'enfants de sexe féminin dans les familles où
le père avait été exposé à des pesticides
au travail. Parmi les autres expositions professionnelles associées
à une modification du sex-ratio, mentionnons les emplois dans
le secteur de l'aluminium à titre de " régleur d'anodes
de carbone ", de " régleurs d'anodes " ou de "
préposés au remplacement des anodes de carbone ",
ainsi que l'exposition à des gaz anesthésiques usés.
Des changements dans le sex-ratio ont aussi été signalés
à la suite du rejet accidentel de dioxines dans l'environnement,
à Seveso en Italie. Bien que ces données semblent indiquer
un lien entre l'exposition à un contaminant environnemental et
la modification du sex-ratio à la naissance, il convient de faire
preuve de prudence en interprétant ce rapport, en raison de la
taille relativement faible de l'échantillon. Qui plus est, cette
observation n'a pas été confirmée puisqu'aucune
autre donnée ne fait état d'une modification du sex-ratio
chez les enfants d'autres populations exposées à des dioxines.
Tendances
: Le sex-ratio au Canada, aux États-Unis, au Danemark et aux Pays-Bas
est en baisse depuis 20 à 30 ans. Des changements similaires ont également
été rapportés dans d'autres pays, mais ces données doivent être interprétées
avec prudence, étant donné la petite taille de l'échantillon.
Cohérence
des données : Bien qu'une étude réalisée aux Pays-Bas fasse
état d'une tendance à la baisse du sex?ratio, d'autres études indiquent
au contraire une tendance en faveur d'une hausse du sex-ratio en Italie,
en Grèce et aux Pays-Bas. Selon une analyse de régression des tendances
temporelles observées aux États-Unis entre 1969 et 1995, le sex-ratio
des naissances vivantes a fortement diminué parmi la population de race
blanche durant cette période de 27 ans (OR = 0,9935; IC à 95 % = 0,9919
- 0,9952). En revanche, le sex?ratio a fortement progressé dans la population
noire, durant cette même période (OR = 1,0208; IC 95 % = 1,0162 - 1,0254).
Enfin, d'autres données laissent croire que les changements dans le
sex-ratio précéderaient la contamination de l'environnement par des
produits chimiques industriels.
Preuves
expérimentales : Des études sur des aninaux montrent une
modification du sex-ratio chez les animaux traités avec divers composés
expérimentaux. Cependant, bien que les données indiquent un changement
dans le sex?ratio des descendants, ces études ne fournissent aucune
précision sur le mécanisme qui pourrait être en cause.
Plausibilité
biologique : La documentation contient très peu d'information
sur les facteurs qui influent sur le sex-ratio. Deux hypothèses
distinctes donnent un aperçu limité du ou des mécanisme(s)
qui auraient une incidence sur le sex-ratio chez les animaux. Selon
la première hypothèse, le taux de développement
du produit de conception varie selon le sexe génétique,
et les intervalles plus courts entre les divisions cellulaires rend
les cellules plus sensibles à l'effet des substances toxiques;
donc, le foetus mâle qui croît plus rapidement serait plus
sensible aux changements létaux ce qui, en bout de ligne, aura
une incidence sur le sex-ratio. Deuxième hypothèse, la
position du foetus de sexe féminin chez la souris, durant la
gestation (selon une comparaison basée entre deux mâles
et deux femelles), a une incidence sur le sex-ratio des descendants.
Ces données suggèrent que des facteurs hormonaux durant
la gestation ont une incidence sur le sex-ratio des descendants lorsque
ceux-ci commencent à avoir des portées. Précisons
toutefois que le ou les mécanisme(s) à la base de ces
changements n'ont pas été étudiés, et les
deux hypothèses restent à être évaluées
en conditions
Évaluation du
poids actuel de la preuve : Bien que les données indiquent une diminution
du nombre de naissances masculines dans certaines régions, les rapports
sur cette question sont contradictoires, certains n'indiquant aucun
changement alors que d'autres font état d'effets contraires selon la
race. Qui plus est, en l'absence d'un mécanisme biologique plausible
pour expliquer les effets observés, la conclusion générale qui se dégage
est que les données établissant un lien entre l'exposition à des contaminants
environnementaux et la modification du sex-ratio demeurent pour l'instant
très faibles.