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Fiches documentaires

Cancer des testicules

Question
L'incidence du cancer des testicules n'a cessé de progresser dans les pays occidentaux au cours des 40 à 50 dernières années. Malgré les incertitudes qui persistent quant à l'étiologie de ce cancer, on possède suffisamment de données pour formuler l'hypothèse d'un lien avec les modulateurs endocriniens.

Contexte
Le cancer des testicules est rare. Son taux d'incidence ajusté selon l'âge est de 4,2 pour 100 000 au Canada, ce qui ne représente que 1,1 % de tous les néoplasmes malins chez les Canadiens. Malgré cette faible incidence, le cancer des testicules est la forme de cancer la plus répandue chez les jeunes hommes de 25 à 34 ans. L'incidence varie toutefois considérablement en fonction de la race, les taux étant environ trois fois plus élevés chez les hommes de race blanche que chez les Afro-américains.

Évolution de la maladie
Depuis le milieu du XXe siècle, le taux d'incidence du cancer des testicules est en hausse dans bon nombre de pays occidentaux, y compris au Canada, aux États-Unis, dans les pays nordiques et en Grande-Bretagne, et la progression a été particulièrement rapide dans les pays d'Europe de l'Est, notamment en Slovénie. Les pays qui tiennent un registre du cancer depuis suffisamment longtemps, comme le Danemark, compilent des données sur cette tendance depuis la première moitié du XXe siècle. Malgré la progression du cancer des testicules dans bien des pays occidentaux, l'incidence corrigée selon l'âge de ce cancer demeure faible dans toutes les populations du monde, les taux les plus faibles s'observant parmi les populations asiatiques, chez les Afro-américains et chez les populations noires en général. Au Danemark, le taux d'incidence est de 8 pour 100 000, mais il n'est que de 1 pour 100 000 au Japon, en Chine et chez les Afro-américains. Bien que l'incidence accrue de cancer des testicules soit une importante cause de morbidité chez les jeunes hommes, le cancer des testicules est un des néoplasmes solides qui présentent les meilleurs taux de guérison. Le taux de survie après cinq ans est ainsi passé de 63 % à plus de 90 % au cours des 30 dernières années. Le taux de létalité s'établit actuellement entre 10 et 15 % et, même dans les cas avec métastases, le taux de guérison peut atteindre jusqu'à 80 %.

Cohérence des données
On connaît mal l'étiologie du cancer des testicules. La plupart des facteurs de risque connus sont reliés à des phénomènes in utero, notamment la cryptorchidie ou non-descente des testicules, les carcinomes in situ et l'exposition aux œstrogènes in utero. Ces facteurs de risque laissent supposer que l'exposition à des hormones, et plus particulièrement à des œstrogènes in utero, pourrait avoir une incidence sur le risque de cancer des testicules. La nature exacte du lien entre l'exposition aux œstrogènes et le cancer des testicules demeure toutefois imprécise. Selon certains, l'exposition à des taux élevés d'œstrogènes in utero provoquerait la formation de carcinomes in situ qui semblent être un précurseur du cancer des testicules. D'autres associations entre l'exposition aux œstrogènes et le cancer des testicules sont basées sur l'augmentation du risque qui a été associée aux nausées durant la grossesse causées par les taux élevés d'œstrogènes endogènes, à l'exposition au DES ainsi qu'à la prise d'hormones diverses durant la grossesse. Les taux d'œstrogènes endogènes chez la mère sont également plus élevés lors des premières grossesses que des grossesses ultérieures; de fait, plusieurs études ont démontré que le risque de cancer des testicules est moins élevé chez les enfants de mères ayant eu plusieurs enfants que chez les enfants de sexe masculin nés de mères nullipares. Des études sur des jumeaux ont aussi révélé que les taux d'hormones chez la mère sont plus élevés dans les cas de grossesses gémellaires dizygotes que monozygotes - le risque de cancer des testicules est donc plus élevé pour les jumeaux dizygotes que monozygotes. Enfin, la consommation de tabac par la mère pourrait offrir une protection contre le cancer des testicules, en accélérant peut-être la vitesse de renouvellement des œstrogènes chez les fumeuses. Il semble donc que les œstrogènes jouent un rôle important dans l'étiologie du cancer des testicules, et cet aspect mérite d'être étudié plus à fond.

Les tumeurs à cellules germinales testiculaires sont une entité cytogénétique bien connue. Ces tumeurs sont de type triploïde quant au nombre de chromosomes et elles se caractérisent par des gains chromosomiques précis aux chromosomes 7, 8, 12, 21 et X et des pertes chromosomiques spécifiques aux chromosomes 11, 13 et 18. Une altération génétique non aléatoire a été localisée au niveau de l'isochromosome 12p. Des études ont en outre révélé que 80 % des tumeurs testiculaires ont une ou plusieurs copies de i(12p); il semble donc que l'isochromosome 12p soit l'aberration chromosomique structurale récurrente de ces tumeurs. Selon les estimations, 33,4 % de tous les cas de cancer des testicules se manifestent chez des personnes qui présentent le génotype malin, en présumant que ce caractère soit récessif.

Parmi les autres facteurs de risque du cancer des testicules qui ont été étudiés, mentionnons la profession, l'exposition à des produits chimiques, la radioexposition, la situation socio-économique et le régime alimentaire. Des études récentes examinant le lien entre le risque de cancer des testicules et le régime alimentaire ont mis en cause les produits laitiers. En plus des matières grasses, des protéines et du calcium, le lait et les produits laitiers contiennent de grandes quantités d'hormones sexuelles féminines, comme les œstrogènes et la progestérone, dont la présence est due au fait que le lait est obtenu de vaches gravides. Enfin, un risque sensiblement élevé de cancer des testicules a aussi été associé à l'exposition au polychlorure de vinyle, bien que ce lien reste à confirmer.

Données expérimentales
Les cancers des testicules qui se manifestent chez les humains sont souvent précédés de la formation de cellules germinales intratubulaires atypiques désignées CIS (carcinome in situ). Cette manifestation est par contre extrêmement rare chez les animaux de laboratoire, ce qui fait qu'on ne disposait jusqu'à récemment d'aucun modèle animal expérimental pouvant fournir, par extrapolation, des données applicables aux humains. Des lésions de type CIS ont toutefois été induites chez des lapins exposés in utero ou en très bas âge aux substances toxiques octylphénol, p,p'-DDT/DDE ou zéranol. Ces résultats laissent croire à la pertinence potentielle du lapin comme modèle pour l'étude de ce type de cancer chez les humains. Cependant, il n'existe toujours pas de modèles animaux validés pour l'étude des tumeurs à cellules germinales (testiculaires) observées chez l'homme.

Plausibilité biologique
Malgré l'absence de données directes chez les humains, les substances chimiques d'origine anthropique peuvent contribuer à la pathogenèse du cancer des testicules, par l'action œstrogénique ou anti-androgénique des hormones sur les testicules. Cependant, on ignore toujours quelles substances sont en cause, parmi les composés chimiques à action hormonale présents dans l'environnement, et on ne sait rien non plus de leurs mécanismes d'action, ni des risques de cancer qui y sont associés.

Conclusion
Bien que l'étiologie du cancer des testicules demeure inconnue, bon nombre des facteurs de risque laissent supposer un mécanisme hormonal. On ne possède toujours pas de données directes qui établissent un lien entre les perturbateurs endocriniens chimiques, présents dans l'environnement, et le risque de cancer des testicules. De même, aucune étude n'a encore examiné le lien entre les substances œstrogéniques ou anti-androgéniques et le cancer des testicules. Enfin, l'absence de modèle animal approprié fait qu'il demeure impossible de tirer des conclusions définitives sur le rôle des substances chimiques à action hormonale, présentes dans l'environnement, dans le risque de cancer des testicules.



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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