Ateliers
Auteurs
Andersen, M.E., R.B. Conolly, E.M. Faustman, R.J. Kavlock, C.J. Portier,
D.M. Sheehan, P.J. Wier et L. Ziese
Titre
Modélisation de la relation dose-effet des composés à
action endocrinienne à l'aide d'un modèle mécaniste
quantitatif
Journal
Environmental Health Perspectives, 107 (suppl. 4): 631-8, 1999
L'évaluation
des risques associés aux substances chimiques présentes
dans l'environnement a mené à la mise au point de modèles
mathématiques quantitatifs visant expressément à
caractériser des paramètres biochimiques (comme la puissance
du composé, les interactions ligand-récepteur et la relation
dose-effet) qui influent sur la modulation endocrinienne.
Selon les nouvelles
lignes directrices proposées par l'EPA, l'évaluation des
risques devrait mettre l'accent sur le mode d'action du produit chimique
et sur la dosimétrie tissulaire, de manière à pouvoir
déterminer la relation dose-effet et à réduire
l'incertitude associée à l'évaluation des risques.
Un modèle mathématique permettrait de caractériser
ces paramètres et autres paramètres importants dans l'évaluation
des risques. Cependant, la modélisation de la relation dose-effet
ne doit pas chercher uniquement à déterminer la puissance
d'une substance, mais aussi intégrer d'autres données,
par exemple les expositions préalables, l'incidence naturelle,
l'hétérogénéité et la variabilité,
et permettre ainsi l'extrapolation à d'autres groupes de produits
chimiques. Des modèles de liaison alliant des composantes pharmacocinétiques
(temps d'absorption pour la distribution tissulaire) et pharmacodynamiques
(interactions entre les produits chimiques et les tissus cibles) pourraient
être intégrés à un modèle mécaniste
dose-effet (MBDR), pour évaluer les substances chimiques à
action endocrine. Cependant, le modèle MBDR devrait produire
une courbe dose-effet appropriée, qui soit compatible avec la
biologie du système et permettre de différencier des composés
de structure apparentée. D'autres paramètres, comme le
sexe, les souches utilisées, la variabilité génétique,
les systèmes organiques, les stades biologiques et l'espèce
animale, doivent aussi être intégrés au modèle,
afin que des extrapolations puissent être faites en regard d'expositions
précises chez les humains ou les animaux. Selon les auteurs,
tout modèle visant à étudier les substances qui
agissent sur le système endocrinien devrait tenir compte de la
signalisation paracrine/autocrine, ainsi que de la cinétique,
de la distribution, de la synthèse, du métabolisme et
des interactions de liaison des hormones, en plus des multiples isoformes
des récepteurs et des variations temporelles dans la synthèse,
le métabolisme et la libération des hormones (rythme circadien,
puberté, cycle menstruel, ménopause).
Les participants
à l'atelier ont formulé plusieurs recommandations relativement
à l'utilisation de modèles MBDR pour étudier les
substances à action endocrine. La mise au point d'un modèle
MBDR constituerait une première étape importante dans
l'évaluation de telles substances et devrait être suivie
d'études scientifiques plus classiques visant à confirmer
les prévisions établies par modèle. Cependant,
avant que les modèles MBDR ne soient adoptés par les organismes
de réglementation, ils devront être largement acceptés
au sein de la communauté scientifique. Ils devront aussi être
mis au point sur une base régulière, être du domaine
public et être soumis à un examen par des pairs. Il faudrait
également que l'on dispose d'exemples récents pour faciliter
le développement de modèles connexes; les produits chimiques
types qui présentent des risques pour la santé humaine
et qui sont bien caractérisés devraient être utilisés
pour concevoir les modèles MBDR selon une démarche multidisciplinaire
(réunissant des spécialistes en toxicologie, en endocrinologie,
en pharmacocinétique et en statistique). Il faudrait enfin trouver
des sources de financement pour favoriser le développement de
tels modèles.
L'utilisation de
modèles MBDR pour étudier les risques des substances à
action endocrine pour les populations humaines est une proposition fort
intéressante. Il existe un grand nombre d'études qui caractérisent
les paramètres biochimiques de diverses substances agissant sur
le système endocrinien; il demeure toutefois difficile d'appliquer
ces résultats aux populations humaines, par extrapolation. En
effet, bon nombre d'études portent sur des animaux et sur des
doses beaucoup plus fortes que celles auxquelles seraient exposées
les populations humaines. Donc un modèle MBDR, dont les données
sur la relation dose-effet chez les animaux pourraient être extrapolées
aux humains, s'avérerait un outil très précieux.
Précisons toutefois que les modèles MBDR ne visent pas
à remplacer les études expérimentales classiques,
mais qu'ils peuvent être fort utiles pour évaluer les risques
associés aux substances à action endocrine chez les humains,
lorsqu'il est impossible de procéder à des études
sur l'exposition à des produits chimiques en milieu contrôlé.
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