Rapports
" Animal
Models and Experimental Design Considerations for Endocrine Disruptor
Research and Testing "
Le volume 45(4)
du Institute for Laboratory Animal Research (ILAR) Journal présente
une analyse et une discussion sur d'importantes questions ayant trait
aux protocoles expérimentaux des recherches sur les perturbateurs
endocriniens qui sont menées sur des animaux de laboratoire;
on y définit également les principaux facteurs expérimentaux
et environnementaux qui peuvent fausser les résultats de ces
recherches. Ces articles fournissent de précieux renseignements
sur le rôle des différents modèles utilisés
pour les recherches sur les perturbateurs endocriniens chimiques, dans
le cadre du programme EDSP (Endocrine Disruptor Screening Program) -
ce programme a pour but d'identifier les perturbateurs endocriniens
susceptibles d'avoir des effets nocifs chez les humains et des espèces
animales importantes sur le plan écologique.
Considérations
liées au protocole expérimental des études sur
les perturbateurs endocriniens
Selon des données
scientifiques, certaines substances chimiques pourraient se lier aux
récepteurs des hormones endogènes et perturber de ce fait
le fonctionnement normal du système endocrinien, ce qui augmenterait
les risques de troubles et de cancer du système reproducteur
chez les humains. Ces observations ont ouvert la voie à diverses
initiatives internationales ayant pour but de détecter les produits
chimiques à action endocrinienne qui pourraient avoir des effets
sur la santé. Des études récentes ont toutefois
démontré que les modèles animaux traditionnels,
de même que les protocoles et les essais de toxicité "
classiques ", n'avaient pas permis de déceler bon nombre
des effets nocifs causés par certains perturbateurs endocriniens
chimiques, en particulier les faibles effets nocifs sur le ftus.
La variabilité entre laboratoires est un autre problème
important qui nuit à la reproductibilité et à l'interprétation
des résultats, surtout des résultats associés à
de faibles doses. Cette variabilité peut être due à
divers facteurs, notamment au régime alimentaire type, qui est
servi aux animaux de laboratoire utilisés pour les recherches
sur le système endocrinien. Ce régime contient en effet
des taux élevés et variables de phytoestrogènes
(isoflavones dérivées du soja) qui peuvent moduler des
réponses physiologiques et comportementales similaires à
celles provoquées par les strogènes endogènes
et exogènes. De fait, des études à court et à
long termes ont révélé qu'un régime à
base de phytoestrogènes a des effets précis sur l'ingestion
d'aliments et d'eau, le dépôt de graisses, les taux sériques
de leptine et d'insuline, ainsi que sur le processus d'apprentissage,
la mémoire et les comportements reliés à l'anxiété.
D'autres études devront être réalisées afin
d'évaluer les effets des isoflavones alimentaires sur les processus
de régulation de base qui contrôlent une série de
réactions physiologiques et neuro-endocriniennes en cascade,
dans les conditions normales et dans différentes conditions pathologiques.
Les résultats obtenus laissent néanmoins sous entendre
l'importance de déterminer et de contrôler la teneur en
phytoestrogènes du régime alimentaire, non seulement pour
les études sur les perturbateurs endocriniens, mais pour tous
les types de recherches et d'essais réalisés sur des animaux,
afin de réduire au minimum les effets potentiellement confusionnels
et de maximiser la reproductibilité des résultats.
Le choix de la bonne espèce animale, et de la bonne souche ou
du bon stock, est un autre important facteur à considérer
pour les études sur les perturbateurs endocriniens. Les données
expérimentales indiquent en effet que certains rats et souris
exogames, pourtant fréquemment utilisés, sont moins sensibles
aux strogènes que certaines lignées pures. Les auteurs
insistent sur l'importance de tenir compte de la sensibilité
de la souche ou du stock pour l'étude de paramètres précis
du système endocrinien et donc de choisir une souche (un stock)
sensible qui réduira au minimum la probabilité de faux
négatifs.
Par ailleurs, alors
que les différences dans le régime alimentaire et la sensibilité
de la souche ou du stock sont des sources de variation bien connues
dans les études sur les perturbateurs endocriniens, de nombreuses
autres variations possibles, qui sont liées au milieu dans lequel
sont logés ou testés les animaux de laboratoire, pourraient
aussi fausser les résultats des recherches et des essais. Au
nombre des variables confusionnelles possibles qu'il importe de sélectionner,
normaliser et contrôler afin d'obtenir des résultats qui
soient scientifiquement valables et reproductibles, mentionnons la gestion
génétique, la présence de microbes et de pathogènes,
le programme de sélection, les conditions de logement, les méthodes
d'élevage, le régime alimentaire, le milieu physique (éclairage,
température ambiante, humidité, macroenvironnement et
microenvironnement) et le système de mise en cage.
Enfin, même
si les effets de l'exposition à des perturbateurs endocriniens
potentiels durant la grossesse ont fait l'objet de nombreuses études,
ce n'est que récemment que des études ont démontré
une sensibilité accrue du ftus aux hormones endogènes,
durant cette période critique du développement des organes
et des systèmes. Ainsi, la proximité intrautérine
de ftus mâles et femelles a une incidence sur un certain
nombre de caractères anatomiques, physiologiques et comportementaux
sexuellement dimorphes. Il pourrait donc s'avérer important -
dans le cadre de certaines études sur les perturbateurs endocriniens
- d'observer ou d'estimer la position intra-utérine de chaque
ftus ou petit, afin d'obtenir une sensibilité et une spécificité
optimales qui favorisent l'atteinte des objectifs de la recherche et
des essais.
Modèles
animaux pour les études sur les perturbateurs endocriniens
Le nombre de substances
chimiques susceptibles d'avoir des effets perturbateurs sur le système
endocrinien a progressé de façon exponentielle au cours
des cinq à dix dernières années et, déjà,
plus de 100 000 substances chimiques existantes et nouvelles figurent
sur la liste des produits à évaluer. D'où l'importance
de mettre en place un programme d'essais hiérarchisés
rapides. C'est dans cette optique que le comité EDSTAC (Endocrine
Disruptor Screening and Testing Advisory Committee), mis sur pied par
l'Environmental Protection Agency (EPA), a recommandé un protocole
de dépistage et d'essais à plusieurs niveaux, devant servir
à évaluer les effets strogènes, androgènes
et thyroïdiens des substances chimiques commerciales et des contaminants
environnementaux, nouveaux et existants. La batterie de tests de dépistage
de niveau I vise à identifier les substances susceptibles d'avoir
des effets perturbateurs sur le système endocrinien, qui devraient
faire l'objet d'analyses plus approfondies; cette batterie a été
conçue de manière à offrir des tests rapides et
peu coûteux, plus sensibles que spécifiques. La batterie
d'essais de niveau II a pour but d'identifier, de caractériser
et de quantifier les effets nocifs des perturbateurs endocriniens chimiques,
ainsi que de déterminer les relations dose réponse aux
fins de l'évaluation des risques.
Les invertébrés
sont des composantes essentielles de tout écosystème,
qui sont utilisés avec succès depuis de nombreuses années
pour des tests de dépistage et des essais biologiques. Les systèmes
hormonaux uniques chez tous les phylums d'invertébrés,
y compris les arthropodes, les mollusques et les nématodes, pour
ne nommer que ceux-ci, offrent la possibilité d'étudier
et d'identifier les perturbateurs endocriniens chimiques susceptibles
d'avoir des effets sur des espèces d'invertébrés
ayant une importance sur le plan écologique et économique.
L'EPA a l'intention d'inclure des essais de toxicité couvrant
le cycle de vie de la mysis (Mysidacés) ou d'autres invertébrés,
dans la batterie de tests de niveau II. D'autres études en endocrinologie
comparative devront être réalisées pour comprendre
l'utilité et les limites de cette démarche.
Les essais sur le
poisson représentent un autre volet important des programmes
de dépistage et d'essai sur les perturbateurs endocriniens chimiques.
L'uniformité génétique de ces souches contribue
en effet à réduire au minimum la variabilité expérimentale
qui est normalement associée aux autres espèces. Ainsi,
les essais sur le cycle de vie partiel et complet du poisson, qui portent
sur des aspects clés de la reproduction et du développement,
offrent des modèles efficaces pour établir des prédictions
quantitatives sur les risques écologiques associés aux
perturbateurs endocriniens chimiques pour les populations de poisson
et analyser les effets généralisés des perturbateurs
endocriniens sur les vertébrés. L'EPA a proposé
d'inclure des essais sur le poisson dans les batteries de tests de niveaux
I et II.
Les oiseaux ont
été l'une des premières espèces fauniques
chez qui des effets perturbateurs du système endocrinien - alors
attribués au pesticide DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane)
- ont été signalés. C'est ce qui explique que les
essais évaluant la capacité de reproduction des oiseaux
font habituellement partie du protocole d'homologation des pesticides.
De fait, la batterie de tests de niveau II, du programme EDSP de l'EPA,
inclut un essai de toxicité sur deux générations,
qui prévoit une exposition des oiseaux durant les quatre stades
critiques de leur vie (dans l'uf, juvénile, jeune adulte
et adulte) visant à évaluer quantitativement tout effet
négatif associé à un présumé perturbateur
endocrinien chimique. L'auteur a examiné le bien fondé
d'inclure les oiseaux dans le programme EDSP et a défini les
paramètres du protocole expérimental, ainsi que les principaux
aspects de la méthode d'essai devant assurer une exposition adéquate
durant les différents stades de vie. Il souligne également
certains exigences générales des recherches, y compris
certaines améliorations à apporter aux méthodes
d'élevage et à la manipulation expérimentale des
oiseaux, pour réduire les comportements confusionnels ainsi que
la morbidité et la mortalité accidentelles.
Les effets biologiques
de l'strogène sur les tissus cibles des mammifères
jouent un rôle important dans le fonctionnement des systèmes
qui comptent plusieurs organes, y compris les systèmes reproducteurs
mâle et femelle, le système neuro-endocrinien, le système
squelettique et le système cardio vasculaire. Les effets nocifs
des perturbateurs endocriniens exogènes à action strogène
ou anti strogène (ou les deux) sont donc très préoccupants,
à la fois pour les humains et les animaux. Il faut cependant
une connaissance parfaite des types, de la distribution et des fonctions
des récepteurs des strogènes, pour estimer avec
certitude les risques afférents à ces produits. Les modèles
de souris génétiquement modifiées, qui ont récemment
été mis au point en supprimant les gènes codant
pour les récepteurs d'strogènes, offrent aux chercheurs
et aux scientifiques un outil unique et très utile, pour évaluer
le rôle de chaque récepteur dans les différents
tissus, ainsi que les fonctions précises des différents
récepteurs des strogènes dans des conditions physiologiques
normales et physiopathologiques.
La batterie actuelle
de tests de niveau I inclut des essais biologiques in vitro qui consistent
en des essais de liaison aux récepteurs des strogènes
et des androgènes, des essais de transactivation des gènes
et des essais sur des extraits de testicules broyés ou d'autres
essais in vitro (aromatase placentaire). Les essais de liaison aux récepteurs
et de transactivation évaluent la capacité des agents
exogènes d'imiter ou de bloquer l'action des ligands naturels
des récepteurs des strogènes et des androgènes
sur leurs récepteurs et de modifier la régulation hormonale
en altérant l'expression génétique. Les essais
sur les testicules broyés (tranchés) ont été
conçus pour évaluer la capacité d'une substance
de perturber n'importe laquelle des voies intracellulaires qui interviennent
dans la biosynthèse de la testostérone par les gonades.
Enfin, le dosage de l'aromatase placentaire vise à identifier
les inhibiteurs précis des aromatases - ces enzymes qui catalysent
la conversion des androgènes en strogènes. Le dosage
de l'aromatase a été utilisé pour évaluer
l'activité de différentes substances, notamment des pesticides
comme l'atrazine, le diuron, le fénarimol et les organochlorés,
les biphényles polychlorés, la TCDD, les composés
organostanniques et les phytoestrogènes. Cependant, ces essais
ne couvrent pas l'ensemble des voies par lesquelles la synthèse
et le métabolisme des hormones stéroïdes peuvent
être perturbés; de plus, ils nécessitent l'évaluation
de l'effet négatif de la cytotoxicité sur la biosynthèse
par les gonades et sur l'activité des aromatases. En général,
les essais in vitro offrent plusieurs avantages, dont les suivants :
bon rapport coûts efficacité, rapidité, reproductibilité
(cohérence), capacité de traiter un grand nombre d'échantillons
et indication du mécanisme d'action. Par contre, ces essais ne
peuvent à eux seuls expliquer l'adsorption, la distribution,
le métabolisme et l'excrétion des substances chimiques
et ils ne devraient pas être utilisés directement pour
l'évaluation des risques.
En raison des limites
des essais in vitro, des essais in vivo ont dû être inclus
dans les batteries de tests de dépistage et d'essais. Le rat
de laboratoire est le modèle in vivo habituellement utilisé
pour les études toxicologiques réglementaires et les recherches
en endocrinologie, ainsi que pour les essais de toxicité sur
le développement et la reproduction, ayant pour but de déterminer
les effets négatifs potentiels sur la santé des humains
et des animaux, aux fins de l'évaluation des risques pour la
santé humaine. On procède actuellement à la normalisation
et la validation de trois essais à court terme sur le rat, en
vue des inclure dans la batterie de tests de niveau I du programme EDSP.
Le premier est l'essai utérotrophique de trois jours sur le rat,
conçu pour détecter les agonistes des strogènes
en se basant sur l'induction ou l'inhibition de l'augmentation du poids
de l'utérus. Le deuxième est l'essai de Hershberger sur
dix jours, qui vise à détecter l'activité androgène
et anti-androgène en mesurant les variations pondérales
des tissus reproducteurs mâles. Enfin, le troisième est
l'essai de 21 jours sur la maturation sexuelle des rates; cet essai
consiste à déterminer l'âge des rates à l'ouverture
du vagin, ainsi qu'à mesurer les taux sériques d'hormones
thyroïdiennes et le poids de l'utérus et des ovaires et
à évaluer des paramètres histologiques. Cet essai
s'est révélé hautement reproductible et très
sensible pour déterminer les perturbateurs endocriniens chimiques
susceptibles d'avoir une activité anti-thyroïdienne et strogène
ou d'inhiber la stéroïdogenèse. Parmi les autres
essais en cours d'évaluation en vue d'une inclusion possible
dans la batterie de tests de niveau I, mentionnons l'essai sur la puberté
chez le rat mâle ainsi qu'un essai in utero et durant la lactation
au cours duquel l'exposition se produit durant la gestation et la lactation.
Le rat est également le modèle animal qui a été
choisi pour les essais multigénérationnels de niveau II
sur les mammifères, dans le cadre du programme EDSP. Ces essais
consistent à exposer les animaux durant tous les stades critiques
de leur développement et à évaluer la fonction
de reproduction des animaux exposés in utero. D'autres méthodes
devront maintenant être mises au point pour détecter la
perturbation des strogènes, des androgènes et des
hormones thyroïdiennes.
L'EPA est actuellement
à définir les exigences qui régiront les tests
de dépistage et les analyses de milliers de pesticides, produits
chimiques commerciaux et contaminants environnementaux, susceptibles
de perturber le système endocrinien. Il convient toutefois de
rappeler qu'un grand nombre de facteurs expérimentaux peuvent
facilement moduler le système endocrinien et qu'il importe donc
de choisir avec soin le modèle animal et le protocole expérimental
utilisés pour les recherches et les analyses sur la perturbation
endocrinienne, afin de réduire au minimum les variables expérimentales
confusionnelles, d'accroître la reproductibilité des résultats
expérimentaux et d'obtenir des méthodes d'analyse plus
fiables et plus pertinentes. D'autres méthodes, comme les essais
in vitro, les techniques informatiques et l'utilisation d'organismes
non mammifères jouent également un rôle de plus
en plus important dans ce processus. Enfin, les scientifiques continuent
d'élaborer, de mettre au point et de valider de nouvelles méthodes
de dépistage et d'analyse, dans le but d'améliorer notre
capacité de prévoir les effets nocifs des substances chimiques
existantes et nouvelles, d'évaluer le bien être des animaux
et de réduire encore davantage le nombre d'animaux devant être
utilisés pour les essais.