Ateliers
Auteurs
Bigsby R., R.E. Chapin, G.P. Daston, B.J. Davis, J. Gorski, L.E. Gray,
K.L. Howdeshell, R.T. Zoeller et F.S. vom Saal
Titre
Évaluation des effets des perturbateurs endocriniens sur la fonction
endocrine durant le développement
Journal
Environmental Health Perspectives, 107 (suppl. 4): 613-8, 1999
Les premières
phases du développement se caractérisent par des périodes
sensibles à l'activité endocrinienne, au cours desquelles
les modifications dans l'activité génique, la différenciation
tissulaire et autres phénomènes physiologiques dépendent
de la coordination précise des signaux endocriniens. Toute perturbation
endocrinienne survenant durant ces périodes sensibles peut entraîner
de nombreux effets différents, par exemple l'échec de
l'implantation ou la mort du ftus, des anomalies congénitales
ou encore des changements subtils dans la fonction endocrine qui ne
deviendront peut-être apparents qu'à la puberté
ou à l'âge adulte. Les principaux aspects à étudier
incluent la régulation du développement par trois systèmes
hormonaux principaux, soit les strogènes, les androgènes
et les hormones thyroïdiennes. Les stéroïdes sexuelles
sont essentielles au développement normal du système reproducteur,
du système nerveux central et du système immunitaire,
alors que les hormones thyroïdiennes assurent le fonctionnement
normal de la plupart des tissus. La perturbation d'un de ces trois systèmes,
par des substances chimiques à action endocrine, peut donc comporter
des risques.
La quantification
des signaux endocriniens est une étape essentielle pour comprendre
les risques associés aux substances chimiques présentes
dans l'environnement. En effet, certaines de ces substances peuvent
avoir un effet additif, alors que d'autres exerceront un puissant effet
à faibles doses et produiront un effet inhibiteur différent
à des doses plus fortes. Il faut donc établir la relation
dose-effet des hormones endogènes pour d'abord caractériser
ces effets, puis évaluer les composés à l'étude
afin d'en déterminer le risque potentiel. Idéalement,
les courbes dose-effet devraient être basées sur la gamme
posologique qui correspond aux doses qui régulent l'activité
des récepteurs endocriniens endogènes. La forme de la
courbe dose-effet est un autre aspect à étudier, puisque
les perturbateurs endocriniens peuvent avoir une affinité pour
de multiples récepteurs. Plusieurs composés (p. ex., le
diéthylstilbestrol (DES), le méthoxychlore, le bisphénol
A, l'octylphénol, les phtalates, etc.) ont été
proposés comme substances expérimentales pour déterminer
la gamme posologique efficace, car on en connaît beaucoup sur
leurs mécanismes d'action et leurs effets nocifs.
La perturbation
endocrinienne peut entraîner des anomalies irréversibles
durant les premiers stades du développement, contrairement à
l'âge adulte, et nombreux sont les exemples qui témoignent
de changements irréversibles causés par des fluctuations
des taux d'strogènes ou d'androgènes endogènes
(p. ex., différenciation sexuelle, fonction cellulaire). Afin
de mieux préciser les effets de la perturbation endocrinienne,
il a été recommandé de déterminer les paramètres
biologiques ou biochimiques qui pourraient être mesurés
par des dosages ou des essais. Ainsi, la liaison aux récepteurs
hormonaux et la fonction de ces récepteurs, l'inhibition de la
synthèse des stéroïdes, le transport plasmatique
ainsi que la vitesse du métabolisme et de la clairance sont des
paramètres déterminants qui pourraient être utilisés
pour évaluer la fonction endocrine. Il y aurait lieu également
d'examiner les effets nocifs sur la fonction des organes causés
par une perturbation endocrinienne. Les auteurs proposent de mettre
au point des systèmes d'analyse des perturbateurs endocriniens,
qui permettraient de déceler les produits chimiques provoquant
des effets à faibles doses. Cependant, comme il existe de nombreuses
périodes durant le développement de l'embryon et du ftus
durant lesquelles la sensibilité à la modulation endocrinienne
est unique, les études devraient être conçues de
manière à examiner la modulation endocrinienne durant
les premières phases du développement de l'embryon et
du ftus.
Afin de mieux comprendre
et de déterminer les effets nocifs des perturbateurs endocriniens
durant le développement de l'embryon et du ftus, les auteurs
recommandent de pousser plus loin les recherches sur la régulation
normale du développement de l'embryon par le système endocrinien.
Bien que les auteurs insistent sur l'importance d'étudier l'exposition
aux substances qui agissent sur le système endocrinien, uniquement
durant le développement de l'embryon et du ftus et non
durant les périodes ultérieures de la vie, il pourrait
encore être difficile d'appliquer ces résultats aux humains,
par extrapolation. L'utilisation de paramètres biologiques permettra
de mettre au point des essais et des tests de dosage et aussi d'établir
une norme de référence et comparaison entre les études.
La détermination des faibles doses qui produisent des effets
sur le système endocrinien est une autre étape déterminante
de l'évaluation des risques associés aux perturbateurs
endocriniens; cependant, les auteurs ne définissent pas ce qu'ils
entendent par " faible dose " et, ce qui serait une faible
dose pour une substance, pourrait au contraire représenter une
dose élevée pour une autre, puisque la puissance des composés
varie. À titre d'exemple, ce que les auteurs considèrent
comme une faible dose d'un contaminant chimique sera presque toujours
nettement supérieur aux doses que contiennent les contraceptifs
oraux à faible dose qui sont aujourd'hui prescrits. Or comme
les composés expérimentaux sont beaucoup moins puissants
que les contraceptifs oraux et que les humains sont moins exposés
aux contaminants environnementaux qu'ils ne le sont aux contraceptifs
oraux, il pourrait être impossible d'étudier les effets
de faibles doses de substances agissant sur le système endocrinien.
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