Rapport
de l'étude Children's Environmental Exposure Research Study aux
États Unis, pour des considérations déontologiques
Aux États
Unis, l'étude proposée par l'Environmental Protection
Agency et financée en partie par l'American Chemistry Council,
pour évaluer l'exposition des enfants à des pesticides
d'usage domestique, a été temporairement suspendue à
cause de préoccupations déontologiques.
Les pesticides ont
été associés à une variété
d'effets nocifs sur la santé, auxquels les enfants seraient particulièrement
sensibles. La sensibilité accrue des enfants tient à plusieurs
facteurs, notamment au niveau d'exposition plus élevé
des enfants en raison de leur poids corporel, aux comportements ludiques
particuliers des enfants et aux différences entre le métabolisme
et l'excrétion des produits chimiques chez les enfants et les
adultes. Cependant, les données permettant d'évaluer l'exposition
des enfants à la grande variété de produits chimiques
présents dans leur domicile et leur environnement sont actuellement
très limitées. De plus, l'évaluation toxicologique
des pesticides pourrait ne pas être suffisamment sensible pour
détecter les substances susceptibles d'avoir des effets cancérogènes
chez les humains et ces tests ne fournissent pas de renseignements précis
sur les risques associés à l'exposition à des mélanges
de pesticides commerciaux. Des études épidémiologiques
ont été menées pour tenter de combler certaines
de ces lacunes, mais ces études sont limitées du fait
que bon nombre n'ont pas tenu compte des périodes critiques d'exposition
aux pesticides et que des échantillons biologiques ont rarement
été prélevés après l'exposition.
L'Environmental
Protection Agency des États Unis a conçu une étude
prospective sur deux ans, qui a pour but de recueillir des données
censées améliorer notre compréhension de l'exposition
des très jeunes enfants aux pesticides fréquemment utilisés
à la maison. L'étude Children's Environmental Exposure
Research Study (CHEERS) vise à recueillir des données
sur les plus importantes voies d'exposition chez les jeunes enfants,
ainsi que sur les facteurs d'exposition spécifiques de l'âge
et du stade du développement et les relations entre les concentrations
de biomarqueurs et les estimations de l'exposition. Cette étude,
qui doit se dérouler à Jacksonville en Floride, consistera
à suivre pendant deux ans 60 enfants vivant dans des ménages
qui font un usage régulier de pesticides. Les parents devront
tenir un registre de l'utilisation des pesticides dans la maison et
autour de la maison, ainsi que des activités de leurs enfants.
Des échantillons seront prélevés régulièrement
sur le plancher et d'autres surfaces, et des échantillons d'urine
seront recueillis pour analyser le métabolisme des pesticides.
Ces données devraient permettre de réduire le nombre d'hypothèses
formulées aux fins de l'évaluation de l'exposition chez
les humains et, en bout de ligne, de diminuer l'incertitude liée
à l'évaluation de l'exposition et des risques chez les
enfants.
Les participants
admissibles seront ceux qui déclarent un usage élevé
de pesticides à la maison. Une visite de présélection
sera effectuée pour confirmer le taux déclaré d'usage
de pesticides, sur la base des résultats des échantillons
obtenus par frottage du plancher. L'EPA remettra à chaque famille
participante une caméra vidéo et un magnétoscope.
Une indemnité pécuniaire leur sera également offerte,
mais celle ci sera versée de façon progressive afin de
maintenir une participation continue. Six cliniques et trois hôpitaux
locaux du comté de Duval serviront de centres de recrutement
des participants. Ces centres desservent principalement une population
à faible revenu; en 2000, par exemple, 75 % des personnes qui
ont consulté ces centres pour des questions reliées à
la grossesse avaient un revenu équivalent, ou inférieur,
au seuil de la pauvreté.
Cette étude
a toutefois suscité beaucoup de controverse sur le plan déontologique.
Certains craignent en effet que les familles recrutées - lesquelles
seront essentiellement issues de milieux à faible revenu - pourraient
être tentées d'exposer leurs enfants à des pesticides
en échange de l'indemnité pécuniaire. D'autres
inquiétudes ont trait au peu de renseignements explicites qui
seront communiqués aux parents, quant aux risques potentiels
associés à l'utilisation des pesticides à la maison.
La participation de l'industrie au financement de l'étude est
un autre irritant qui, de l'avis de certains, pourrait nuire à
l'autonomie des recherches menées par l'EPA, à l'appui
de la réglementation des produits chimiques.
Il ne fait aucun
doute qu'il faut recueillir des données plus précises
pour évaluer l'exposition des enfants aux pesticides, et l'étude
qui est proposée pourrait fournir des renseignements très
utiles à l'appui de l'évaluation des risques. Cependant,
les lacunes déontologiques de cette étude pourraient l'emporter
sur les avantages susceptibles d'en découler. Il s'impose donc
de revoir le protocole de l'étude afin de s'assurer que les enfants
ne sont pas exposés inutilement à des taux potentiellement
dangereux de pesticides. Une solution possible serait de tenter de recruter
des sujets sans offrir d'incitatif pécuniaire. Bien qu'une telle
démarche puisse exiger plus de temps et de ressources afin de
recruter un nombre suffisant de participants, elle éliminerait
la tentation, pour les familles à faible revenu, de commencer
à utiliser des pesticides en échange d'une indemnité
qui leur serait versée.