Les
perturbateurs endocriniens et la santé des enfants
Auteurs
Philip Landrigan, Anjali Garg et Daniel B.J. Droller
Titre
" Assessing the effects of endocrine disruptors in the National
Children's Study "
Journal
Environmental Health Perspectives, 111: 1678-82, 2003
Les perturbateurs
endocriniens (PE) font référence à un groupe de
produits chimiques qui peuvent altérer l'homéostasie endocrinienne.
De l'avis de certains, ces substances chimiques pourraient agir sur
les boucles de rétroaction dans le cerveau, l'hypophyse, les
gonades et la thyroïde, en plus de diminuer la qualité du
sperme et de provoquer des malformations congénitales de l'appareil
reproducteur. Il semble par ailleurs que les enfants seraient plus sensibles
aux contaminants chimiques présents dans l'environnement, et
que cette sensibilité pourrait être liée au fait
que les enfants sont plus exposés que les adultes à ces
contaminants chimiques en raison de leur régime alimentaire,
de leur cadre de vie, de leurs habitudes ludiques et de leur taille
physique. Dans certains cas, les enfants ont également plus de
difficulté que les adultes à métaboliser et à
excréter certaines substances chimiques toxiques; à cela
s'ajoute le fait que la croissance et le développement rapides
des enfants pourraient être perturbés par une exposition
à des produits chimiques toxiques.
La National Children's
Study (NCS) est une étude épidémiologique prospective
très large, dans le cadre de laquelle 100 000 enfants provenant
de toutes les régions des États Unis seront suivis depuis
le début de la grossesse jusqu'à l'âge de 21 ans
(Berkowitz et al., 2001). Cette étude a pour but d'évaluer
les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé et de
proposer des orientations fondées sur les faits pour mesurer
et évaluer l'exposition des enfants aux PE. La NCS examinera
les effets d'une exposition précoce sur le développement
et sur la santé des enfants et des adultes. Si l'on se fie aux
données recueillies jusqu'à maintenant dans le cadre d'études
sur des animaux, d'études sur des populations fauniques et d'études
cliniques, épidémiologiques et in vitro, il semble biologiquement
plausible de supposer que l'exposition aux PE durant la croissance et
l'enfance peut avoir des effets nocifs sur le développement futur.
Cependant, la documentation
scientifique actuelle ne permet pas pour l'instant de tirer des conclusions
sur le lien entre l'exposition aux produits chimiques présents
dans l'environnement et la manifestation d'effets nocifs chez les enfants,
et ce pour plusieurs raisons importantes. Mentionnons d'abord le peu
d'informations sur les niveaux et les périodes d'exposition antérieure,
ce qui limite grandement l'étude des effets potentiels des PE
chez les humains. Autre limite, la faible puissance des études
publiées à ce jour fait en sorte qu'il est impossible
de tirer des conclusions confirmant ou infirmant l'hypothèse
établissant un lien entre l'exposition à des toxiques
endocriniens et la manifestation d'effets nocifs sur la santé.
La NCS vise à pallier ces lacunes, en proposant un plan d'étude
prospective et en mesurant l'exposition aux produits chimiques, à
partir de la grossesse jusqu'à l'âge adulte. La NCS est
en outre basée sur une large population de 100 000 enfants, ce
qui en augmente l'efficacité statistique pour examiner les liens
possibles entre l'exposition aux PE et la santé humaine. La NCS
cherchera plus précisément à examiner les effets
des PE sur les systèmes endocrinien et reproducteur et sur le
développement neurologique, par une évaluation en laboratoire
de l'exposition aux produits chimiques et des analyses génétiques.
Il convient toutefois de souligner que, même si cette étude
importante et nécessaire porte sur un large échantillon,
cela ne signifie pas pour autant que des conclusions pourront être
tirées, étant donné la rareté de bon nombre
des troubles de croissance. Il est possible en effet que l'exposition
dans la population en général soit trop faible pour provoquer
des effets nocifs chez un nombre de sujets qui sera suffisamment élevé
pour qu'on puisse déceler ces effets dans le cadre de la NCS.
Qui plus est, comme on ne cesse de découvrir des produits chimiques
qui ont des effets toxiques sur le système endocrinien, on ne
sait pas si les analyses des résidus qui sont prévues
permettront de déceler les substances toxiques ayant des liens
mécanistes avec les effets nocifs à l'étude. Cependant,
quels que soient les résultats, il sera néanmoins possible
d'évaluer les variations interpersonnelles dans la sensibilité
aux PE, grâce à l'examen des polymorphismes génétiques.
Les avantages de la NCS viendront de ce qu'elle permettra de déterminer
lesquels des PE mesurés pourraient contribuer à la genèse
des problèmes de santé observés chez les enfants
et les adultes et de préciser à quelles doses et durant
quelles périodes du développement s'exercent ces effets.
En résumé, une étude comme la NCS est essentielle
pour combler les lacunes de nos connaissances et nous aider à
évaluer les risques associés à l'exposition aux
PE et à en déterminer les effets sur la santé,
à court et à long termes.