L'Union européenne
(UE) a récemment annoncé un investissement substantiel
dans la recherche sur la perturbation endocrinienne. Le CREDO, ou Cluster
of Research on Endocrine Disruption in Europe, est un programme quadriennal
de 23 millions de dollars, auquel collaborent 60 laboratoires de recherche.
Le CREDO mettra l'accent sur la mise au point de tests et de dosages
visant à déceler toute activité perturbant le système
endocrinien chez des produits chimiques, avant leur mise en marché,
ainsi qu'à déceler toute activité de ce genre dans
des produits chimiques actuellement en usage. Certains objectifs précis
des recherches portent sur les composés androgènes ou
anti androgènes qui, respectivement, imitent ou bloquent l'action
des hormones mâles comme la testostérone. Ces dernières
recherches visent à faire contrepoids à l'abondance de
recherches généralement menées par les autres groupes
sur les composés strogènes et anti strogènes.
Un autre projet
portera sur des invertébrés, comme les oursins et les
escargots, qui vivent dans des milieux pollués. Tout changement
dans la physiologie de ces animaux pourrait indiquer la présence
de substances chimiques ayant un effet perturbateur sur le système
endocrinien. Il pourrait donc être utile d'incorporer ces invertébrés
" sentinelles " aux essais sur l'écosystème,
pour déceler la présence de produits chimiques avant qu'ils
n'aient d'incidence sur la santé humaine.
D'autres recherches
examineront les risques associés aux ignifugeants bromés
qui sont couramment utilisés dans les polymères et les
textiles. Comme ces produits chimiques se sont accumulés dans
les chaînes alimentaires aquatiques et que leurs propriétés
biochimiques sont similaires à celles des BPC, eux-mêmes
de présumés perturbateurs endocriniens, il est essentiel
de déterminer les effets perturbateurs endocriniens de ces composés
chimiques, afin de pouvoir gérer les risques pour la santé
humaine.
La mise au point
des méthodologies d'essai et des stratégies d'évaluation
demeure une priorité. Des dosages d'exposition seront développés,
en vue de mesurer les effets des substances chimiques à faibles
doses. De plus, l'étude des interactions entre les différents
composés chimiques imitant l'action des hormones permettra de
mieux comprendre les risques, pour la santé humaine, de composés
particuliers inclus dans des mélanges.
Enfin, les recherches
examineront les effets de la perturbation endocrinienne sur les organes
non reproducteurs, car les organes régulés par le système
endocrinien pourraient être la cible d'effets nocifs sur la santé.
Seront également examinés les effets des composés
chimiques à action strogène, comme les pesticides,
les absorbants UV dans les écrans solaires et les phytostrogènes
utilisés en hormonothérapie substitutive, sur l'expression
des gènes dans les organes non reproducteurs.
La création
du CREDO promet de donner naissance à de nombreux projets de
recherche passionnants visant à mieux comprendre la perturbation
endocrinienne. Cette collaboration entre laboratoires est essentielle
à la mise au point de méthodes, de dosages et de modèles
cohérents qui permettront d'expliquer les mécanismes d'action
des perturbateurs endocriniens chimiques.