Ateliers
Auteurs
Cunha G.R., J.G. Forsberg, R. Golden, A. Haney, T. Iguchi, R. Newbold,
S. Swan et W. Welshons
Titre
Nouvelles approches pour estimer le risque associé à l'exposition
au diéthylstilbestrol
Journal
Environmental Health Perspectives, 107 (suppl. 4): 625-30, 1999
L'exposition in
utero au diéthylstilbestrol (DES), un puissant strogène
qui fut à une époque prescrit aux femmes enceintes pour
prévenir les fausses couches, a provoqué de grosses anomalies
de l'appareil reproducteur, en plus d'un rare adénocarcinome
du vagin chez les descendants des femmes traitées. Conscient
des préoccupations croissantes que suscitent les effets nocifs
potentiels des strogènes présents dans l'environnement,
le National Institute of Environmental Health Sciences a tenu un atelier
qui avait pour but de passer en revue le cas du DES et d'examiner les
leçons que l'on peut tirer de l'identification des composés
strogéniques, de l'interprétation des études
sur les animaux et de l'extrapolation de ces résultats aux humains.
Il avait été prouvé que le DES et les strogènes
induisaient le cancer du sein chez des rats et des souris en phase post-natale
et perturbaient le développement du système génito-urinaire
des ftus de rongeurs. Une interprétation judicieuse de
ces études aurait-elle pu prévenir l'usage clinique du
DES chez les femmes enceintes et la tragédie qui s'ensuivit-
Pour évaluer
les risques associés aux strogènes dans l'environnement,
il faut bien comprendre les premières phases du développement
de l'embryon et du ftus et déterminer les périodes
critiques du développement qui sont très sensibles à
la modulation endocrinienne. De telles données peuvent être
obtenues à l'aide de modèles animaux, d'études
embryologiques classiques et de lignées cellulaires. Il faut
également procéder à des études sur la relation
dose-effet, pour déterminer la gamme posologique qui produit
des anomalies et des cancers du système génito-urinaire.
Cependant, bon nombre des modèles conçus pour étudier
les perturbateurs endocriniens utilisent des doses supérieures
à celles auxquelles sont exposés les humains. La mise
au point de modèles à faibles doses aidera à déterminer
les effets quantitatifs et qualitatifs d'une exposition à de
faibles doses d'strogènes. Le mécanisme d'action
des strogènes présents dans l'environnement, y compris
le DES, ferait intervenir les récepteurs des strogènes
(RO). Il est donc essentiel de caractériser l'expression des
récepteurs des strogènes, leur distribution dans
les tissus, leurs isoformes et l'affinité pour les récepteurs
durant le développement, pour mieux interpréter les effets
des composés strogéniques sur le développement.
Bien que les données
sur les effets observés chez les humains après une exposition
in utero au DES soient assez abondantes, certaines questions restent
sans réponse. De toute évidence, les anomalies du développement
seraient sensibles au DES durant les périodes critiques de la
différenciation. Par conséquent, il faudrait déterminer
la dose précise et la période d'exposition au DES qui
provoquent des anomalies génito-urinaires. Bon nombre des descendants
exposés au DES approchent aujourd'hui de la cinquantaine, l'âge
auquel se manifestent habituellement les cancers de l'appareil reproducteur.
Aussi est-il essentiel de poursuivre le suivi de ces descendants, pour
mieux comprendre les effets à long terme de l'exposition durant
la gestation.
Les études
sur l'exposition au DES doivent désormais être basées
sur des modèles animaux. Or pour que les données obtenues
dans le cadre d'études sur les animaux puissent être extrapolées
aux humains, il faut choisir un modèle animal approprié,
déterminer une gamme posologique adéquate qui se rapproche
le plus possible de l'exposition chez les humains et concevoir des études
qui permettent d'examiner les effets du DES durant le développement
du ftus. La souris, le rat et le hamster ont tous été
utilisés dans une certaine mesure, mais la souris est peut-être
le meilleur modèle animal. Les résultats observés
chez des souris traitées au DES durant la période périnatale
sont en effet très similaires aux anomalies de l'appareil génito-urinaire
rapportées chez les humains. À l'aide de modèles
animaux, on peut se baser sur les paramètres biologiques sensibles
pour déterminer les modulateurs sélectifs des récepteurs
strogéniques aux faibles doses du composé (fourchette
identique aux strogènes endogènes). De nombreux
marqueurs biologiques (gènes HOX, lactoferrine) peuvent être
utilisés pour quantifier l'activité strogénique
et ces marqueurs, s'ils étaient conservés, pourraient
s'avérer particulièrement utiles pour appliquer ensuite
les résultats aux humains, par extrapolation. L'utilisation de
souris transgéniques, dépourvues d'un ou des deux isoformes
des RO, permettrait de caractériser le mécanisme d'action
du DES et autres composés strogéniques. Ceci viendrait
confirmer le fait que les RO interviennent dans les effets nocifs causés
par les composés strogéniques et pourrait aussi
indiquer des mécanismes distincts, faisant toujours intervenir
les récepteurs et causant une tératogénicité
ou une cancérogénicité (ou les deux).
La majeure partie
des données que nous possédons actuellement sur les effets
nocifs des composés strogéniques vient de l'expérience
avec le DES, laquelle demeure sans doute l'exemple le plus probant de
la toxicité des strogènes. Les leçons qui
en découlent sont cruciales pour éviter qu'une situation
similaire se reproduise et elles nous permettent de mieux comprendre
l'action des strogènes durant le développement du
ftus. Cependant, alors que nous sommes beaucoup mieux informés
aujourd'hui sur la sensibilité extrême du ftus à
tous les produits pharmaceutiques (DES, thalidomide), il ne faut pas
oublier les effets des phytoestrogènes alimentaires et des pesticides
lipophiles emmagasinés, sans parler des expositions accidentelles
ou professionnelles à des composés strogéniques.
Il est donc essentiel de poursuivre les études sur les mécanismes
d'action de ces substances chimiques, leur puissance relative et sur
la sensibilité aux strogènes durant chaque étape
du développement.
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