Évaluation dose réponse
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Toutes les substances, sans exception, sont des poisons.
Ce qui différencie un poison d'un remède, c'est
la dose juste. "
Paracelsus (1493-1541)
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L'évaluation
dose réponse est le processus qui a pour but de caractériser
la relation entre la dose d'une substance administrée ou reçue
et la manifestation d'un effet indésirable sur la santé
des populations exposées, et d'estimer l'incidence de l'effet
en fonction de l'exposition des humains à cette substance. La
" dose " est communément utilisée pour représenter
la quantité de substance administrée, tandis que la "
réponse " fait référence aux effets observés
après l'administration de cette substance. Les relations dose
réponse sont évaluées à l'aide de graphiques,
en déterminant les variations de la réponse en fonction
de la dose administrée. En général, l'augmentation
de la dose d'une substance nocive entraîne une hausse proportionnelle
de l'incidence d'un effet indésirable et de sa gravité.
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La
courbe dose réponse définit le lien entre la dose et la réponse,
sur la base des hypothèses suivantes : 1) la réponse augmente parallèlement
à la dose administrée; 2) il existe une dose seuil, c. à d., une
dose en deçà de laquelle il n'y a aucun effet. Ce modèle simple
est utile pour définir les relations dose-réponse de base; il faut
toutefois s'attendre à ce que les relations dose-réponse soient
plus complexes pour bon nombre de substances toxiques endocriniennes,
suivant l'organe cible et l'espèce exposée. |
La
relation dose-réponse revêt une importance capitale dans
l'analyse des toxiques endocriniens qui agissent souvent en imitant
ou en inhibant (bloquant) l'action des hormones endogènes déjà
présentes dans des concentrations physiologiquement fonctionnelles.
Cependant, les concentrations ambiantes des toxiques endocriniens sont
très faibles, ce qui explique l'utilisation de l'expression "
effets à faible dose " dans les études sur la perturbation
endocrinienne, et les relations dose réponse qui ont été
établies pour de présumés perturbateurs endocriniens
l'ont été à partir de concentrations beaucoup plus
élevées que celles normalement présentes dans l'environnement.
Donc, l'établissement d'un lien de causalité entre le
perturbateur endocrinien et la manifestation d'effets indésirables
chez les humains - aux faibles concentrations ambiantes - constituerait
une solide preuve à l'appui de la perturbation endocrinienne.
Malheureusement, bon nombre d'études épidémiologiques
ne fournissent pas de données sur l'exposition et certains des
exemples les plus frappants d'effets nocifs chez les humains et la faune
portent sur une exposition accidentelle à de très fortes
concentrations de produits chimiques. De plus, les tentatives visant
à reproduire ces effets chez les animaux aux doses présentes
dans l'environnement n'ont pas toujours été fructueux.
Métabolisme
et pharmacocinétique
Les substances endogènes et exogènes, y compris les hormones
et les toxiques endocriniens, sont " transformés "
par l'organisme, ce qui en modifie la distribution et l'élimination.
La " pharmacocinétique " désigne le devenir
et/ou le taux de fluctuation d'une substance dans un système
biologique, sous l'effet de son absorption, de sa distribution, de sa
liaison, de son élimination et de sa biotransformation. Une fois
synthétisées, les hormones endogènes sont transportées
par le sang vers les différents tissus où elles se lient
aux récepteurs; elles peuvent alors être transformées
par des procédés biochimiques comme la phosphorylation
et finissent par être éliminées par un processus
que l'on désigne " métabolisme ". Ces processus
(distribution, liaison, transformation et élimination) sont importants
pour déterminer, non seulement le mécanisme d'action des
hormones, mais aussi la quantité ou concentration efficace d'hormone
qui est biodisponible (assimilable par voie biologique).
La pharmacocinétique
d'une substance exogène, y compris les perturbateurs endocriniens,
est particulièrement importante à l'évaluation
de son potentiel biologique. À titre d'exemple, l'exposition
à un produit chimique toxique qui est métabolisé
(éliminé) immédiatement, avant d'agir sur les récepteurs
endocriniens, risque peu de perturber le système endocrinien.
De même, si le produit chimique toxique est présent en
quantités insuffisantes au site du récepteur cible, les
hormones endogènes pourront faire concurrence aux ligands exogènes
et les empêcher d'agir.
Puissance
La puissance est une mesure de l'activité d'une drogue, exprimée
en fonction de la quantité requise pour produire un effet d'une
intensité donnée. La puissance varie de façon inversement
proportionnelle à la quantité requise pour produire l'effet
en question - c. à d., plus la drogue est puissante, moins la
quantité sera grande. La puissance des différents perturbateurs
endocriniens varie et chacun présente une courbe dose réponse
unique. L'évaluation de la puissance d'un perturbateur endocrinien
est une étape essentielle dans la caractérisation du risque
associé à l'exposition à cette substance toxique.
Cependant, un grand nombre de facteurs influent sur la puissance d'un
contaminant donné, notamment sa biodisponibilité, son
affinité pour le récepteur cible, son métabolisme
et sa demi vie, ainsi que la puissance relative des hormones endogènes.
À la suite
d'une exposition à un perturbateur endocrinien, seule une fraction
de la quantité totale est disponible pour agir sur le récepteur
- c'est ce qu'on appelle la fraction " biodisponible ". Comme
nous le verrons plus en détail ci après, les perturbateurs
endocriniens et autres produits chimiques peuvent être liés
aux protéines du plasma ou être séquestrés
à l'intérieur des tissus. Seule la fraction libre, ou
non liée, est biodisponible.
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L'affinité
est un terme utilisé pour décrire la capacité d'une substance chimique
de se lier à un récepteur ou une molécule. L'affinité d'un contaminant
se détermine à sa structure chimique et ses propriétés biochimiques.
Ainsi, il est possible qu'une substance, pourtant présente en faible
quantité, fasse concurrence efficacement à une autre substance plus
abondante, si la première a une plus grande affinité pour le récepteur.
Sur la figure qui précède, le |
produit chimique
A (représenté par la courbe bleue, à gauche) est
plus puissant que le produit chimique B (courbe rouge), et cet aspect
ressort clairement en examinant la dose requise pour produire une réponse
semi-maximale. On remarque que les produits chimiques A et B provoquent
la même réponse, mais le produit A produit cette réponse
à une dose plus faible (1) que le produit B (2), ce qui est dû
tout simplement au fait que le produit A a une plus grande affinité
pour le récepteur qui contrôle la réponse que le
récepteur B. Il y a toutefois beaucoup d'autres facteurs qui
contribuent également à la puissance d'une substance.
À l'intérieur
de l'organisme, les composés sont dégradés ou métabolisés
et les métabolites qui se forment peuvent avoir une activité
biologique différente du composé d'origine. Certains métabolites,
par exemple, peuvent être des espèces réactives
qui causent une toxicité tissulaire non spécifique. D'autres
imiteront les composés endogènes et déclencheront,
ou bloqueront, les voies de signalisation intracellulaire normales.
La puissance d'un perturbateur endocrinien doit donc être évaluée
en fonction également de la puissance des métabolites
qui se forment et de leur demi vie.
En pharmacologie,
la " demi vie " est une mesure de la durée de vie d'une
substance ou composé chimique. Suivant les propriétés
biochimiques de la substance chimique exogène, celle ci sera
dégradée et éliminée par l'organisme ou
s'accumulera dans les tissus; la demi vie offre donc une mesure de sa
biodisponibilité. La persistance des produits chimiques, comme
les organochlorés qui s'accumulent dans l'organisme, ajoute à
leur puissance relative, à l'inverse des produits chimiques qui
sont rapidement décomposés et éliminés avant
de provoquer un effet biologique.
Il faut poursuivre
les études sur les relations dose réponse des substances
chimiques que l'on soupçonne être des perturbateurs endocriniens
et utiliser à cette fin de larges intervalles de doses, afin
de tenir compte à la fois des aspects toxiques et mécanistiques.
Des relations dose réponse crédibles peuvent être
obtenues de plusieurs sources, y compris les données sur la toxicité,
les paramètres mécanistiques, les études épidémiologiques
et les études sur le terrain.
Plusieurs aspects
doivent être pris en considération dans l'évaluation
de la relation dose réponse :
- Modèle
expérimental :
Comme il est à la fois irréalisable et contraire à
la déontologie d'exposer des sujets humains à des doses
progressives de substances chimiques potentiellement dangereuses pour
en mesurer les effets nocifs, un modèle expérimental
est utilisé. La validité de ce modèle expérimental
(animal) est cruciale, afin que les effets observés chez les
animaux, à la suite d'une exposition à des perturbateurs
endocriniens, puissent être extrapolés aux humains.
- Physiologie
du système endocrinien : Même si la relation dose
réponse peut caractériser le lien entre deux variables
(dose d'un agent chimique et réponse), cette réponse,
ou effet indésirable, est fort probablement attribuable à
de nombreux processus interdépendants, nécessaires au
maintien de l'homéostasie du tissu, de l'organe ou de la fonction
à l'étude.
- Homéostasie
: L'homéostasie désigne le maintien d'un système
biologique, par l'action de nombreux mécanismes de rétroaction.
À l'intérieur de la cellule, la régulation du
pH, du bilan ionique, de l'équilibre hydrique et d'un grand
nombre d'autres processus doit être maintenue à l'intérieur
d'une gamme étroite. De même, dans les systèmes
plus gros comme les tissus, les organes ou l'organisme tout entier,
il doit aussi y avoir maintien de l'homéostasie des taux hormonaux,
de la numération globulaire, de la température corporelle,
de la vitesse de métabolisme et de nombreux autres processus.
Il importe donc de comprendre comment la perturbation de l'homéostasie
d'un système (p. ex., le système endocrinien) peut donner
lieu à la manifestation d'une maladie ou d'un dérèglement.
La quantification de ces variations de l'homéostasie peut se
refléter dans la relation dose réponse.
- Distinction
des effets des perturbateurs endocriniens :
Il est essentiel de pouvoir faire la distinction entre les effets
sur le système endocrinien dus aux hormones endogènes
et ceux causés par les toxiques exogènes. Pareille distinction
exige toutefois une compréhension des mécanismes par
lesquels les perturbateurs endocriniens altèrent l'homéostasie
et la fonction endocrinienne.
- Sensibilité
personnelle : Il est généralement reconnu que des
facteurs de risque à la fois modifiables (style de vie, régime
alimentaire, facteurs socio-économiques) et non modifiables
(hérédité, sexe, race, âge), ont une influence
sur bon nombre de maladies, et ces facteurs interindividuels peuvent
influencer la sensibilité de certaines populations aux effets
des perturbateurs endocriniens. Ces facteurs doivent donc aussi être
pris en considération dans l'évaluation de la relation
dose réponse.
En résumé,
l'évaluation de la relation dose réponse est très
complexe et une seule relation dose réponse ne peut modéliser
tous les effets indésirables imputables à l'ensemble des
mécanismes endocriniens, dans toutes les populations. Comme nous
l'avons indiqué précédemment, de nombreux mécanismes
d'action ont été proposés et un grand nombre de
substances chimiques pourraient être des perturbateurs endocriniens.
La relation dose réponse d'un toxique endocrinien particulier
peut malgré tout constituer un élément de preuve
important dans la détermination du risque associé à
l'exposition à cette substance toxique.
L'évaluation
du risque comporte les quatre étapes suivantes : identification
du danger, évaluation de
l'exposition et caractérisation
du risque.