Auteur
Fahrenthold, D.
Titre
"
Male Bass in Potomac Producing Eggs. Pollution suspected cause of anomaly
in river's south branch "
Source
Washington
Post, 15 oct. 2004, p. A01
Selon un article publié dans le Washington Post, des caractères
sexuels anormaux ont été observés chez des achigans
mâles prélevés du fleuve Potomac, en Virginie occidentale
(Fahrenthold, 15 oct. 2004). Cette découverte a été
faite dans le cadre d'une étude qui avait été entreprise
à la suite de rapports faisant état d'un taux inhabituel
de poissons moribonds et de poissons présentant des lésions,
dans le bras sud de ce fleuve. La dissection des poissons, pour la plupart
des achigans à petite bouche, a révélé la
présence d'ufs dans les testicules de 42 % des mâles
étudiés.
L'altération
des paramètres sexuels chez des espèces sauvages, comme
les amphibiens, les reptiles et les oiseaux habitant des zones contaminées,
a été largement documentée, et la perturbation
endocrinienne a souvent été avancée comme une hypothèse
plausible pouvant expliquer le développement sexuel anormal de
bon nombre d'espèces. Le rôle potentiel des hormones exogènes,
comme les strogènes naturelles et de synthèse et
d'autres composés ayant des propriétés strogènes,
dans la féminisation des espèces sauvages a en effet été
largement étudié et, selon les hypothèses mises
de l'avant, ces substances agiraient en se liant aux récepteurs
des strogènes, ce qui aurait pour effet d'accroître
la transcription génétique et la synthèse des protéines
régulées par les strogènes. Ces composés
peuvent également perturber les fonctions endocriniennes normales,
en nuisant à la production, au transport, au métabolisme
ou à l'excrétion des hormones naturelles.
De nombreuses espèces
de poissons sont gonochoriques, ce qui signifie que leurs organes sexuels
sont au départ non différenciés et qu'il y a ensuite
différenciation ovarienne ou testiculaire. Les poissons sont
particulièrement sensibles à l'environnement hormonal
externe et cette plasticité, en ce qui a trait à la détermination
et à la différenciation sexuelles, est une particularité
qui est depuis longtemps exploitée par l'industrie de l'aquiculture.
Ainsi, l'exposition de larves sexuellement non différenciées
à de fortes doses d'strogènes permet d'obtenir un
stock entièrement composé de sujets femelles, dont les
paramètres de croissance sont souvent supérieurs à
ceux des mâles de la même espèce. Par conséquent,
l'hypothèse qui a été formulée par l'auteur
de l'article, selon laquelle des hormones naturelles présentes
dans le fumier de volaille ou dans les eaux usées traitées
seraient responsables de l'intersexualité observée chez
les poissons mâles du Potomac, est plausible sur le plan biologique.
On ignore toutefois ce que ces observations pourraient signifier pour
les humains. De même, on ignore quels effets pourraient résulter
de l'exposition au mélange complexe des nombreux perturbateurs
endocriniens qui sont présents dans l'environnement et de leur
interaction avec les systèmes biologiques. On possède
également très peu de données sur les incidences
d'une exposition à long terme à de faibles concentrations
de ces composés.
Bien qu'il soit
plausible que des contaminants environnementaux soient à l'origine
des paramètres sexuels anormaux observés chez les poissons
mâles du Potomac, de nombreuses autres possibilités doivent
aussi être envisagées, car un large éventail de
conditions environnementales peuvent perturber la fonction endocrinienne.
Il a en effet été démontré que des facteurs
comme la température, la restriction de l'apport alimentaire,
le pH, les parasites et la densité de peuplement ont tous une
incidence sur la différenciation sexuelle chez le poisson. De
plus, compte tenu du développement sexuel unique du poisson,
l'intersexualité est un phénomène naturel dans
les populations sauvages. Un des symptômes les plus fréquents
de ce phénomène est en effet la différenciation
des ovocytes en prévitellogenèse dans les testicules en
formation, et certains poissons qui présentent des signes d'intersexualité
juvénile finissent par devenir des mâles normaux. Il reste
donc à déterminer si la formation d'ovocytes dans les
testicules des poissons mâles du Potomac est attribuable à
des facteurs génétiques, environnementaux ou toxiques
ou à une combinaison de ces facteurs.