Les
effets possibles des composés endocriniens sur la reproduction
et le développement des humains sont devenus une source de préoccupations
grandissantes pour l'industrie, les groupes d'intérêt,
les toxicologues et les responsables de la réglementation.
Certains
ont soupçonné ces composés de provoquer une vaste
gamme d'effets indésirables sur la reproduction et le développement
des humains. Voir à ce propos la section intitulée "
Préoccupations relatives à
la santé ".
Les
études épidémiologiques ont produit une abondante
documentation sur la fréquence de plus en plus élevée
des problèmes de reproduction et de développement au sein
des populations, mais il existe encore peu de preuves crédibles
de l'existence d'un lien entre ces changements et l'exposition à
des substances chimiques anthropiques, et encore moins aux composés
endocriniens. Voir à ce propos la section intitulée "
Cadre d'évaluation du poids
de la preuve ".
Certains
vont même jusqu'à mettre en doute l'existence d'un véritable
changement de la fréquence de certains de ces troubles comme
l'infertilité et le cancer de la prostate. Les changements observés
ne sont peut-être que des artefacts découlant de la présentation
statistique des données, de l'amélioration des méthodes
de diagnostic, des changements apportés dans la gestion des services
médicaux et d'une sensibilisation accrue de la collectivité
en général, et de la profession médicale en particulier.
Dans
d'autres cas, les méta-analyses portant sur les cas de cancer
du sein, des ovaires et de l'endomètre n'ont laissé constater
aucun lien statistique entre ces maladies et l'exposition aux substances
chimiques anthropiques (Adami et al., 1995; Houghton et Ritter, 1995).
Il
importe néanmoins de reconnaître que l'absence de preuves
de tels effets n'est pas en soi une preuve de l'inexistence de ces effets.
L'hypothèse de la perturbation endocrinienne suscite un mélange
d'intérêt, de controverse et d'émotivité,
mais elle a besoin d'être vérifiée. Les études
sur l'exposition professionnelle et les expériences effectuées
sur des animaux portent certes à conclure à la vraisemblance
d'un tel effet, mais il nous reste encore à prouver qu'il peut
effectivement être causé par des substances chimiques de
synthèse agissant par l'intermédiaire d'un mécanisme
endocrinien. Il convient en effet d'évaluer avec la même
rigueur et la même détermination la vraisemblance d'autres
explications du phénomène, et cette vérification
prend tout son sens lorsqu'on songe aux répercussions médicales,
juridiques, sociales et éthiques que pourrait avoir l'existence
d'un tel effet des composés endocriniens sur la population générale.
Divers
groupes ont proposé des définitions différentes
des perturbateurs endocriniens dont aucune n'a encore reçu l'assentiment
général. Nous proposons pour notre part les définitions
suivantes élaborées par le Programme international sur
la sécurité des substances chimiques pour les perturbateurs
endocriniens et les perturbateurs endocriniens potentiels (PISC, mars
1998) :
"
Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange exogène
altérant les fonctions de l'appareil endocrinien et induisant
donc des effets nocifs sur la santé d'un organisme intact, de
ses descendants ou (sous-)populations. "
"
Un perturbateur endocrinien potentiel est une substance ou un mélange
exogène possédant des propriétés susceptibles
d'induire une perturbation endocrinienne dans un organisme intact, chez
ses descendants ou (sous-)populations. "
Ces
définitions tiennent compte du fait important que les humains
sont exposés à des mélanges de substances chimiques
naturelles et anthropiques. Or, le mode d'interaction de tels composés
demeure encore largement inconnu.
Voir
également " Qu'est-ce qu'un
perturbeur endocrinien? " dans la section " Foire
aux questions ".