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Des enfants empoisonnés – une nation toxique : Rapport sur la pollution chez les familles canadiennes

Ce rapport publié par Défense environnementale est un suivi au premier rapport Une nation toxique, qui a été publié en 2005 et qui avait examiné les taux de 88 différents produits chimiques dans le sang et l’urine de onze adultes canadiens. Le présent rapport de suivi évalue les taux de pollution chez les enfants et examine la différence entre la charge corporelle en produits chimiques des adultes et des enfants. À cette fin, cinq familles canadiennes ont été choisies à Vancouver, Toronto, Sarnia, Montréal et Quispamsis (Nouveau Brunswick). Six adultes (deux hommes et quatre femmes) et sept enfants (cinq filles et deux garçons), âgés entre 10 et 66 ans, ont été inclus dans l’analyse. Des échantillons de sang et d’urine ont été prélevés de sujets volontaires et analysés en vue du dépistage de 68 produits chimiques repartis entre cinq catégories, selon leurs effets sur la santé : cancérogènes, perturbateurs endocriniens, toxines respiratoires, neurotoxines et toxines nuisibles pour la reproduction et le développement. Les produits chimiques analysés appartiennent à l’une des six grandes familles chimiques suivantes : PFC (composés perfluorés), PBDE (polybromodiphényléthers), BPC (biphényles polychorés), pesticides organochlorés, métabolites d’insecticides organophosphorés et métaux lourds.

L’analyse en laboratoire des échantillons de sang et d’urine a révélé la présence, chez les 13 sujets, de 46 des 68 produits chimiques ciblés, dont cinq (5) PBDE, treize (13) BPC, cinq (5) PFC, neuf (9) pesticides organochlorés, quatre (4) métabolites d’insecticides organophosphorés, cinq (5) HAP et cinq (5) métaux lourds. Un groupe d’effets précis sur la santé a été associé à chacun de ces produits chimiques, à l’exception de trois PFC pour lesquels aucune donnée sur les effets sur la santé n’a pu être obtenue. En moyenne, 32 produits chimiques ont été détectés chez chaque adulte volontaire, contre une moyenne de 23 par enfant. À cet égard, il convient de noter que plusieurs des composés inclus dans l’étude, notamment les BPC et certains pesticides organochlorés, ont été interdits au Canada avant que naissent les enfants étudiés; malgré tout, ces composés chimiques ont été détectés chez tous les sujets. Ainsi, en moyenne, onze BPC et huit pesticides organochlorés ont été détectés chez des adultes, comparativement à sept BPC et quatre pesticides organochlorés chez les enfants. Chez les enfants, les concentrations plasmatiques médianes totales de BPC (0,574 µg/L; intervalle : < 0,01 - 0,76µ/L) et de pesticides organochlorés (0,286 µg/L; intervalle : < 0,005 - 0,48µ/L) ont été inférieures aux concentrations médianes de BPC (1,934 ug/L; intervalle : < 0,01 – 2,6 µ/L) et de pesticides organochlorés (0,787 µg/L; intervalle : < 0,005 - 1,5µ/L ) mesurées chez les adultes. En revanche, les concentrations médianes de plusieurs produits chimiques toujours en usage ont été plus élevées chez les enfants que chez leurs parents. De fait, les concentrations médianes de deux des cinq PBDE et de trois des cinq PFC détectés ont été plus élevées chez les enfants que chez les adultes. Il convient toutefois de souligner que les concentrations médianes présentées ici ne constituent pas des mesures robustes, car le nombre de sujets évalués est trop limité (sept enfants et six adultes). Il est donc impossible de faire des inférences fiables sur les différences entre les taux de contaminants chez les adultes et les enfants.

Malgré les limites quant à la généralisabilité et à l’interprétation quantitative des résultats présentés, le rapport souligne l’importance de tenir compte des différences dans les profils d’exposition des adultes et des enfants, durant l’évaluation des risques potentiels pour la santé associés à des toxines connues ou présumées. Les enfants pourraient en effet être davantage exposés à certains produits chimiques du fait de leurs comportements particuliers, que l’on pense au risque qu’ils mettent des objets contaminés dans leur bouche et au fait qu’ils passent plus de temps à l’extérieur et qu’ils jouent plus près du sol. De plus, sur une base exprimée en kilogrammes de poids corporel, les enfants mangent, boivent et respirent davantage que les adultes. Ces modèles de comportement pourraient être particulièrement importants pour étudier l’exposition à des produits chimiques comme le PFOA – un présumé cancérogène utilisé dans les batteries de cuisine antiadhésives et comme apprêt anti taches sur les meubles et les moquettes – et les PBDE, qui sont fréquemment utilisés comme ignifugeants et qui pourraient avoir des propriétés cancérogènes et des effets perturbateurs sur le système endocrinien.

La détection de BPC et de composés organochlorés chez les enfants laisse croire que certains de ces composés chimiques sont toujours présents dans l’environnement, même s’ils sont interdits depuis longtemps au Canada. Selon les auteurs, la diminution du nombre total et de la concentration de ces substances chez les enfants montre que l’interdiction qui frappe ces substances semble avoir réussi à en réduire l’exposition chez les humains. Il faudra toutefois que ces résultats puissent être reproduits sur une large population choisie au hasard, avant de pouvoir formuler ce type d’hypothèses.

Bien que les résultats obtenus auprès de ce petit échantillon non aléatoire ne puissent être généralisés à l’ensemble de la population canadienne, ce rapport fournit néanmoins quelques indications sur les types de produits chimiques auxquels les Canadiens pourraient être exposés et note quelques différences potentiellement importantes entre l’exposition chez les adultes et les enfants. Cependant, on ne sait pas vraiment ce que signifient ces résultats, en termes de risques pour la santé humaine. En effet, alors qu’il est possible de prévoir les principaux effets sur la santé de la plupart des composés chimiques à partir d’observations sur des modèles animaux, de nombreux facteurs font qu’il est difficile de prévoir, par extrapolation, les effets qu’auront ces composés sur les humains. Pour y parvenir, il faudra recueillir d’autres données sur les effets d’une exposition à long terme à une faible dose, sur la manière dont les variables liées à la génétique et au mode de vie influent sur les effets qui se manifestent sur la santé après une exposition à un produit chimique, ainsi que sur les effets d’une exposition concomitante à de nombreux produits chimiques. Il faudra également déterminer les périodes d’exposition critiques aux différents produits chimiques, car la sensibilité d’une personne pourrait varier en fonction de son stade de développement au moment de l’exposition. À titre d’exemple, les enfants et les adolescents pourraient être les plus sensibles aux hormones ayant un effet perturbateur sur le système endocrinien, car leur système endocrinien et leurs organes reproducteurs se trouvent alors à un stade crucial de leur maturation.

Il importe de rappeler que les données présentées dans ce rapport n’ont pas été obtenues dans le cadre d’une étude scientifique bien conçue et révisée par les pairs et qu’il existe plusieurs limites qui rendent impossible l’extrapolation de ces résultats à une population plus large. Notons entre autres le choix non aléatoire des participants qui introduit la possibilité d’une certaine forme de biais de sélection, qui pourrait avoir une incidence sur les résultats présentés – un problème par ailleurs exacerbé par la petite taille de l’échantillon (seulement 13 sujets). Or il est impossible d’obtenir des mesures statistiquement fiables avec un échantillon de cette taille, notamment compte tenu des nombreux facteurs personnels liés à la biologie et au mode de vie qui peuvent avoir une incidence sur le niveau d’exposition aux polluants environnementaux. Les auteurs indiquent que la détection d’un grand nombre de produits chimiques chez chaque sujet volontaire est une cause de préoccupation; cependant, on ne sait pas si la présence de ces composés chimiques – aux taux mesurés – est représentative de l’exposition dans la population en général, ni si cette exposition présente vraiment des risques pour la santé humaine. D’autres études devront être réalisées pour déterminer dans quelle mesure les taux de produits chimiques détectés chez les sujets de l’étude sont liés à la manifestation des effets soupçonnés sur la santé. Des études de surveillance biologique devront également être menées auprès de populations plus larges, pour obtenir des estimations plus fiables de la charge corporelle moyenne en produits chimiques et déterminer les sous-populations les plus sensibles. Par ailleurs, des études longitudinales examinant les niveaux de certains composés chimiques dans le même groupe de sujets, à différents intervalles dans le temps, fourniraient des données utiles sur la variation de l’exposition au fil des ans et permettraient de mieux comprendre la persistance des polluants environnementaux dans l’organisme. Le rapport de suivi propose en conclusion des recommandations axées sur la protection de la santé des enfants, en prévision du prochain examen de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE). Un rapport de recherche sur ce sujet a été publié par le Centre McLaughlin d’évaluation du risque pour la santé des populations de l’Université d’Ottawa; il est disponible à l’adresse www.mclaughlincentre.ca.



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