Ateliers
Programme de
lutte contre les contaminants dans le Nord : Symposium sur l'évaluation
des contaminants dans l'Arctique canadien - Ottawa, 4 au 7 mars 2003
Le Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord (PLCN) a
été créé en 1991, en réaction aux
préoccupations suscitées par l'exposition des humains
à des taux élevés de contaminants décelés
chez le poisson et les espèces fauniques occupant une place importante
dans le régime alimentaire traditionnel des populations du Nord
(voir Bioaccumulation). Des études
précédentes avaient révélé qu'un
large éventail de substances, dont des polluants organiques persistants,
des métaux lourds et des radionucléides, atteignaient
des niveaux élevés dans l'écosystème de
l'Arctique.
Le premier rapport publié par le PLCN, intitulé Rapport
de l'évaluation des contaminants dans l'Arctique canadien - RÉCAC
(1997), a cherché principalement à déterminer la
concentration, l'étendue géographique et la source des
contaminants présents dans l'atmosphère et l'environnement
du Nord et sa population, ainsi qu'à évaluer la durée
probable du problème. Ce rapport a permis de mieux comprendre
le cadre spatio temporel de la contamination dans le Nord. On a aussi
cherché à déterminer les bienfaits de la consommation
des " aliments traditionnels ", afin d'évaluer les
risques pour la santé humaine associés à la consommation
d'aliments contaminés.
Le deuxième rapport, RÉCAC II (2003), présente
les résultats compilés dans le cadre d'un grand nombre
d'études différentes (écologiques, épidémiologiques,
etc) axées sur l'évaluation des incidences et des risques
pour la santé des populations de l'Arctique. Un programme continu
de mesure et de surveillance a été mis en place à
l'égard des polluants organiques persistants, du mercure, du
cadmium et du sélénium. Ce rapport fait aussi état
des conclusions de plusieurs études épidémiologiques,
y compris d'études portant sur les effets de l'exposition aux
contaminants in utero et durant l'allaitement sur le développement
neurocomportemental des nourrissons et des enfants, sur les stratégies
de gestion du risque visant à modifier le régime alimentaire
en vue de réduire l'apport d'aliments contaminés et sur
les tendances (temporelles et géographiques) observées
chez les espèces animales faisant l'objet d'une biosurveillance
(oiseaux et mammifères marins - phoques, baleines, ours polaires,
poissons).
On ignore toujours le mécanisme biologique par lequel ces contaminants
agissent sur la santé humaine. Cependant, de nombreux chercheurs
suggèrent de cesser la consommation de certains animaux connus
pour avoir une forte teneur en mercure durant les mois précédant
la conception, ainsi que durant la grossesse et l'allaitement. Comme
la demi-vie du mercure est relativement courte (45 jours), il est ainsi
possible de réduire sensiblement la charge corporelle totale
avant la conception et d'abaisser du même coup les risques pour
le ftus et le bébé allaité. On recommande
également aux jeunes filles et aux femmes de s'abstenir, durant
toute leur période de procréation, de consommer des animaux
reconnus pour leur taux élevés de polluants organiques
persistants (p. ex., les BPC) ayant une très longue demi vie.
Ces recommandations, comme bon nombre d'autres stratégies de
gestion des risques, visent à réduire au minimum les risques
pour la santé humaine associés à la consommation
d'aliments contaminés, par l'application de restrictions alimentaires.
Cependant, les représentants de l'Arctique canadien qui étaient
présents au Symposium sur le PLCN ont fait valoir la place importante
qu'occupent les aliments traditionnels dans la riche culture et les
riches traditions des populations du Nord. S'abstenir purement et simplement
de consommer des aliments comme l'omble chevalier, le caribou, le phoque
et la baleine aurait une incidence majeure sur la culture de ce peuple
déjà aux prises avec les effets de la mondialisation.
Cependant, la collaboration qui s'est établie avec les populations
du Nord a permis d'améliorer les évaluations menées
dans le cadre du PLCN. L'empressement des populations du Nord à
fournir des échantillons de sang et de tissus, à soumettre
leurs enfants à des analyses biologiques et à des évaluations
neurocomportementales, ainsi qu'à fournir des échantillons
biologiques prélevés d'espèces fauniques de l'Arctique
capturées durant les activités de chasse et de piégeage,
témoigne bien du désir de ce peuple d'assurer la santé
de ses enfants et la survie de sa culture.