Auteurs
Pierik, F., A. Burdof, J. Deddens, R. Juttmann et R. Weber
Titre
" Maternal and Paternal Risk Factors for Cryptorchidism and Hypospadias:
A Case-Control Study in Newborn Boys "
Revue
Environmental Health Perspectives, 112: 1570-1576, 2004
Sommaire
La cryptorchidie et l'hypospadias sont des anomalies congénitales
communes. Bien que l'on possède peu de données sur les
facteurs de risque environnementaux susceptibles de contribuer à
ces anomalies, des substances ayant des effets similaires aux strogènes
ou des effets anti-androgènes ont été mises en
cause comme facteurs étiologiques potentiels. Des substances
perturbatrices du système endocrinien sont présentes dans
certains produits chimiques de synthèse et peuvent aussi être
présentes à l'état naturel dans les aliments, que
l'on pense aux phytoestrogènes dans les produits dérivés
des végétaux. Certains avaient formulé l'hypothèse
que l'exposition de la mère durant la grossesse contribue à
la cryptorchidie et à l'hypospadias, du fait de l'exposition
subséquente du ftus. Or des études récentes
laissent croire que des facteurs environnementaux influant sur les hommes
pourraient aussi jouer un rôle dans le développement d'anomalies
congénitales, en causant des modifications génétiques
des cellules germinales ou par l'exposition des ovocytes ou de l'embryon
à du liquide séminal contaminé.
Pierik et al. ont mené une étude cas-témoins emboîtés
auprès d'une large cohorte de nouveau nés de sexe masculin,
pour évaluer le rôle de l'exposition professionnelle et
alimentaire de la mère et du père à des substances
susceptibles de perturber le système endocrinien, dans l'apparition
de la cryptorchidie et de l'hypospadias. La cohorte était constituée
de nouveau-nés sélectionnés à leur première
visite à un centre de santé infantile des Pays Bas. Au
total, 91 cas de cryptorchidie et 67 cas d'hypospadias ont été
recensés; les témoins ont été choisis parmi
les autres nouveau nés. Dans la mesure du possible, la mère
et le père de chaque cas ont été interviewés
au moyen d'un questionnaire structuré visant à recueillir
des données sur les paramètres de la grossesse, les caractéristiques
personnelles, le mode de vie, la profession et la prise de phytoestrogènes
alimentaires.
Un faible poids à la naissance s'est révélé
être un important facteur de risque de l'hypospadias (rapport
de cotes (RC) = 4,1; intervalle de confiance (IC) à 95 % = 1,7-9,8),
tandis que l'accouchement prématuré a été
associé à la cryptorchidie (RC = 2,5; IC = 1,2-5,1). Les
mères en meilleure santé et plus instruites ont présenté
un risque moindre d'avoir des descendants souffrant d'hypospadias ou
de cryptorchidie. Aucune association n'a été établie
entre la profession, le régime alimentaire et le mode de vie
de la mère et l'une ou l'autre de ces anomalies. Par contre,
le tabagisme chez le père a été associé
à l'hypospadias (RC = 3,4; IC = 1,7-7,0), tandis que l'exposition
autodéclarée du père à des solvants a été
associée à la fois à la cryptorchidie (RC = 2,0;
IC = 1,0-3,9) et à l'hypospadias (RC = 2,4; IC =1,2-4,8). Un
rapport de cotes sensiblement élevé a aussi été
observé entre la cryptorchidie et l'exposition du père
à des pesticides (RC = 4,5; IC = 1,4-13,9). Enfin, selon les
renseignements obtenus sur le pays d'origine des parents, les enfants
nés de mères d'origine turque ont présenté
un risque hypospadias plus élevé que les bébés
nés de mères d'une autre origine (RC = 3,0; IC = 1,2-7,7).
Cette association pourrait être attribuable à des facteurs
génétiques ou environnementaux liés au développement
de l'hypospadias, lesquels sont plus répandus dans la population
turque que dans d'autres groupes ethniques.
Les résultats de cette étude laissent croire que l'exposition
du père à des composés présents dans l'environnement
pourrait accroître le risque de cryptorchidie et d'hypospadias.
La conception de l'étude a permis de réduire au minimum
le biais lié à l'identification des cas, car l'état
des cas a été évalué de façon prospective.
Il est possible cependant qu'un biais ait été introduit
dans la déclaration de l'exposition, du fait que les parents
des cas étaient peut-être plus préoccupés
par les facteurs de risque environnementaux ou mieux informés
sur ces facteurs de risque, que les parents des témoins. Une
autre limite de cette étude tient à la classification
trop générale de l'exposition aux solvants et aux pesticides,
qui n'a pu permettre de déterminer le groupe précis des
produits chimiques susceptibles d'être responsables du risque
accru de ces anomalies. Il est également important de noter qu'il
a été impossible d'obtenir les déterminants paternels
pour 26 % des sujets et que ces déterminants n'ont été
déclarés par les pères eux-mêmes que pour
28 % des sujets. Lorsque le père n'était disponible, c'est
la mère qui a fourni cette information. La conclusion qui établit
un lien potentiel entre l'exposition du père et le risque de
cryptorchidie et d'hypospadias a néanmoins d'importantes répercussions
et porte à croire que les futures études sur les facteurs
de risque environnementaux associés à ces anomalies devraient
non seulement tenir compte de l'exposition de la mère durant
la croissance du ftus, mais aussi de l'exposition du père.