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Auteurs
Alavanja M.C., C. Samanic, M. Dosemeci, J. Lubin, R. Tarone, C.F. Lynch, C. Knott, K. Thomas, J.A. Hoppin, J. Barker, J. Coble, D.P. Sandler et A. Blair

Titre
" Use of agricultural pesticides and prostate cancer risk in the agricultural health study cohort "

Journal
American Journal of Epidemiology, 157(9): 800-14, 2003

Sommaire
Un grand nombre de facteurs ont été associés à une augmentation du risque de cancer de la prostate, notamment l'âge, les antécédents familiaux, l'origine ethnique (afro-américaine), des facteurs hormonaux et le régime alimentaire. De plus, la pratique de l'agriculture et d'autres activités agricoles demeure le risque professionnel le plus régulièrement mis en cause, ce risque étant lié à l'exposition aux insecticides, aux engrais, aux herbicides et autres produits chimiques. Le lien entre certains produits chimiques agricoles et le cancer de la prostate n'a toutefois pas été clairement établi, en raison de l'absence de données précises sur l'exposition. Dans le présent article, les auteurs examinent la relation exposition-effet entre 50 pesticides agricoles et l'incidence du cancer de la prostate, dans la cohorte ayant participé à l'Agricultural Health Study.

L'Agricultural Health Study est une étude prospective de cohortes qui a été réalisée auprès de 89 658 personnes, dont 52 395 opérateurs antiparasitaires privés et 4 916 du secteur commercial. Des questionnaires ont été remis aux participants, pour recueillir des données sur l'utilisation de 50 pesticides, le type de cultures et d'élevages, le matériel de protection utilisé, les méthodes d'épandage des pesticides, les autres activités agricoles pratiquées, les expositions professionnelles non liées à l'agriculture, la consommation de tabac et d'alcool, la consommation de fruits et de légumes, la prise de vitamines multiples, les problèmes médicaux et les antécédents familiaux, ainsi que des données démographiques de base (questionnaire : www.aghealth.org). Pour 22 des 50 pesticides utilisés, des données ont aussi été recueillies sur la durée et la fréquence d'utilisation. Un indice d'intensité de l'exposition " I " a été calculé, à partir des méthodes d'épandage et du matériel de protection utilisés. Le recensement des cas a été fait par couplage entre les membres des cohortes et les fichiers des registres du cancer de l'Iowa et de la Caroline du Nord, et un autre couplage a été fait entre, d'une part, les membres des cohortes et, d'autre part, les registres des décès de ces deux États et l'indice national des décès, ce dernier couplage ayant pour but de vérifier les statistiques de l'état civil. Les cas de cancer de la prostate diagnostiqués avant l'inscription ont été exclus. Les cas incidents ont été déterminés entre la période d'inscription (1993-1997) jusqu'au 31 décembre 1999.

L'analyse n'a porté que sur les 55 332 opérateurs antiparasitaires des secteurs privé et commercial, qui ne présentaient pas d'antécédents de cancer de la prostate au moment de l'inscription. Durant la période de suivi (4,3 ans), 566 cas de cancer de la prostate ont été recensés, ce qui est supérieur au nombre total qui avait été prévu (494,5) à partir des taux d'incidence ajustés selon l'âge, par État. L'incidence du cancer de la prostate a été légèrement plus élevée chez les opérateurs du secteur commercial (rapport d'incidence standardisé (SIR) = 1,41; IC à 95 % = 0,89-2,11) que chez les opérateurs privés (SIR = 1,13; IC à 95 % = 1,04-1,24); il semble en outre que la géographie ait joué un rôle, car l'incidence du cancer de la prostate a été plus élevée chez les hommes de race blanche de l'Iowa (SIR = 1,27; IC à 95 % = 1,13-1,27) que chez ceux de la Caroline du Nord (SIR = 1,10; IC à 95 % = 0,99 1,21). À noter qu'il a été impossible d'établir des rapports d'incidence standardisés significatifs pour les participants qui n'étaient pas de race blanche, vu leur nombre insuffisant.

L'incidence du cancer de la prostate a augmenté avec l'âge et elle a été plus fréquente chez les hommes ayant des antécédents familiaux de cette maladie. Les pesticides utilisés (parmi les 50 examinés) appartenaient pour la plupart à un de trois groupes, ce qui explique la variance dans l'usage des pesticides. Les produits chimiques du groupe 1 regroupent des pesticides utilisés principalement pour le maïs, le soja et autres céréales largement cultivées en Iowa (les herbicides atrazine, dicamba, cyanazine, métolachlore, dipropylthiocarbamate de S éthyle (EPTC), alachlore, imazéthapyr, acide 2,4 dichlorophénoxyacétique (2,4-D), trifluraline, chlorimuron éthyle, métribuzine, huile minérale, pendiméthaline et butylate et l'insecticide terbufos). Les produits chimiques du groupe 2 incluent des pesticides utilisés fréquemment dans la culture du coton, du tabac, des légumes et des fruits en Caroline du Nord (herbicide (paraquat), des insecticides (parathion, carbaryl, aldicarbe), un fumigant (bromométhane) et des fongicides (bénomyl, chlorothalonil, manèbe/mancozèbe et métalaxyl). Aucune association significative n'a été observée entre les produits chimiques des groupes 1 et 2 et l'incidence du cancer de la prostate. Seuls les produits chimiques du groupe 3 ont été associés de façon significative à une incidence accrue du cancer de la prostate - ces produits chimiques incluent des insecticides chlorés (aldrine, chlordane, dieldrine, dichlorodiphényl trichloroéthane (DDT), heptachlore et toxaphène) et des herbicides chlorés de type phénoxy (acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique (2,4,5-T) et acide 2,4,5 trichlorophénoxypropionique (2,4,5-TP)) lesquels ont été principalement utilisés par des hommes de plus de 50 ans, car leur usage n'est plus homologué aux États Unis.

L'analyse des divers pesticides a révélé une tendance linéaire entre l'incidence du cancer de la prostate et l'exposition au bromométhane, un fumigant utilisé par environ 12 % de la cohorte, cette exposition étant associée d'une façon linéaire significative à l'apparition de tumeurs à la fois bien et peu différenciées. Une association significative a aussi été observée entre l'exposition à ce fumigant et l'augmentation du risque de cancer de la prostate dans les deux États (Iowa et Caroline du Nord), chez les opérateurs antiparasitaires privés et commerciaux. Le bromométhane est un agent alkylant, considéré comme un cancérogène potentiel lié au travail.

Trois des insecticides chlorés (soit l'aldrine, le DDT et l'heptachlore) ont également été associés à une hausse sensible du risque de cancer de la prostate lors de l'analyse comparant l'utilisation à la non-utilisation. Par contre, aucune relation exposition effet n'a été observée, ce qui laisse croire que ce risque accru pourrait être dû à d'autres expositions qui n'ont pas été définies dans le cadre de la présente analyse.

Par ailleurs, des antécédents familiaux de cancer de la prostate chez des parents au premier degré ont doublé le risque de cancer de la prostate. Ainsi, des liens entre l'exposition aux pesticides et l'incidence du cancer de la prostate ont eu tendance à être observés chez des hommes avec des antécédents familiaux de ce cancer, ce qui laisse croire que certaines personnes ont en commun des gènes familiaux qui augmentent la sensibilité aux expositions environnementales ou que des familles ont en commun des facteurs environnementaux qui sont liés au risque du cancer de la prostate.

Cette étude comporte de nombreux points forts. Notons d'abord que la cohorte a réuni un nombre substantiel de participants et qu'elle a permis de faire une bonne étude des participants, et donc de faire des analyses de l'efficacité statistiquement significative. De plus, les données ont été obtenues avant que soit posé le diagnostic de cancer de la prostate (éliminant de ce fait les biais) et le diagnostic a été confirmé à l'aide des registres du cancer, éliminant les problèmes liés à la survie. Autre avantage, les questionnaires détaillés ont permis de recueillir d'importantes données sur le style de vie, le profil socio démographique, les antécédents professionnels, les antécédents médicaux familiaux et l'usage de pesticides et, donc, de tenir compte des effets des variables confusionnelles dans l'analyse. Il convient cependant de préciser que les données obtenues des questionnaires sont sujettes au biais de mémoire et que, dans certains cas, le profil d'utilisation des pesticides a dû être établi en se remémorant des activités survenues bien des années avant l'étude. Par ailleurs, l'exposition a été estimée à partir des méthodes d'application des pesticides, du nombre de jours d'utilisation par année, du nombre d'années d'utilisation et du port de matériel de protection. Bien que cette méthode d'analyse multivariable confère plus de poids aux estimations de l'exposition, aucune mesure directe de l'exposition aux pesticides n'a été obtenue pour cette étude. Enfin, la période de suivi a été relativement courte (4,3 ans), de sorte qu'il a été impossible de faire une évaluation temporelle de l'exposition et des risques.

Les résultats présentés ici sont en accord avec d'autres études liant l'agriculture et d'autres professions agricoles à l'augmentation du risque de cancer de la prostate. La présente étude établit en outre un lien entre l'exposition au bromométhane et l'augmentation du risque de cancer de la prostate et elle laisse croire que les pesticides chlorés pourraient aussi être liés à l'incidence du cancer de la prostate. D'autres études de suivi sur cette cohorte sont prévues et celles-ci devraient renforcer l'association entre l'agriculture et le risque de cancer de la prostate. Cependant, d'autres études devront être menées afin de déterminer les mécanismes d'action biologiques des pesticides responsables de la manifestation du cancer de la prostate. Certains pesticides, comme le bromométhane, sont soupçonnés d'être cancérogènes, tandis que d'autres ont été qualifiés de perturbateurs endocriniens. Le vaste éventail de pesticides, lesquels appartiennent à de nombreuses catégories différentes de produits chimiques dont les propriétés biochimiques diffèrent, pourrait faire en sorte que l'étiologie du cancer de la prostate est liée à plusieurs mécanismes d'action différents. Maintenant que certains pesticides, comme le bromométhane, ont été liés au cancer de la prostate, il faudrait mener des études pour élucider le mécanisme d'action de ces composés.

 



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