Auteurs
Brody J.G., A. Aschengrau, W. McKelvey, R.A. Rudel, C.H. Swartz et T.
Kennedy
Titre
" Breast cancer risk and historical exposure to pesticides from
wide-area applications assessed with GIS "
Revue
Environmental Health Perspectives, 112(8): 889-897, 2004
Sommaire
L'incidence
élevée de cancer du sein dans la région de Cape
Cod est un sujet de préoccupation depuis quelque temps. Le taux
d'incidence de ce cancer y est en effet plus élevé que
dans l'ensemble de l'État et le risque augmente parallèlement
à la durée de résidence à Cape Cod. Les
pesticides sont des composés qui agissent sur le système
endocrinien, et certains ont évoqué un lien entre l'exposition
à ces composés chimiques et l'apparition du cancer du
sein. Des recherches précédentes ont confirmé qu'un
vaste usage de pesticides était fait dans cette région,
à l'appui du tourisme, de la culture de la canneberge et d'autres
productions agricoles de la région. La présente étude
visait à examiner l'association entre le cancer du sein et la
proximité du lieu de résidence avec les zones où
se fait un grand usage de pesticides.
Une étude
cas-témoins basée sur une population a été
réalisée auprès de 1 165 cas de cancer du sein
envahissant et 1 016 témoins. Les cas ont été choisis
parmi des femmes chez qui un diagnostic de cancer a été
inscrit dans le registre du cancer du Massachusetts (Massachusetts Cancer
Registry) entre 1988 et 1995 et qui ont vécu au moins six mois
dans la région de Cape Cod durant cette période. Parmi
les 1 578 cas admissibles, 74 % ont accepté de participer à
l'étude. Les témoins ont été appariés
aux cas, par groupe d'âge de dix ans, ainsi qu'en fonction de
l'état matrimonial; 68 % des 1 503 témoins admissibles
ont accepté de participer. L'exposition a été déterminée
à l'aide d'un SIG (système d'information géographique),
utilisé pour reconstituer les épandages historiques de
pesticides effectués à grande échelle depuis 1948.
Des facteurs visant à tenir compte de la dérive et du
dépôt de pesticides ont été intégrés
dans le modèle, pour estimer le niveau d'exposition au lieu de
résidence de chaque sujet. Une distinction a été
faite, selon que le pesticide était considéré rémanent
ou non rémanent, ainsi qu'en fonction de l'usage auquel il était
destiné (p. ex. marais à canneberges, programmes de lutte
contre les ravageurs forestiers ou autres ravageurs et les moustiques).
Lorsque le type de pesticide n'était pas connu, les applications
réalisées entre 1948 et 1974 ont été jugées
plus rémanentes que celles faites après 1975. D'autres
facteurs de risque potentiels (antécédents familiaux de
cancer du sein, antécédents concernant les menstruations
et la reproduction, taille, poids, activité physique, scolarité,
prise d'hormones de synthèse, consommation d'alcool et de tabac)
ont été évalués au moyen d'entrevues auprès
des cas et des témoins.
Aucune association
globale entre l'usage de pesticides et le cancer du sein n'a été
observée. Davantage de cas que de témoins ont fait mention
d'antécédents familiaux de cancer du sein (résultat
prévisible). Les cas ont également été plus
susceptibles d'avoir eu leur premier enfant après l'âge
de 30 ans. Enfin, alors que les cas et les témoins étaient
comparables pour ce qui est de la scolarité, aucune comparabilité
n'a été observée en ce qui a trait aux autres facteurs,
notamment l'hormonothérapie substitutive, la prise de contraceptifs
oraux, l'exposition au diéthylstilbestrol, l'usage de pesticides
à la maison, etc.
Cette étude
comporte plusieurs limites méthodologiques qui devraient être
prises en considération dans l'interprétation de ses résultats.
Une des limites principales réside dans les critères de
sélection des cas et témoins, selon lesquels la durée
minimale de résidence dans la région de Cape Cod n'était
que de six mois. Ce facteur est important, car la durée de résidence
est une indication de la durée d'exposition. Le temps vécu
à Cape Cod a varié de 6 mois à 47 ans, la durée
de séjour moyenne étant de 16 et 15 ans, respectivement
pour les cas et les témoins. Donc, dans le cas des participantes
qui n'ont habité dans la région que pendant une courte
période, l'étude ne tient compte que d'une faible proportion
de leurs antécédents d'exposition à vie et, de
façon générale, on possède peu d'information
sur l'exposition durant les années passées en dehors de
Cape Cod. De plus, seules les expositions faisant référence
à des applications précises ont été intégrées
au SIG. Or il est très probable que d'autres expositions, qui
n'ont pas été enregistrées, se soient également
produites. L'exposition réelle de chaque femme pourrait donc
varier sensiblement de l'exposition estimée par modèle,
augmentant de ce fait la probabilité que l'étude ne démontre
aucun effet significatif. Enfin, les femmes ayant des antécédents
personnels de cancer du sein n'ont pas été exclues de
l'étude, ce qui constitue une grave lacune puisque l'étiologie
pour le diagnostic d'un cancer du sein récidivant diffère
de celle d'un diagnostic primaire.
Dans l'ensemble,
cette étude n'établit aucune association entre l'incidence
du cancer du sein dans la région de Cape Cod et une exposition
à grande échelle aux pesticides. Malgré un certain
nombre de lacunes, l'utilisation du SIG et de modèles mathématiques
pour tenir compte du devenir des pesticides dans l'environnement constitue
une importante avancée méthodologique qui pourrait être
largement utilisée à l'avenir dans des études de
ce genre.