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Auteurs
Chen, A. et W.J. Rogan

Titre
" Nonmalarial infant deaths and DDT use for malaria control "

Journal
Emerging Infectious Diseases, 9(8): 960-964, 2003.

Sommaire
Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a classé le DDT (dichlorodiphényl-trichloroéthane) parmi les polluants organiques persistants (POP) susceptibles de polluer la terre à " l'échelle historique ". Bien que la production et l'utilisation du DDT soient aujourd'hui interdites dans la plupart des pays, en raison des effets nocifs que ce composé peut avoir sur la faune et la santé humaine, les Nations Unies autorisent encore l'usage du DDT comme insecticide dans certaines régions du monde où la malaria est endémique, pour lutter contre les vecteurs de cette maladie. La campagne menée en faveur de l'interdiction du DDT et d'autres produits chimiques de synthèse s'appuie sur les résultats d'expériences en laboratoire et d'études épidémiologiques qui établissent un lien entre l'exposition au DDT et la toxicité chez les humains. Certaines données semblent ainsi indiquer que le DDT pourrait accroître le taux de mortalité infantile en augmentant le risque de naissances prématurées et en diminuant la période d'allaitement après la naissance. La présente étude menée par Chen et Rogan avait pour but de déterminer si la hausse de la mortalité infantile associée à l'exposition au DDT pouvait se comparer à la réduction de la mortalité infantile associée à la diminution des cas de malaria, à la suite de la pulvérisation de DDT à des fins prophylactiques.

Ces chercheurs ont estimé le taux de mortalité infantile, en combinant les résultats d'études menées en Amérique du Nord sur les naissances prématurées ou la durée de l'allaitement et l'exposition au DDE, à des données africaines sur les pulvérisations de DDT et sur les effets des naissances prématurées ou de la durée de l'allaitement sur la mortalité infantile, en tentant plus particulièrement de comparer le taux de mortalité infantile imputable à la malaria à celui causé par le DDT. La hausse de la mortalité infantile due à l'exposition de la mère au DDT a été calculée à partir des observations suivantes extraites de la documentation scientifique : (i) Lien établi par le National Institute of Environmental Health Sciences et le US Centers for Disease Control entre l'augmentation des naissances prématurées et l'élévation des taux sériques de DDE chez la mère et (ii) corrélation négative entre la durée de l'allaitement et les taux de DDE, observée dans le cadre de deux études sur des cohortes de naissance, la durée de l'allaitement étant réduite de 40 à 50 % chez les mères présentant des taux sériques plus élevés de DDE, par comparaison aux femmes dont les taux de DDE étaient faibles, voire indécelables. Les données africaines ont ensuite été utilisées pour établir une corrélation entre le taux de mortalité infantile et les naissances prématurées (RR = 2,0; les naissances prématurées sont responsables de 17 % de la mortalité infantile en Afrique sub saharienne), puis les données de l'OMS sur l'Afrique ont servi à établir une corrélation entre le taux de mortalité infantile et la réduction de la période d'allaitement (selon les estimations pour le Sénégal, la réduction de la période d'allaitement (de 19 mois à 11 mois), à cause du DDT, donnerait un RR = 2,0). Enfin, les données recueillies en Amérique du Nord ont été utilisées pour mieux estimer la proportion de naissances prématurées dues à l'exposition au DDT. Si l'on part de l'hypothèse voulant que la pulvérisation de DDT en Afrique augmente le taux de naissances prématurées, lequel passe d'environ 15 % avant la pulvérisation à 25 % après la pulvérisation (RR = 1,7 pour les naissances prématurées; RR = 2,0 pour les naissances prématurées responsables de la mortalité infantile), les naissances prématurées reliées au DDT augmentent le taux de mortalité infantile de 9 %.

S'appuyant sur ces estimations et sur les taux de mortalité infantile déclarés pour les pays d'Afrique sub saharienne, Chen et Rogan ont comparé le taux de mortalité infantile causé par la malaria au taux associé au DDT. Selon leurs estimations, l'application de DDT augmente le taux de mortalité infantile, car elle provoque une augmentation de 9 % des naissances prématurées et une incidence accrue (+20 %) de maladies infectieuses contractées à la suite de la diminution de la période d'allaitement, le taux de mortalité infantile s'établissant à environ 20,5/1 000 bébés. La malaria chez la mère est responsable de 3 à 8 % de la mortalité infantile et de 20 % des décès chez les enfants de moins cinq ans (175/1 000), tandis que les décès imputables spécifiquement à la malaria représentent 30 % de la mortalité infantile (52,5/1 000). Donc, les taux de mortalité infantile associés aux complications reliées au DDT (naissances prématurées et durée d'allaitement plus courte) se comparent aux taux dus à la malaria.

Ces conclusions soulèvent des questions très importantes concernant l'usage prophylactique du DDT pour lutter contre la malaria en Afrique, puisque l'exposition au DDT constitue en soi un risque de mortalité infantile. Il importe cependant de tenir compte de plusieurs facteurs dans l'évaluation de ces résultats. Premièrement, Chen et Rogan s'appuient sur des hypothèses prudentes, n'utilisant que les données sur les naissances prématurées et la durée de l'allaitement; donc, les effets secondaires indésirables résultant de la pulvérisation de DDT pourraient être bien pires. Deuxièmement, non seulement les données ayant servi à établir un lien entre l'exposition au DDE et la durée de l'allaitement n'ont pas été recueillies en Afrique, mais aucune étude menée dans ce continent n'a pu démontrer pareil lien, ce lien s'appuyant plutôt sur des études réalisées en Amérique du Nord et au Mexique. Cet effet du DDE sur la durée de l'allaitement est néanmoins plausible sur le plan biologique, car le DDE est un faible œstrogène qui pourrait inhiber l'effet stimulant de la prolactine sur la synthèse du lait. De même, aucune étude africaine n'établit de lien entre l'exposition au DDE et les naissances prématurées. Enfin, cette analyse n'a pas pleinement tenu compte des effets de la transmission du VIH par le biais de l'allaitement naturel, comparativement à l'alimentation au biberon.

Chen et Rogan concluent que l'augmentation de la mortalité infantile imputable à l'exposition au DDT est moindre, mais néanmoins comparable, à la mortalité infantile causée par la malaria. Ils soulignent en outre que les effets secondaires associés à la pulvérisation de DDT pourraient réduire, voire annuler, les avantages de ce produit dans la lutte contre la malaria chez les nourrissons. Leur analyse soulève donc des inquiétudes quant à l'utilisation du DDT pour lutter contre la malaria chez les nourrissons; il importe cependant de noter que les auteurs n'ont pas tenu compte des avantages résultant de l'usage du DDT dans la réduction du taux de mortalité attribuable à la malaria chez les enfants et les adultes - un facteur pourtant important. Enfin, il est possible que l'on découvre d'autres effets indésirables dus à l'exposition au DDT chez les bébés, les enfants et les adultes dans le cadre d'études futures plus larges. Il pourrait donc s'avérer nécessaire de mettre au point et d'utiliser d'autres méthodes abordables de prévention de la malaria, à mesure que nous en saurons davantage sur les risques pour la santé liés à l'exposition au DDT.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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