Auteurs
Cohn, B.A., P.M. Cirillo, M.S. Wolff, P.J. Schwingl, R.D. Cohen, R.I.
Sholtz, A. Ferrara, R.E. Christianson, B.J. van den Berg et P.K. Siiteri
Titre
" DDT and DDE exposure in mothers and time to pregnancy in daughters
"
Journal
The Lancet, 361(9376) : 2205-2206, 2003
Sommaire
Le DDT (dichlorodiphényl trichloroéthane) est le premier
insecticide hydrochloré qui a été largement utilisé
après la Deuxième Guerre mondiale, en raison principalement
de son efficacité contre les insectes ravageurs qui propagent
la malaria et contre les tiques du typhus. Le DDT a toutefois été
interdit d'usage en 1973 aux États Unis, à cause de sa
persistance dans l'environnement. Le DDT résiste en effet à
la dégradation par les procédés biologiques naturels
et il s'accumule dans les tissus riches en lipides. Les pesticides organochlorés
plus particulièrement s'accumulent dans le sérum de la
mère et peuvent atteindre le ftus en croissance par le
placenta.
Comme le DDT imite
l'activité des strogènes en se liant aux récepteurs
des strogènes et en les activant, les auteurs de la présente
étude ont voulu savoir si le DDT pouvait avoir des effets nocifs
sur la reproduction des filles des femmes exposées. L'équipe
de recherche de Cohn a étudié plus particulièrement
les taux de grossesse chez les femmes nées de mères qui
avaient été exposées au DDT. Des échantillons
de sang, qui avaient été prélevés des mères
entre 1960 et 1963 - soit peu après que celles-ci aient donné
naissance - ont été analysés en vue d'en déterminer
la teneur en DDT et en DDE, son sous produit. Comme ces échantillons
ont été prélevés avant que le DDT ne soit
interdit d'usage, des taux décelables des deux contaminants ont
été mesurés dans tous les échantillons.
L'information sur la fertilité des filles a été
recueillie au moyen de questionnaires; on a demandé à
ces sujets, âgés de 28 à 31 ans, de fournir des
renseignements sur leur fertilité durant les mois au cours desquels
aucun moyen contraceptif n'a été utilisé. Ces données
ont ensuite servi à déterminer le délai de conception,
c'est à dire le temps qu'il faut à une femme pour devenir
enceinte lorsqu'elle n'utilise pas de contraceptifs. Cette analyse a
révélé que le délai de conception a été
plus long chez les filles dont les mères présentaient
des taux plus élevés de DDT, la probabilité de
grossesse durant une cycle menstruel donné diminuant du tiers
à chaque hausse successive de 10 microgrammes de DDT par litre
de sang, dans les échantillons de sang de la mère. À
l'inverse, cette probabilité a augmenté d'un sixième
à chaque hausse de 10 microgrammes de DDE par litre. Selon les
auteurs, le DDE pourrait avoir un effet protecteur en neutralisant l'effet
du DDT. Il est possible également que le DDE bloque les effets
nocifs des androgènes sur les ovaires durant la vie ftale
ou juste après la naissance.
Cette étude
par Cohn et al. est la première à fournir des données
scientifiques qui montrent que le DDT pourrait avoir des effets à
long terme sur la santé génésique des filles nées
de mères exposées. Ces résultats viennent également
corroborer la théorie controversée selon laquelle l'exposition
aux pesticides et autres contaminants environnementaux qui imitent l'action
des hormones sexuelles peut contribuer à la stérilité
chez les humains. Les chercheurs croient que d'autres analyses d'échantillons
de sang conservés utilisant les techniques modernes de chimie
quantitative, ainsi que d'autres études basées sur les
dossiers de santé, devraient aider à préciser les
effets à l'âge adulte d'une exposition à des contaminants
environnementaux durant la croissance ftale.