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Auteurs
Colón, I., D. Caro, C.J. Bourdony et O. Rosario

Titre
Dosage des esters phtaliques dans le sérum de jeunes Portoricaines présentant un développement prématuré des seins

Journal
Environmental Health Perspectives, 108(9), 2000

Sommaire
La puberté chez les jeunes filles commence habituellement après l'âge de 8 ans et elle se caractérise par le grossissement des seins, des ovaires et de l'utérus et l'apparition de la pilosité pubienne et axillaire. Il arrive souvent que les bébés de sexe féminin présentent une certaine hyperplasie des seins après la naissance, et ce jusqu'à l'âge de six mois, sous l'effet du passage transplacentaire des œstrogènes. Cependant, si ce phénomène persiste ou s'il se produit avant l'âge de 8 ans, on parle alors de précocité mammaire. Chez ces jeunes filles, on observe souvent le développement prématuré d'un ou des deux seins, sans aucun autre signe physique marquant le début de la puberté. Puerto Rico affiche une des incidences les plus élevées au monde de ce phénomène, le taux y étant de 8 cas pour 1 000 naissances de sexe féminin, ce qui est plus de 18,5 fois supérieur au taux calculé lors d'une étude américaine. Cette incidence anormalement élevée de précocité mammaire à Puerto Rico demeure inexpliquée. Certains auteurs ont associé la puberté précoce chez les jeunes enfants de Puerto Rico à la présence de stéroïdes anabolisants dans la volaille et à la consommation de lait maternisé à base de soya à forte teneur en phytoestrogènes. Cependant, aucune de ces autres explications ne peut expliquer les écarts considérables quant à l'âge des Portoricaines au début de la puberté. On croit donc que des agents environnementaux seraient en cause.

Les phtalates sont des substances chimiques largement utilisées comme plastifiants. Ils sont très répandus dans l'environnement et plusieurs phtalates différents ont été testés pour leurs propriétés œstrogéniques. Selon Colón et al., la charge de plastifiants dans l'environnement est très élevée à Puerto Rico, du fait que c'est une île et qu'un grand nombre de produits alimentaires y sont importés dans des contenants de plastique. Les auteurs ont donc conçu une étude cas-témoin qui avait pour but de mesurer les taux d'esters phtaliques chez les jeunes Portoricaines présentant une précocité mammaire. Les sujets expérimentaux étaient des fillettes âgées de 6 mois à 8 ans, chez qui un diagnostic de précocité mammaire a été posé entre 1994 et 1998 (n = 41). Les sujets témoins étaient des fillettes de 6 mois à 10 ans, ne présentant aucun signe de développement sexuel prématuré (n = 35). Les échantillons de sérum des sujets expérimentaux ont été obtenus du Service d'endocrinologie pédiatrique, tandis que les échantillons des sujets témoins ont été fournis par la clinique de l'hôpital de la ville de San Juan. Les échantillons de sérum ont été prélevés par ponction veineuse et ont été analysés pour en déterminer la teneur en phtalates. Comme des esters phtaliques avaient été décelés comme impuretés dans des solvants, l'eau, la verrerie de laboratoire et bon nombre d'articles utilisés en clinique et en laboratoire, les auteurs ont examiné plusieurs échantillons à blanc pour évaluer la contamination des échantillons réels tout au long des phases d'échantillonnage, d'entreposage, d'extraction et d'analyse.

Colón et al. ont constaté que les taux d'esters phtaliques étaient nettement plus élevés chez les fillettes présentant un développement mammaire prématuré que chez le groupe témoin, des taux élevés étant décelés chez 68 % des sujets expérimentaux. Seulement un échantillon du groupe témoin contenait du DOP (phtalate dioctylique) et 5 (14 %) contenaient du DEHP (phtalate de di-[2-éthylhexyle]).

Bien que les résultats de cette étude aient été largement diffusés dans les médias, il convient de rappeler plusieurs lacunes de cette étude. Mentionnons d'abord la très petite taille de l'échantillon qui limite la précision de l'étude. Les phtalates sont en outre très répandus dans l'environnement et ne sont qu'une des nombreuses substances présumées œstrogéniques. De plus, il est difficile de déceler les phtalates, car ces métabolites sont rapidement métabolisés et qu'on ne devrait pas les trouver dans le sérum. Enfin, on ignore le mécanisme biologique par lequel les phtalates provoqueraient une précocité mammaire. Il serait utile de mener des études visant à examiner les particularités environnementales, culturelles, alimentaires et génétiques uniques de Puerto Rico, qui pourraient avoir une incidence sur le taux de puberté précoce plus élevé qu'ailleurs.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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