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Auteurs
Crisostomo, L. et V.V. Molina

Titre
Issues de la grossesse chez des familles agricoles de Nueva Ecija utilisant des pesticides classiques et d'autres ayant recours aux stratégies de lutte intégrée

Journal

International Journal of Occupational and Environmental Health, 8: 232-242, 2002.

Sommaire

L'usage croissant des pesticides à travers le monde a permis d'améliorer la santé et l'économie des pays, en augmentant la production agricole et en diminuant la dégradation des aliments et les infestations par les ravageurs. Cependant, près du tiers des pesticides vendus dans les pays en développement ne répondent pas aux normes de qualité internationales. De fait, bon nombre des pesticides, aujourd'hui soumis à un contrôle rigoureux ou carrément interdits dans les pays industrialisés, demeurent offerts librement dans les pays en développement. Or un certain nombre d'études expérimentales et épidémiologiques semblent établir un lien entre certains pesticides et des issues précises de la grossesse. Au moyen d'une étude rétrospective de cohortes, les auteurs de la présente étude ont examiné le risque de naissances prématurées, d'avortements spontanés et d'anomalies congénitales dans deux municipalités agricoles (San Antonio et Muñoz) de Nueva Ecija aux Philippines.

San Antonio et Muñoz sont deux municipalités situées à 60 km de distance. Près de 93 % des agriculteurs de San Antonio utilisent des pesticides classiques, alors que de 75 à 80 % des agriculteurs de Muñoz pratiquent la lutte intégrée. Les utilisateurs de pesticides classiques ont été définis comme ceux appliquant des pesticides à des doses supérieures à celles obtenues avec la méthode d'épandage localisé. À l'opposé, les agriculteurs pratiquant la lutte intégrée n'appliquent aucun pesticide ou ne procèdent à l'épandage localisé qu'en dernier recours, dans les zones fortement infestées. Pour qu'un ménage soit inclus, il fallait qu'au moins un des deux partenaires soit agriculteur et que la femme ait été enceinte entre janvier 1998 et décembre 1999, l'agriculture ne devant pas ici se limiter à l'agriculture artisanale. De plus, les familles devaient avoir vécu dans la région depuis au moins deux ans et la femme et l'homme devaient avoir été physiquement présents dans la région à l'étude (village) durant les trois mois précédant la conception et jusqu'à la fin du premier trimestre de grossesse. Les familles de San Antonio pratiquant la lutte intégrée, de même que les familles de Muñoz utilisant des pesticides classiques, ont été exclues. Ont également été exclus les agriculteurs qui ne faisaient pas eux-mêmes le mélange ou l'épandage des pesticides, ceux qui ont refusé de donner leur consentement et les familles au sein desquelles les issues suivantes avaient déjà été observées : interruption volontaire de la grossesse, grossesse ectopique ou môle hydatiforme.

Chaque village a été subdivisé en puroks (grappes de ménages). Des enquêtes ont été menées de porte à porte par des travailleurs de la santé des villages, dans des puroks choisis au hasard dans une proportion variant de la moitié aux deux tiers du nombre total. Au total, les 9/16 du village de San Antonio et les 20/37 de Muñoz ont été interrogés. Un questionnaire de pré-enquête a été utilisé pour recueillir des données socio démographiques et des données sur l'exposition aux pesticides et l'issue de la grossesse. Les issues de la grossesse ont été vérifiées au moyen d'un examen physique, dans le cas des anomalies congénitales, et des dossiers médicaux. Plus de 600 ménages ont été interrogés, dont 345 utilisateurs de pesticides et 333 pratiquant la lutte intégrée.

Les auteurs ont constaté que les 345 ménages utilisateurs de pesticides classiques faisaient usage de 1 374 marques différentes de pesticides, contre seulement 399 pour les ménages pratiquant la lutte intégrée. De plus, 37 % des premiers utilisaient des mélanges faits d'au moins deux marques de pesticides, contre moins de 1 % des agriculteurs pratiquant la lutte intégrée. Enfin, plus de 50 % des pesticides utilisés par les deux groupes étaient modérément dangereux, selon la classification de l'OMS, et 21 % et 7 % des pesticides utilisés respectivement par les ménages faisant usage de pesticides classiques et ceux pratiquant la lutte intégrée figuraient parmi les pesticides extrêmement dangereux.

À l'aide du test exact de Fisher, les auteurs ont examiné plusieurs variables socio démographiques et facteurs liés à la santé et à la reproduction, susceptibles d'être associés à l'exposition (utilisation de pesticides) et à l'issue de la grossesse (anomalie congénitale, avortement spontané, naissance prématurée). Après correction des données en fonction des antécédents d'anomalies congénitales et d'accouchement prématuré, les auteurs ont constaté que les anomalies congénitales étaient plus de quatre fois plus probables dans le groupe des utilisateurs de pesticides classiques que dans le groupe pratiquant la lutte intégrée (RR = 4,56; IC à 95 % = 1,21-17,09). Elles étaient aussi plus probables lorsque l'homme avait mélangé ou appliqué des pesticides durant le premier trimestre de la grossesse de sa conjointe (p = 0,05). Enfin, bien qu'aucune association significative n'ait été observée entre les naissances prématurées et l'utilisation de pesticides classiques, cette pratique a été associée à un risque six fois plus élevé d'avortement spontané (RR = 6,17; IC à 95 % = 1,37-27,86).

Point important à souligner, cette étude a porté sur deux groupes de population très comparables, qui ne différaient sensiblement que par leurs pratiques de lutte antiparasitaire. Les auteurs ont aussi examiné les dossiers médicaux pour confirmer les issues de la grossesse et ils ont tenu compte des périodes critiques d'exposition. Les résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence. En effet, les auteurs ont été incapables d'analyser les effets de pesticides particuliers; de plus, l'exposition aux pesticides n'a pas été mesurée directement, de sorte que les mesures de l'exposition sont moins précises. Qui plus est, la déclaration des issues de la grossesse, comme l'avortement spontané et les anomalies congénitales, est souvent inexacte. Il a en effet été estimé qu'il y a avortement spontané dans près de la moitié de toutes les grossesses; donc un grand nombre d'anomalies associées à des syndromes incompatibles avec la vie du fœtus passent inaperçues, d'où l'impossibilité de déterminer l'incidence réelle des anomalies congénitales et des avortements spontanés. Les résultats montrent néanmoins que l'exposition aux mélanges de pesticides, dans la population à l'étude, peut être néfaste pour la santé du fœtus, mais il sera difficile de déterminer quel mélange, quel pesticide précis ou quelle concentration sont responsables des effets néfastes observés.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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