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Auteurs
Dallinga, J.W., E.J. Moonen, J.C. Dumoulin, J.L. Evers, J.P. Geraedts et J.C. Kleinjans

Titre
Diminution de la qualité du sperme et taux d'organochlorés dans le sang

Journal
Human Reproduction, 17(8): 1973-1979, 2002

Résumé
La diminution possible de la numération des spermatozoïdes depuis les 50 dernières années fait l'objet d'un vif débat, lequel a été alimenté par la publication, en 1992, d'une méta analyse de 61 études qui semblait indiquer que la concentration et le volume de spermatozoïdes étaient en baisse chez les hommes. Plusieurs milliers de produits chimiques d'origine anthropique sont persistants dans l'environnement, mais peu d'entre eux ont fait l'objet d'études visant à déterminer leurs effets modulateurs potentiels - que ce soit à fortes doses ou aux niveaux naturels - sur le système endocrinien durant le développement. Certains chercheurs ont formulé l'hypothèse que l'exposition à des produits chimiques à action œstrogène, durant le développement ou l'enfance, pourrait être associée ultérieurement à des troubles de la reproduction. D'autres croient que l'activité anti androgène ou anti-œstrogène de certains produits chimiques et de leurs métabolites peut perturber le délicat équilibre hormonal nécessaire à la spermatogenèse.

La présente étude avait pour but de déterminer dans quelle mesure les niveaux naturels d'organochlorés jouent un rôle dans l'hypofertilité attribuable à l'homme (MFS) ou à la femme (FFS). Le rôle potentiel des facteurs génétiques dans le métabolisme des BPC a aussi été examiné chez les deux groupes. Les gènes GSTM1 et GSTT1 codent pour des enzymes qui interviennent dans le métabolisme, les enzymes responsables du métabolisme des xénobiotiques portant les noms de GST-mu et GST-thêta. La fréquence du polymorphisme des gènes glutathion S-transférase (GST) GSTMI et GSTTI, qui codent pour les enzymes de détoxication des BPC, a été déterminée chez les deux groupes d'hommes (MFS et FFS), et les auteurs ont constaté des variations géographiques et ethniques dans la fréquence de ces gènes. D'où l'hypothèse que l'absence ou la présence de ces gènes pourrait modifier le risque d'effets négatifs dus à la présence de contaminants dans l'environnement.

Les couples consultant l'Hôpital universitaire Maastricht pour le traitement de la stérilité ont été répartis en deux groupes, le premier étant formé des hommes dont la qualité du sperme était extrêmement faible - dit groupe d'hypofertilité masculine (MFS) (n = 31) -le deuxième étant formé des hommes dont le qualité du sperme était bonne ou normale, désigné groupe d'hypofertilité féminine (FFS) (n = 34). Les échantillons de sperme ont été analysés en regard de plusieurs paramètres, incluant le volume, le nombre, la motilité progressive globale et la morphologie des spermatozoïdes. Les taux d'organochlorés ont été mesurés dans le sperme et dans des échantillons de sang, et les génotypes des gènes GSTMI et GSTTI ont été déterminés par PCR. Enfin, un questionnaire a été remis à tous les participants, pour recueillir plus de renseignements sur certains facteurs démographiques et facteurs liés au style de vie et à l'exposition professionnelle.

L'analyse a révélé une forte corrélation positive entre la concentration de l'ensemble des BPC et la concentration de l'ensemble des métabolites des BPC (r2 = 0,36; p = 0,0001), sans égard au polymorphisme des gènes GSTMI ou GSTTI. Une corrélation positive a aussi été établie entre l'âge du sujet et le taux d'organochlorés mesuré dans le sang. Chez 65 sujets, une relation significative a été observée entre la morphologie des spermatozoïdes et le taux de certains métabolites précis ou de l'ensemble des métabolites des BPC (r2 = 0,15; p = 0,02). Par contre, aucune différence significative n'a été observée entre les taux d'organochlorés dans le sang et le sperme dans les deux groupes (MFS et FFS). Dans le groupe FFS, une forte corrélation a été observée entre, d'une part, l'accroissement de l'ensemble des métabolites des BPC dans le sang et, d'autre part, la diminution du nombre de spermatozoïdes (r2 = 0,14; p = 0,04) et de la densité des spermatozoïdes mobiles progressifs (r2 = 0,17; p = 0,02), corrélation qui n'a cependant pas pu être établie pour les composés non métabolisés. De même, les corrélations correspondantes se sont avérées non significatives dans le groupe MFS.

Particularité intéressante, cette étude a tenté d'examiner les interactions entre les gènes et les niveaux naturels d'organochlorés dans l'environnement. Les résultats obtenus semblent indiquer que les taux d'organochlorés n'ont pas eu d'incidence sur l'hypofertilité masculine, dans la population à l'étude. L'étude n'a pas démontré non plus de lien entre le métabolisme des BPC et le polymorphisme des gènes GSTT1 et GSTM1. Il convient cependant de souligner que la population à l'étude était très limitée. Par contre, le fait que des certains liens aient été établis avec les métabolites des BPC, mais non avec la forme non métabolisée de ces composés, laisse croire que les métabolites des BPC sont des composés biologiquement actifs.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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