Auteurs
Daniels J.L., M.P. Longnecker, M.A. Klebanoff , K.A Gray, J.W. Brock,
H. Zhou, A. Chen et L.L. Needham
Titre
" Prenatal Exposure to Low-Level Polychlorinated Biphenyls in Relation
to Mental and Motor Development at 8 Months "
Journal
American Journal of Epidemiology: 157(6): 485-492, 2003.
Sommaire
Les biphényles polychlorés (BPC) font référence
à un groupe de produits chimiques toxiques, dont certains congénères
sont très persistants dans l'environnement et chez les humains.
Bien qu'on ait cessé l'utilisation commerciale des BPC depuis
1977 environ, ces substances continuent d'être décelées
dans le sang et les tissus humains. Un certain nombre d'études
épidémiologiques ont fait état de relations prévisionnelles
entre l'exposition prénatale aux BPC et de légers déficits
du neurodéveloppement durant la petite enfance. Cependant, les
études ne corroborent pas toutes ce lien et on ne s'entend toujours
pas sur les effets d'une exposition prénatale aux BPC sur le
développement moteur et cognitif. La présente étude
a été conçue de manière à recueillir
d'autres données qui pourraient aider à résoudre
cette question.
Quelque 42 000 femmes enceintes et 55 000 enfants issus de 12 centres
répartis à travers les États Unis ont été
choisis pour participer au Collaborative Perinatal Project entre 1956
et 1966. Il s'agit dans la plupart des cas de femmes âgées
de 21 à 30 ans, de race noire ou blanche, qui n'ont pas fumé
durant la grossesse et qui n'ont pas allaité leur bébé.
Le développement mental et psychomoteur de 1 207 bébés
vivants à la naissance, pour lesquels on possédait un
échantillon de sérum de la mère, a été
évalué à l'âge de huit mois selon l'échelle
de Bayley. Les résultats obtenus ont été convertis
en taux normalisés selon l'âge ainsi qu'en indice de développement
mental (IDM) et indice de développement psychomoteur (IDP). Onze
congénères des BPC (BPC 28, 52, 74, 105, 118, 138, 153,
170, 180, 194, 203) ont été mesurés par chromatographie
gazeuse, dans les échantillons de sang de la mère prélevés
durant le troisième trimestre de la grossesse. L'exposition totale
aux BPC, c'est-à-dire la somme des 11 congénères
mesurés, a été exprimée en µg/litre
(µg /L) de sérum, puis classée par intervalles de
concentration de 1,25 µg /L. Les taux sériques de cholestérol
et de triglycérides, lesquels ont une incidence sur les taux
sériques de BPC, ont été déterminés
par dosages enzymatiques standardisés. D'autres covariables ont
aussi été évaluées, notamment le centre
d'étude, la race de la mère, le niveau de scolarité,
l'indice socio économique, le quotient intellectuel, l'état
matrimonial, la consommation de tabac avant la naissance, l'indice de
masse corporelle durant la grossesse, le taux de triglycérides
sanguins durant le troisième trimestre, le taux de cholestérol
total, le taux de dichlorodiphényldichloroéthylène
(DDE), le rang de naissance de l'enfant, l'âge gestationnel et
le mode d'alimentation du bébé (allaité ou non).
Des modèles de régression linéaire et à
niveaux multiples (à effets aléatoires) ont été
utilisés pour estimer l'association entre les taux de BPC chez
la mère et les IDM et IDP normalisés chez l'enfant, ainsi
que pour évaluer l'hétérogénéité
de la relation entre les BPC et le neurodéveloppement, entre
les divers centres d'études.
Des taux de BPC ont été décelés dans 99,9
% des échantillons de sérum prélevés chez
les femmes; 95 % des concentrations totales de BPC étaient inférieures
à 6,25 µg/L, la fourchette des concentrations allant de
1,24 µg/L à 16,3 µg/L. De façon générale,
cette étude n'a pas démontré de lien entre les
taux de BPC mesurés chez la mère avant la naissance et
le développement mental ou moteur de l'enfant à l'âge
de huit mois. Par ailleurs, une hétérogénéité
statistique significative a été observée entre
les divers centres, quant au lien entre la concentration totale de BPC
et l'IDP (p<0,05); ainsi, des taux élevés de BPC ont
été associés à une diminution de l'IDP à
New Orleans et à Baltimore, mais à une augmentation de
cet indice à Richmond et Providence.
Les auteurs ont analysé plusieurs facteurs qui pourraient expliquer
les différences entre les résultats obtenus dans les divers
centres, y compris les variations dans les protocoles d'analyse, la
période à laquelle les tests ont été réalisés
chez les enfants, les méthodes d'évaluation et d'analyse
utilisées, la variabilité de l'exposition, les facteurs
nutritionnels et la présence d'autres substances toxiques d'origine
environnementale susceptibles de modifier les effets des BPC. Ils en
sont arrivés à la conclusion que les variations observées
n'étaient sans doute pas attribuables aux différences
dans l'évaluation du neurodéveloppement ou de l'exposition
aux BPC chez la mère, puisque les centres ont tous utilisé
des procédures et des méthodes d'analyse normalisées
et que ces tests ont été exécutés par du
personnel qualifié.
Cette étude est importante, car elle présente une analyse
combinée d'une vaste étude multicentres ayant évalué
l'association entre, d'une part, l'exposition de la mère à
de faibles concentrations de BPC durant la période prénatale
et, d'autre part, le développement mental et psychomoteur de
l'enfant. Cette étude a également tenu compte de l'exposition
de la mère à d'autres substances - comme le DDE - qui
sont susceptibles d'altérer les effets des BPC. Malheureusement,
l'hétérogénéité des résultats
obtenus dans les divers centres inclus dans la présente étude
et lors d'autres études, de même que la relation entre
l'exposition prénatale à de faibles concentrations de
BPC et le neurodéveloppement du bébé, demeurent
inexpliquées. La poursuite des recherches aidera à mieux
évaluer et préciser les effets potentiels des BPC et d'autres
organochlorés sur le neurodéveloppement des jeunes enfants.