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Auteurs
Eskenazi, B., P. Macarelli, M. Warner, S. Samuels, P. Vercellini, D. Olive, L.L. Needham, D.B. Paterson, P. Brambilla, N. Gavoni, S. Casalni, S. Panazza, W. Turner et P.M. Gerthoux

Titre
Concentrations sériques de dioxines et endométriose : Étude de cohortes à Seveso, en Italie

Journal
Environmental Health Perspectives, 110(7) : 629-634, 2002

Sommaire
Les dibenzo-p-dioxines chlorées (CDD) forment une classe d'hydrocarbures chlorés apparentés de structure similaire. Les CDD sont divisées en divers groupes basés sur le nombre d'atomes de chlore fixés à l'une des huit positions de la molécule dioxine. La CDD avec 4 atomes de chlore aux positions 2, 3, 7 et 8 (2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine ou TCDD) est l'une des CDD les plus toxiques et sert de prototype. D'autres CDD affichant une toxicité similaire à la TCDD sont dites " similaires à la dioxine ". Les CDD se forment durant la combustion incomplète des matières organiques, par exemple lors des feux de forêts ou des éruptions volcaniques. Elles sont également des sous-produits accidentels des procédés d'incinération et de combustion industriels et municipaux. Des études expérimentales ont démontré que, bien que la dioxine bloque l'action des œstrogènes dans certaines conditions, elle a aussi favorisé la croissance et la survie d'implants endométriosiques chez la souris et le singe. Ceci a amené certains chercheurs à formuler l'hypothèse que les dioxines pourraient jouer un rôle dans la pathobiologie de l'endométriose, une maladie de l'appareil reproducteur féminin qui se caractérise par le développement de glandes endométriales et de stroma fonctionnels en dehors de l'utérus.

En juillet 1976, une explosion s'est produite à l'usine de produits chimiques OCMESA, située près de Seveso, en Italie. Cette explosion a provoqué la dissémination de quelque 30 kg de dioxines à l'intérieur d'une région de 18 km2 et donné lieu aux taux les plus élevés de TCDD jamais mesurés chez une population humaine en milieu résidentiel. La région exposée a été divisée en zones, en fonction du niveau d'exposition; la zone A, ou zone la plus contaminée, comptait 736 habitants qui ont été évacués dans les deux semaines suivant l'explosion. Dans la zone B, deuxième zone la plus fortement contaminée, les quelque 4 500 résidents ont été mis en garde contre la consommation d'aliments cultivés dans la région, mais ils n'ont pas été évacués de leur résidence. La zone R représentait la zone la moins contaminée et comptait près de 35 000 habitants. Enfin, une zone non exposée, désignée zone hors-ABR, regroupait des habitants de la région avoisinante (n = 180 000). Des échantillons de sang ont été prélevés dans le cadre d'un programme d'évaluation de la santé des résidents.

La présente étude a été menée pour déterminer s'il y avait un lien entre l'exposition à la TCDD et l'endométriose chez les femmes en âge de procréer, qui vivaient dans la région exposée au moment de l'explosion. Les femmes admissibles étaient celles qui étaient âgées de 30 ans ou moins en 1976, dont une quantité suffisante de sérum prélevé entre 1976 et 1980 avait été conservée et qui avaient habité dans les zones A ou B au moment de l'accident. Les femmes n'ayant eu aucun rapport sexuel ont été exclues de l'étude, pour des raisons culturelles. L'étude a porté au total sur 601 participantes, chez qui 19 cas d'endométriose ont été diagnostiqués. L'endométriose a été confirmée par laparoscopie ou laparotomie, ou par une échographie révélant la présence d'un kyste ou d'une masse caractéristique de l'endométriose. Les femmes non atteintes de la maladie (n = 277) ont été définies comme celles dont les résultats de la chirurgie, de l'échographie et de l'examen étaient négatifs et qui ne présentaient aucun symptôme. Les cas ont été qualifiés de douteux (n = 305) lorsque les résultats de la chirurgie et de l'échographie étaient négatifs mais que la femme avait présenté des signes ou des symptômes de la maladie à l'examen. Les premiers échantillons de sérum prélevés de chaque femme ont été envoyés au U.S. Centers for Disease Control and Prevention pour être analysés en vue d'en déterminer la teneur en TCDD (exprimée en parties par billion) basée sur le poids des lipides.

Les taux sériques les plus élevés ont été mesurés chez les femmes qui étaient âgées de moins de 10 ans et qui vivaient dans la zone A au moment de l'explosion, qui n'avaient pas eu leurs premières menstruations au moment de l'accident, qui n'avaient jamais été mariées et qui n'avaient pas eu d'enfants. Eskenazi et al. n'ont par contre constaté aucune différence significative dans les taux d'exposition à la TCDD, entre les femmes atteintes et exemptes d'endométriose, et n'ont pu établir de relation dose-effet.

Les résultats de cette étude ne semblent pas établir de lien entre l'endométriose et l'exposition aux dioxines. Il convient toutefois de noter que le faible nombre de cas d'endométriose limite grandement la puissance de l'étude, quant à la possibilité d'établir un lien. Les auteurs ont constaté que la prévalence de l'endométriose n'était que de 3,2 % dans cette population. Cependant, plus de 300 femmes ont été qualifiées de cas " douteux " et 273 d'entre elles présentaient des signes ou des symptômes de la maladie. Les difficultés liées au diagnostic et à la confirmation de cette maladie font entrevoir la probabilité d'erreurs de classification. La longue période de suivi de cette étude est toutefois un aspect important de l'étude, qui a permis de détecter des effets à retardement.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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