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Auteurs
Ganmaa et al.

Titre
Incidence des cancers des testicules et de la prostate et mortalité due à ces cancers en regard des pratiques alimentaires mondiales

Journal
International Journal of Cancer, 98: 262-267 (2002)

Sommaire
Au cours des 50 dernières années, l'incidence des cancers des testicules et de la prostate s'est accrue dans les pays occidentaux. Bien que le cancer des testicules ne représente que 1 % de tous les cancers chez les hommes, il s'agit de la forme de cancer la plus répandue chez les jeunes hommes âgés de 15 à 35 ans. Pour sa part, le cancer de la prostate est le cancer le plus diagnostiqué chez les hommes en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, et plus de 75 % de ces cas concernent des hommes de plus de 65 ans. De récentes données scientifiques établissent clairement un lien entre le régime alimentaire et le risque de cancer des testicules et de la prostate. Des facteurs alimentaires pourraient aussi influer sur le rythme auquel une petite tumeur ne causant aucun symptôme clinique devient une tumeur qui progresse rapidement.

Les auteurs de la présente étude ont cherché à établir une corrélation entre, d'une part, l'incidence des cancers des testicules et de la prostate et la mortalité due à ces cancers et, d'autre part, les habitudes alimentaires des habitants de 42 pays. Les taux d'incidence du cancer entre 1988 et 1992 ont été obtenus du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et les taux de mortalité par âge pour les deux types de cancer ont été obtenus de GLOBOCAN 1. Les données sur la consommation alimentaire (Mt/1 000 habitants/année), de 1961 à 1991, ont été fournies par l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (Collections de la base de données FAOSTAT) et converties en g/habitant/jour.

Dans le groupe des 29 à 39 ans, c'est en Suisse que le taux d'incidence du cancer des testicules a été le plus élevé (22,2/100 000), puis au Danemark (21,8) et en Allemagne (20,2). À l'opposé, l'Algérie et le Zimbabwe ont affiché les taux les plus bas (0/100 000), suivis de l'Ouganda (0,32), du Mali et de la Chine (0,49 dans les deux cas). La corrélation la plus étroite a été observée entre la consommation de fromage et l'incidence du cancer des testicules (r = 0,80). L'analyse de régression multiple par degrés a par ailleurs révélé que la consommation combinée de lait et de fromage entre 1961 et 1965 était le facteur qui avait le plus contribué à l'incidence du cancer des testicules vers 1990 (R = 0,654). Ces résultats laissent croire que la consommation de fromage ou de lait, ou des deux, par la mère ou durant la période prépubertaire pourrait être un facteur de risque dans l'apparition de ce cancer.

Le coefficient de corrélation entre l'incidence du cancer des testicules et la mortalité due à ce cancer est faible (0,35). Le dépistage précoce, de même que la combinaison de traitements (chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie), a augmenté sensiblement le taux de survie des patients atteints de cette maladie. De fait, le cancer des testicules est un des cancers qui affichent le taux de guérison le plus élevé. L'incidence est donc un meilleur indice pour cette maladie que le taux de mortalité.

En ce qui a trait au cancer de la prostate, le taux d'incidence le plus élevé a été observé aux États-Unis (101/100 000); viennent ensuite le Canada (65), l'Islande (61) et la Suède (55). Le taux d'incidence le plus bas a été enregistré en Corée (0,9), suivie du Vietnam (1,2), de l'Algérie (1,8) et de la Chine (1,9). La consommation de lait entre 1961 et 1990 est le facteur le plus étroitement corrélé à l'incidence du cancer de la prostate (r = 0,71) et à la mortalité due à ce cancer (r = 0,77). Par ailleurs, l'analyse de régression multiple par degrés a révélé que la consommation de lait et de fromage entre 1961 et 1990 avait contribué à une hausse de l'incidence de ce cancer (R = 0,52) et de la mortalité (R = 0,58). La corrélation entre le taux d'incidence du cancer de la prostate et le taux de mortalité due à ce cancer est élevée (r = 0,8).

Le lait et d'autres produits laitiers constituent la principale source d'œstrogènes exogènes dans les pays développés. Or un lien a été établi entre les estrogènes et l'apparition et la progression du cancer de la prostate. Alors que les estrogènes endogènes sont rapidement éliminés par le foie, les œstrogènes exogènes peuvent persister plus longtemps dans le sang et devenir ainsi dommageables. En outre, il n'est déraisonnable de croire qu'il pourrait aussi y avoir un lien entre les hormones présentes dans les produits laitiers et l'apparition du cancer des testicules. Dans la plupart des pays, le risque de souffrir du cancer des testicules est beaucoup plus élevé chez les adolescents de 15 à 19 ans que chez les garçons de 5 à 14 ans; ces dernières données portent à croire que la présence d'hormones sexuelles ou de gonadotrophines (ou les deux), après le début de la puberté, pourrait être un important facteur de risque dans l'apparition et la progression de ce cancer.


 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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