Auteurs
Garry V.F., Harkins M.E., Erickson L.L., Long-Simpson L.K., Holland
S.E., Burroughs B.L.
Titre
Malformations congénitales, saison de conception et sexe des
enfants nés de parents opérateurs antiparasitaires, vivant
dans la vallée de la rivière Rouge au Minnesota, États-Unis
Source
Environmental Health Perspectives. 2002; 110: 441-49.
Sommaire
La région de la vallée de la rivière Rouge, au
Minnesota, est une grande région productrice de blé, de
betterave à sucre et de pomme de terre, où se fait l'épandage
de pesticides et aussi, à l'occasion, de fongicides et d'herbicides
de type chlorophénoxy. Lors d'une étude antérieure,
Garry et al. avaient constaté que le taux d'incidence des malformations
congénitales selon l'âge était plus élevé
dans la région de la vallée de la rivière Rouge
que dans les régions urbaines du Minnesota. Autre observation,
les taux d'incidence par âge de malformations congénitales,
de même que le ratio d'anomalies congénitales chez les
enfants de sexe masculin par rapport aux enfants de sexe féminin,
étaient plus élevés chez les opérateurs
antiparasitaires de cette région que dans la population en général.
La présente étude transversale avait pour but de recueillir
davantage de données détaillées sur l'incidence,
la récurrence (deux enfants ou plus atteints d'une anomalie dans
une même famille), les variations saisonnières et le sex-ratio
des enfants nés avec des malformations congénitales, parmi
les descendants des opérateurs antiparasitaires et leur famille.
Au Minnesota, les
opérateurs doivent être titulaires d'un permis pour faire
l'épandage de classes précises de pesticides. Garry et
al. ont obtenu une liste des 3 000 titulaires de permis entre 1991 et
1996 et en ont choisi au hasard 1 500 provenant de la vallée
de la rivière Rouge, au Minnesota. Au total, 1 070 opérateurs
antiparasitaires (dont 98 % étaient des hommes) ont accepté
de participer à une interview téléphonique; plus
de 850 de ces opérateurs avaient des partenaires dont 802 (des
femmes) ont participé à l'enquête initiale. L'opérateur
et son partenaire ont été interrogés sur leur état
de santé général et l'utilisation de pesticides,
et tous les sujets ont ensuite été invités à
répondre à un questionnaire écrit sur leur santé
génésique et l'utilisation de pesticides. Au total, 695
couples ont participé à l'enquête, et au moins un
membre a répondu au questionnaire. L'étude a porté
sur les naissances vivantes d'enfants conçus par un opérateur
antiparasitaire (n = 536); des anomalies ont été signalées
par les parents pour 1 532 naissances. Un suivi de ces malformations
congénitales a été fait, à partir des dossiers
médicaux et des certificats de naissance. Les familles ayant
déclaré plusieurs enfants souffrant d'anomalies congénitales
ont eu à répondre à un questionnaire de suivi,
ainsi qu'à une brève interview visant à recueillir
des données plus détaillées sur les antécédents
familiaux. Des données sur la fréquence des anomalies
congénitales et sur les anomalies similaires observées
chez les membres d'une même famille unis par le sang (parents,
frères et soeurs et enfants des frères et soeurs) ont
été recueillies, et une généalogie précisant
les malformations congénitales, la cause du décès
et l'âge au moment du décès a été
établie. Les opérateurs antiparasitaires ont été
interviewés par téléphone pour déterminer
l'utilisation actuelle et passée de pesticides, puis six mois
plus tard au moyen d'un questionnaire écrit, afin de déterminer
la classe de pesticide utilisée. La conjointe a elle aussi été
interviewée, puis a eu à répondre à un questionnaire
écrit.
Parmi les 536 naissances
vivantes, 70 bébés avaient au moins une anomalie congénitale
(dont 77 % corroborées par les dossiers médicaux). Par
ailleurs, dans 5 des 12 familles présentant des malformations
congénitales récurrentes, des anomalies similaires ou
identiques ont été observées chez les frères
et soeurs, ce qui laisse croire à une sensibilité familiale.
L'exposition des
opérateurs antiparasitaires a été évaluée
en fonction de la classe précise de pesticides utilisés,
selon la classification suivante : i) herbicide, insecticide, fumigant;
ii) herbicide, insecticide, fongicide; iii) herbicide, insecticide;
iv) autres; v) utilisation des quatre classes de pesticides et vi) herbicides
seulement, les opérateurs n'utilisant que des herbicides servant
de groupe de référence. Les auteurs n'ont remarqué
aucune différence significative dans les taux d'anomalies congénitales
entre les divers groupes d'exposition; cependant, plus de 15 % des opérateurs
ayant appliqué des fumigants, des insecticides et des herbicides
ont eu au moins un enfant avec une malformation congénitale,
comparativement à un taux de 6,8 % dans le groupe de référence.
Les auteurs ont aussi constaté que les opérateurs ayant
utilisé des fumigants à base de phosphine présentaient
plus de risque que le groupe de référence d'avoir des
enfants souffrant de malformations congénitales (OR = 2,3; IC
= 0,9-6,1), de troubles du système nerveux central ou de problèmes
neuro-comportementaux (OR = 2,5; IC = 1,2-5,1). Quatre des 14 enfants
souffrant de malformations congénitales touchant le système
nerveux central, et les deux enfants autistiques, sont nés de
pères ayant utilisé de la phosphine. De même, cinq
des 14 enfants chez qui les parents ont déclaré un trouble
déficitaire de l'attention ou un trouble déficitaire de
l'attention avec hyperactivité (TDA/TDAH) sont nés de
pères ayant appliqué de la phosphine et 43 % des enfants
qui, selon les parents, souffraient de TDA/TDAH sont nés de pères
ayant utilisé des herbicides à base de phospho-amino (OR
= 3,6; IC = 1,4-9,7). En ce qui a trait au sex-ratio, cette étude
indique que le nombre de naissances d'enfants de sexe masculin a été
plus élevé dans les familles dont le père n'avait
pas utilisé de fongicides (p = 0,04). Par ailleurs, un plus grand
nombre d'enfants de sexe masculin (sex-ratio H : F = 1,8) sont nés
avec des malformations congénitales parmi les enfants dont le
père n'avait pas utilisé de fongicides, tandis que le
contraire a été observé chez les utilisateurs de
fongicides, la proportion d'enfants de sexe masculin avec des malformations
congénitales étant alors moins élevée (sex-ratio
H : F = 0,57; p = 0,02). La fertilité n'est pas un facteur ici,
car les taux de natalité ont été les mêmes
pour les familles utilisant des fongicides et des herbicides. Enfin,
conformément aux résultats de leur étude antérieure,
les auteurs ont constaté un nombre nettement plus élevé
(p = 0,02) de malformations congénitales chez les enfants conçus
au printemps, au moment où se fait habituellement l'épandage
des herbicides.
Malgré le
caractère limité de l'échantillon utilisé
pour cette étude, les données semblent indiquer que certains
pesticides pourraient avoir des effets nocifs sur le développement
du ftus, le sex-ratio et les effets neurologiques chez les enfants.
Il serait indiqué de pousser plus loin l'étude des mécanismes
en cause; le rôle, s'il en est, de la perturbation endocrinienne
dans la manifestation de ces effets demeure inconnu.