Auteurs
Garry, V.F., Schreinemachers, D., Harkins, M., Griffith, J.
Titre
Opérateurs antiparasitaires, biocides et malformations congénitales
dans les régions rurales du Minnesota
Journal
Environmental Health Perspectives. 110: 441-49, 2002.
Sommaire
Après avoir observé les effets génotoxiques des
pesticides sur les cellules somatiques (lymphocytes) lors d'études
antérieures réalisées auprès d'opérateurs
antiparasitaires, Garry et al. ont formulé l'hypothèse
que des effets similaires pourraient se produire au niveau des cellules
germinales et entraîner par la suite des malformations congénitales
chez les descendants. Selon ces mêmes auteurs, les effets perturbateurs
des pesticides sur le système endocrinien pourraient aussi modifier
le sex-ratio des descendants de ces opérateurs.
Pour cette étude,
les auteurs ont eu accès à plusieurs bases de données
du Minnesota. Cet État exige que tous les opérateurs antiparasitaires
obtiennent une accréditation tous les quatre ans, pour faire
l'épandage des pesticides d'usage restreint. Grâce au couplage
des enregistrements, les auteurs ont pu combiner la base de données
privée sur les opérateurs antiparasitaires (n = 34 722)
à un registre des naissances (n = 210 723), pour la période
de 1989 à 1991. Le Minnesota Center for Health Statistics et
le Minnesota State Department of Health ont donné aux auteurs
accès au registre des naissances qui contenait des données
sur toutes les naissances des couples mariés et sur les malformations
congénitales enregistrées à la naissance, durant
la période à l'étude. Les anomalies congénitales
ont ensuite été regroupées en quatre catégories
principales, comme suit : anomalies des systèmes circulatoire
ou respiratoire; de l'appareil génito-urinaire; du système
musculo-squelettique ou tégumentaire et du système nerveux
central (SNC). La date de conception a été déterminée
à partir de la date de naissance et de l'estimation faite par
le médecin quant à la durée de la grossesse. Enfin,
un questionnaire du Minnesota Department of Agriculture sur l'épandage
de pesticides et les productions végétales a été
utilisé dans l'ensemble de l'État, pour répartir
les régions du Minnesota en fonction de leur utilisation (faible
ou élevée) de pesticides.
Les résultats
de cette étude montrent que les opérateurs antiparasitaires
ont eu beaucoup plus d'enfants souffrant de malformations congénitales
que les non-opérateurs (p < 0,001). En termes plus précis,
les opérateurs ont été plus susceptibles d'avoir
des enfants souffrant d'anomalies des systèmes circulatoire ou
respiratoire (p < 0,05), musculo-squelettique ou tégumentaire
(p < 0,02) et génito-urinaire (p < 0,02). Les auteurs ont
également constaté, en utilisant des populations issues
de régions urbaines ou forestières comme groupe témoin,
que le risque d'anomalies du SNC (OR = 1,49; IC = 0,9-2,4) et des systèmes
circulatoire/respiratoire (OR = 1,9; IC = 1,4-2,6), gastro-intestinal
(OR = 1,4; IC = 0,8-2,5) et génito-urinaire (OR = 2,25; IC =
1,7-3,0), d'autres malformations congénitales (OR = 1,32; IC
= 1,1-1,59) et de l'ensemble des malformations congénitales (OR
= 1,48; IC = 1,31-1,66) était plus élevé dans la
région consacrée à la culture du blé et
de la betterave à sucre. Cette région de culture du blé,
de la betterave à sucre et de la pomme de terre a été
qualifiée de région à forte utilisation de pesticides,
d'après la quantité utilisée (en poids) de fongicides
et d'herbicides chlorophénoxy. C'est en effet dans cette région
de l'ouest du Minnesota que se fait l'épandage des herbicides
de type de chlorophénoxy et de la presque totalité des
fongicides, et la plupart de ces applications se font au printemps.
Dans les régions faisant un grand usage de fongicides et d'herbicides,
les malformations congénitales ont été beaucoup
plus nombreuses chez les nourrissons conçus au printemps que
chez les enfants conçus à d'autres saisons (OR = 1,36;
IC = 1,10-1,69). Les auteurs ont également examiné la
quantité et le mode d'utilisation précis de 12 herbicides
par grappes de comté, dans chaque région consacrée
à des productions végétales. Pour chacun de ces
herbicides, les comtés ont été définis de
petit ou grand utilisateur, selon les données du Minnesota Department
of Agriculture; à titre d'exemple, les comtés utilisant
plus de 10 000 lb de 2,4-D (matière active) ont été
qualifiés de régions à forte utilisation. Dans
les régions faisant grand usage de 2,4-D et de MCPA (herbicides
phénoxy), l'odds-ratio de diverses malformations congénitales
combinées, incluant les anomalies du SNC et des systèmes
circulatoire/respiratoire, génito-urinaire et musculo-squelettique
(OR = 1,86; IC = 1,7-2,1), de même que de l'ensemble des malformations
congénitales (OR = 1,51; IC = 1,4-1,6), a été plus
élevé que dans les régions à faible utilisation
de 2,4-D et MCPA.
Le sex-ratio (H
: F) se situe normalement entre 1,04 et 1,07 pour les naissances normales,
mais il est de 1,38 chez les bébés nés avec des
anomalies. Dans le cadre de cette étude, le ratio de malformations
congénitales chez les bébés de sexe masculin a
été beaucoup plus élevé (p = 0,01) chez
les opérateurs antiparasitaires que dans la population en général
(33,3/1 000 contre 22,6/1 000). De fait, dans le cas des anomalies du
système nerveux central, du système circulatoire ou respiratoire,
de l'appareil génito-urinaire et des systèmes musculo-squelettique
ou tégumentaire, le ratio H : F a été de 2,8 chez
les opérateurs antiparasitaires, comparativement à 1,5
pour la population en général (p = 0,05).
Les résultats
de cette étude sont toutefois limités, car l'exposition
a été évaluée indirectement. La hausse observée
du taux de malformations congénitales chez les descendants d'opérateurs
antiparasitaires, de même que dans la population en général
vivant dans les régions à grande utilisation d'herbicides
de type chlorophénoxy et de fongicides et chez les bébés
conçus au printemps, laissent néanmoins croire que l'exposition
aux pesticides pourrait avoir une incidence sur le risque de malformations
congénitales chez les descendants. Enfin, même si les résultats
semblent aussi indiquer un lien entre l'exposition aux pesticides et
la modification du sex-ratio, ces résultats doivent être
interprétés avec prudence; en effet, nous ignorons toujours
l'incidence du système endocrinien sur le sex-ratio.