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Auteurs
Gerhard I, B. Monga, J. Krahe et B. Runnebaum

Titre
Hydrocarbures chlorés chez les femmes stériles

Journal
Environmental Research Section A, 80: 299-310, 1999

Sommaire
Certaines données laissent croire que l'exposition aux hydrocarbures chlorés (CHC) peut avoir des effets nocifs sur la fertilité. Un grand nombre de produits chimiques classés parmi les hydrocarbures chlorés ont en commun un certain nombre de propriétés importantes. Ils sont pour la plupart assez toxiques, en plus d'être persistants dans l'environnement et d'avoir un pouvoir de bioaccumulation. De plus, bon nombre de ces composés ont des effets œstrogéniques et perturbent les processus progestatifs ou ont un effet anti-œstrogénique faible ou partiel et perturbent les processus œstrogéno-dépendants. La présente étude avait pour but de mesurer les taux de PCP (pentachlorophénol), de BPC (biphényles polychlorés), de DDT et de ses métabolites, de HCH (hexachlorocyclohexane) et de HCB (hexachlorure de benzène) dans le sang périphérique de 489 femmes stériles vivant en Allemagne, pour évaluer les liens possibles entre la fertilité et l'exposition à des substances toxiques dans l'environnement.

Quatre-vingt dix pour cent des sujets étaient allemandes, le reste étant des étrangères, pour la plupart d'origine turque. Une analyse de régression à multivariables a été faite pour établir une corrélation entre, d'une part, les concentrations en CHC et, d'autre part, des variables précises liées à la reproduction (c.-à-d., endométriose, fibromes utérins, avortement, stérilité primaire) et des paramètres généraux (âge, indice de masse corporelle (IMC), nationalité et tabagisme). Au moins un CHC était présent en concentrations élevées chez 47 % des sujets, deux chez 30 % des sujets, trois chez 10 %, quatre chez 5 % et cinq CHC chez 0,5 % des sujets, tous considérés " contaminés ". Tel que prévu, les concentrations en ß-HCH et en HCH total, en DDT, en HCB et en BPC ont augmenté sensiblement avec l'âge; en revanche, aucune corrélation significative n'a été observée entre les taux de CHC et la profession, le tabagisme ou la consommation d'alcool. La bioaccumulation des polluants avec l'âge est un des facteurs invoqués pour expliquer la hausse du taux d'avortements et la réduction du taux de conception. Des taux nettement plus élevés de DDT, de ß-HCH et de HCH total ont été mesurés chez les femmes d'origine étrangère, tandis que les femmes allemandes ont affiché des taux nettement plus élevés de HCB et de BPC. Par ailleurs, une corrélation positive a été établie entre les taux de ß-HCH et le poids corporel, les concentrations maximales de BPC étant observées chez les femmes à faible IMC. Des taux élevés de HCH ont aussi été mesurés chez les femmes ayant des antécédents d'avortement et de fibromes utérins et celles ayant des anticorps antithyroïde ou antinucléaires.

Pour leur part, les concentrations en PCP ont été sensiblement élevées chez les femmes affichant un taux plus élevé d'avortements, d'anticorps antinucléaires ou d'alopécie. Cette association entre des taux élevés de PCP et un risque accru d'avortement avait aussi été confirmé dans le cadre d'une étude connexe auprès de femmes qui ont été exposées à des agents de conservation du bois (une source de PCP) et qui ont été comparées à des témoins du même âge. Les concentrations en BPC ont été nettement plus élevées chez les femmes souffrant d'endométriose et réagissant positivement aux tests de dépistage des autoanticorps et des anticorps antithyroïde. L'immunotoxicité des BPC pourrait contribuer à l'immunopathie de l'endométriose. De fortes concentrations de DDT ont été mesurées chez les femmes souffrant d'une présumée stérilité d'origine immunologique et affichant un taux de conception moindre. Enfin, les taux de HCB ont été beaucoup plus élevés chez les femmes souffrant d'hyperprolactinémie et, inversement, beaucoup plus bas chez les femmes souffrant d'hyperandrogénie.

Des études sur des animaux (rats, chiens, phoques, singes) ont montré que l'exposition aux CHC a des effets nocifs sur la reproduction et le développement. Dans le cadre de la présente étude, les auteurs ont cherché à mesurer un large éventail d'hydrocarbures chlorés et à examiner un grand nombre de paramètres liés à la reproduction et au développement. Les auteurs ont d'abord examiné séparément chaque paramètre lié à la reproduction en regard des concentrations de CHC. Bien que ces analyses aient révélé des concentrations élevées en PCP chez les femmes présentant certaines conditions, elles n'ont pas tenu compte des variables confusionnelles, par exemple de l'âge, de la nationalité, de la consommation de tabac et de l'indice de masse corporelle. Or l'utilisation d'un test plus complexe, en l'occurrence l'analyse de régression multivariable, n'a semblé établir aucun lien entre la concentration en CHC et les paramètres liés à la reproduction (endométriose, fibromes utérins, avortement, etc.) lorsque d'autres variables étaient prises en considération. Les résultats de l'analyse transversale portent à croire que l'exposition à long terme à de faibles taux de CHC pourrait avoir des effets nocifs sur la reproduction chez l'humain.

Il est extrêmement difficile de déterminer l'importance des taux élevés d'hydrocarbures chlorés chez cette population, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, aucune population témoin n'a été utilisée et il est possible que les taux sériques de CHC aient aussi été élevés chez les femmes fertiles. Deuxièmement, la taille de l'échantillon pour l'étude de bon nombre des catégories de diagnostic était extrêmement petite (endométriose : n = 28; fibromes utérins : n = 17) et certaines femmes présentaient plusieurs troubles de la reproduction. Troisièmement, les auteurs ont tenté d'établir un lien entre la nationalité et la hausse des concentrations en CHC; or le plan de l'étude convenait mal à l'examen d'une telle question. En effet, rien n'a été fait pour tenter d'apparier les femmes allemandes et " étrangères " en fonction d'une exposition à des produits chimiques qui serait liée à la profession, au régime alimentaire, à l'agriculture ou à autres facteurs. Comme 90 % de la population à l'étude était allemande, la taille de l'échantillon formé des sujets " étrangers " était trop petite pour établir des comparaisons. Donc, malgré l'intérêt que présente la conclusion voulant que des taux élevés de CHC ont été mesurés chez les femmes stériles, on ignore comment ces composés pourraient contribuer à l'étiologie de la stérilité. De plus, plusieurs problèmes différents de la reproduction ont été examinés, dont certains sont hormonodépendants alors que d'autres n'ont aucune étiologie précise connue. Les auteurs ne proposent aucun mécanisme d'action pour ces composés, en ce qui a trait à la stérilité. D'autres études contrôlées ou études de cohortes devront être menées pour examiner le lien possible entre l'exposition aux CHC présents dans l'environnement et la manifestation des troubles de la reproduction chez les humains. Il serait également recommandé de limiter la portée de ces études à des paramètres biologiques bien précis (c.-à-d., endométriose) plutôt qu'à la stérilité en général (c.-à-d., stérilité primaire, troubles hormonaux).

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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