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Auteurs
Greenlee, A., T. Arbuckle et P. Chyou

Titre
" Risk Factors for Female Infertility in an Agricultural Region "

Journal
Epidemiology, 14: 429-436, 2003.

Sommaire
Les pesticides ont fait l'objet d'un examen rigoureux visant à déterminer leur rôle potentiel dans l'étiologie d'un éventail d'effets sur la santé. L'exposition aux pesticides a notamment été associée à une altération des paramètres du sperme chez les hommes et, chez les femmes, des études récentes laissent croire qu'il pourrait y avoir un lien entre la stérilité féminine et le fait d'exercer une profession agricole ou l'exposition aux pesticides. Bien qu'on ignore toujours comment les pesticides pourraient agir sur la stérilité féminine, certaines données obtenues sur des modèles animaux témoignent d'effets évocateurs d'une perturbation endocrinienne. Le dérèglement de la signalisation hormonale, au niveau de l'axe hypothalamo-hypophysaire, pourrait nuire à des étapes critiques de la conception, par exemple en réduisant l'élévation des taux d'hormone lutéinisante et en perturbant les cycles menstruels normaux. Le risque de stérilité féminine relié à l'exposition de pesticides en milieux agricole et résidentiel a été examiné dans le cadre d'une étude rétrospective, réalisée auprès de patientes traitées dans une clinique médicale de stérilité du Wisconsin.

Pour cette étude, Greenlee et al. ont recensé les cas potentiels, en procédant à un examen des dossiers médicaux électroniques de toutes les patientes traitées pour stérilité. Ils ont retenu comme cas les femmes âgées de 18 à 35 ans qui n'avaient pas réussi à concevoir et à donner naissance à un enfant vivant, après au moins 12 mois de relations sexuelles non protégées. Pour chaque cas, un partenaire masculin devait accepter de participer à l'étude. Les témoins ont été choisis parmi des femmes ayant obtenu des soins médicaux durant leur premier trimestre de grossesse. Ce groupe était constitué de femmes âgées de 18 à 35 ans, qui avaient réussi à concevoir après moins de 12 mois de relations sexuelles non protégées et dont le partenaire masculin avait accepté de participer. Au total, 322 cas admissibles et un nombre égal de témoins ont été inclus dans l'étude. Les participantes ont eu à répondre à des questions faisant référence aux deux années ayant précédé leur tentative de devenir enceintes, ces questions portant entre autres sur leurs caractéristiques démographiques, leur consommation d'alcool et de tabac, leur profil pondéral à l'âge adulte, leurs antécédents professionnels, l'usage de pesticides au travail ou à domicile, leur source d'eau potable, leur consommation de lait, ainsi que leurs antécédents médicaux et génésiques.

Les auteurs ont constaté que l'exposition des femmes aux herbicides, à quelque moment que ce soit durant les deux ans précédant leur tentative de concevoir, a augmenté sensiblement le risque de stérilité (rapport de cotes (RC) = 26,9; intervalle de confiance (IC) à 95 % = 1,9-384,8). De même, ils ont observé une corrélation entre le risque de stérilité et l'exposition aux fongicides chez l'un ou l'autre partenaire (femmes : RC = 3,3; IC à 95 % = 0,8-13,2; hommes : RC = 1,5; IC = 0,7-3,2). Ces résultats ont été corrigés en fonction du niveau de scolarité, de l'exposition au tabac et du revenu par habitant. À l'opposé, le fait d'habiter en milieu agricole ou rural, de même que la consommation d'eau potable provenant d'un puits privé plutôt que d'un réseau d'aqueduc municipal, a été associé à une diminution du risque de stérilité.

Bien que cette étude semble indiquer un lien entre l'exposition aux herbicides et aux fongicides et le risque de stérilité féminine, ces résultats doivent être interprétés avec prudence, en raison du nombre peu élevé de sujets dans chaque catégorie d'exposition, ainsi que de la possibilité de biais de mémoire du fait que les données sur les facteurs de risque ont été déclarées par les participantes elles mêmes. Cette étude fait aussi ressortir la difficulté d'évaluer les effets reliés à une exposition à des produits chimiques multiples. Le nombre de femmes dans chaque catégorie de facteur de risque était en effet insuffisant pour examiner l'exposition par produit ou par matière active. Or, compte tenu du caractère hétérogène des perturbateurs endocriniens chimiques, il est difficile d'évaluer les effets de mélanges de ces produits, car l'exposition à plusieurs de ces composés peut avoir des effets additifs, synergiques ou antagonistes. De plus, la plupart des données actuelles liées aux effets des pesticides sur la stérilité sont basées sur l'exposition à des substances uniques chez des modèles animaux. Les humains sont toutefois exposés à un grand nombre de substances différentes, présentes en concentrations diverses. Enfin, dans la plupart des cas inclus dans cette étude, l'origine du diagnostic de stérilité n'a pu être précisée, ce qui vient ajouter à la difficulté de comparer les expositions aux pesticides et des effets particuliers.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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