Auteurs
Lennart Hardell, Bert Van Bavel, Gunilla Lindstrom, Michael Carlberg,
Mikael Eriksson, Ann Charlotte Dreifaldt, Hans Wijkstrom, Hans Starkhammar,
Arne Hallquist et Torgny Kolmert
Titre
" Concentrations of polychlorinated biphenyls in blood and the
risk for testicular cancer "
Journal
International Journal of Andrology. 27: 282-290, 2004
Sommaire
L'incidence du cancer des testicules est en hausse dans les pays occidentaux.
Selon les hypothèses actuelles, les deux sous-types histopathologiques
- c. à d. les séminomes et les non-séminomes -
commenceraient sous forme de carcinomes in situ durant la période
ftale. L'exposition prénatale à des polluants environnementaux,
y compris à des perturbateurs endocriniens chimiques ayant des
effets strogéniques et anti strogéniques,
a été mise en cause dans l'étiologie du cancer
des testicules. Les biphényles polychlorés (BPC) préoccupent
tout particulièrement, car ces composés liposolubles ont
une longue demi-vie et qu'il y a bioaccumulation dans le corps humain.
Lors de leur étude
précédente, les auteurs avaient observé une hausse
significative des concentrations sanguines de BPC, d'hexachlorure de
benzène (HCB), ainsi que de trans-nonachlordane et de cis-nonachlordane
chez les mères d'enfants souffrant de cancer des testicules.
Dans le cadre de la présente étude, les auteurs ont analysé
plus à fond les données recueillies sur 37 congénères
des BPC. Au total, 61 cas de cancer des testicules ont été
recensés par des médecins des hôpitaux universitaires
de la Suède, entre 1997 et 2000. Des témoins appariés
selon l'âge (strates de cinq ans) ont été choisis
pour tous les cas, à partir du registre de la population de la
Suède. Les mères des témoins choisis dans le registre
de la population ont quant à elles servi de témoins pour
les mères des cas. Durant cette période (1997-2000), des
échantillons de sang ont été prélevés
de tous les sujets participant à l'étude, et des données
sur d'autres facteurs, notamment sur le poids, la taille et les antécédents
de reproduction de la mère, ont été recueillies
à l'aide d'un questionnaire. Pour des raisons techniques (perte
d'échantillons par le laboratoire), l'analyse a porté
sur 58 cas et 61 témoins, et sur 44 mères-cas et 45 mères-témoins,
après exclusion des sujets qui ne désiraient pas participer
à l'étude. Les échantillons de sang ont été
analysés par chromatographie gazeuse haute résolution
couplée à la spectrométrie de masse, pour déceler
la présence des congénères des BPC.
Une analyse de
régression logistique inconditionnelle a été effectuée,
en corrigeant les données en fonction de l'âge et de l'indice
de masse corporelle (IMC), pour déterminer le lien entre les
BPC et le cancer des testicules. La concentration médiane de
BPC chez les témoins a été utilisée comme
donnée de référence, pour estimer les rapports
de cotes et les intervalles de confiance. Les concentrations de BPC
chez les cas et les témoins ont été comparées
à l'aide du test de Wilcoxon (somme des rangs) et par une analyse
de régression logistique inconditionnelle. En plus d'une analyse
cas-témoin pour chaque congénère des BPC, une analyse
a aussi été faite des congénères des BPC
regroupés en fonction de leur activité structurale et
biologique, c. à d. entre 1) les substances strogéniques
et faibles inducteurs du phénobarbital et 2) les inducteurs enzymatiques.
Enfin, les équivalents toxiques (ET) apparentés aux dioxines
ont été estimés à partir des facteurs de
pondération proposés par l'Organisation mondiale de la
santé (OMS).
L'analyse des BPC,
seuls ou regroupés, n'a révélé aucune différence
significative entre les cas et les témoins, en ce qui a trait
aux concentrations sériques de BPC. L'analyse des échantillons
prélevés des mères a par contre indiqué
une hausse sensible de la concentration de 19 congénères
des BPC et de l'ensemble des BPC chez les mères des cas, chez
qui ont aussi été observées des concentrations
sériques nettement plus élevées de BPC inducteurs
d'enzymes et d'ET. En ce qui a trait aux BPC à action strogénique,
le test de Wilcoxon a indiqué une élévation des
concentrations sériques chez les mères des cas, mais cette
observation n'a pas été confirmée par l'analyse
de régression logistique inconditionnelle. Les différences
précitées pourraient s'expliquer du fait que les données
ont été corrigées en fonction de l'âge et
de l'IMC pour l'analyse de régression logistique inconditionnelle
et que les concentrations médianes de BPC chez les témoins
ont été utilisées comme données de référence
pour calculer les rapports de cotes. À noter que les rapports
de cotes ont été plus élevés chez les mères
des sujets souffrant de non séminomes que chez les mères
des sujets atteints d'un cancer de type séminome.
En résumé,
cette étude fait état d'une hausse sensible des concentrations
de BPC chez les mères des cas, mais non chez les cas eux-mêmes,
ce qui laisse croire à un rôle étiologique de l'exposition
aux BPC durant la période ftale. Cette conclusion est compatible
avec les hypothèses actuelles selon lesquelles le cancer des
testicules prendrait naissance durant la période ftale.
Le prélèvement de sang de tous les sujets durant la même
période (1997-2000), ainsi qu'avant le début du traitement
des cas, a permis d'éliminer les biais potentiels imputables
aux fluctuations des concentrations de BPC dans la population au fil
des ans ainsi qu'aux effets du traitement, ce qui vient ajouter à
la rigueur des résultats de l'étude. Par ailleurs, la
capacité de liaison des métabolites de certains congénères
des BPC aux récepteurs strogéniques vient étayer
un mode d'action apparenté aux strogènes. Dans l'ensemble,
donc, cette étude montre que l'exposition aux congénères
des BPC durant la période ftale pourrait être en
cause dans l'étiologie du cancer des testicules.