Auteurs
C. Hopenhayn-Rich, M. L. Stump et S. R. Browning
Titre
Évaluation régionale de l’exposition à l’atrazine
et de l’incidence du cancer du sein et du cancer de l’ovaire
au Kentucky
Journal
Archives of environmental contamination and toxicology, 2001; 42:127-136.
Sommaire
Le caractère hormonodépendant de la plupart des cancers
de l’ovaire, du sein et de l’endomètre a amené
certains chercheurs à s’interroger sur le rôle des
composés œstrogéniques exogènes présents
dans l’environnement dans l’étiologie de ces cancers.
Un certain nombre de rapports publiés ont examiné le lien
entre l’exposition à l’atrazine et divers cancers.
L’atrazine est un composé organochloré qui est largement
utilisé comme herbicide aux États?Unis depuis au moins
40 ans – principalement dans la production de maïs –
et qui est actuellement l’herbicide le plus utilisé. De
fait, entre 68 et 73 millions de livres de matière active ont
été épandues en 1995, ce qui fait de l’atrazine
le principal herbicide utilisé, en termes de livres. La présente
étude fait suite à une étude écologique
sur le cancer du sein au Kentucky (Kettles et al., 1997), qui avait
examiné le lien entre plusieurs indices d’exposition à
l’atrazine et le cancer de l’ovaire et du sein, sur une
période de cinq ans (1993-1997). Les comtés à l’étude
ont été regroupés en 15 districts de développement
régional (DDR). Les taux d’incidence du cancer de l’ovaire
et du sein, corrigés selon l’âge, ont été
établis à partir du registre du cancer du Kentucky. Aux
fins de la présente étude, les auteurs ont présumé
que la consommation d’eau potable était la principale voie
d’exposition à l’atrazine dans la population en général.
Cependant, en raison des limites inhérentes aux données
sur la consommation d’eau potable, les auteurs ont utilisé
trois sources de données pour calculer les indices d’exposition
à l’atrazine, soit : les taux d’atrazine mesurés
dans les réseaux publics d’alimentation en eau potable,
la superficie ensemencée en maïs et les ventes d’atrazine
au Kentucky.
Une corrélation
faible et négative a été observée entre
le taux d’atrazine dans l’eau potable et les cancers du
sein et de l’ovaire. L’analyse à une variable n’a
révélé aucun lien, ni tendance, entre les indices
d’exposition à l’atrazine et l’incidence du
cancer du sein. Par contre, l’analyse par comté a révélé
une association inverse entre le risque de cancer de l’ovaire
et l’exposition, quel que soit l’indice utilisé (taux
d’atrazine dans l’eau, ventes d’atrazine et superficies
ensemencées en maïs), cette association étant statistiquement
significative et maximale pour le maïs. L’association négative
entre l’exposition estimative totale et l’indice du maïs,
d’une part, et l’incidence du cancer de l’ovaire,
d’autre part, pourrait être due à certains facteurs
liés au style de vie ou à la reproduction qui sont répartis
différemment parmi les femmes vivant en milieux ruraux et qui
ont une incidence sur le risque de cancer de l’ovaire (p. ex.,
âge moins élevé à la première naissance,
nombre moyen plus élevé de naissances, apparition plus
tardive des menstruations et ménopause plus précoce).
Nous présentons ci?après les ratios des taux (RR) et les
intervalles de confiance à 95 % qui y correspondent, en utilisant
le quartile inférieur comme point de référence
(RR = 1,0) et le comté comme unité d’analyse : 1,01
(0,83-1,21); 0,77 (0,66-0,90) et 0,76 (0,65-0,88). Aucune association
n’a été observée entre le cancer du sein
et l’ensemble des indices d’exposition, que ce soit par
comté ou par DDR, mis à part une association positive,
dans le cas du quartile supérieur représentant la superficie
cultivée en maïs.
Même si ce
n’était pas là l’objet de la présente
étude, l’hypothèse a été formulée
que différents types de cancer de l’ovaire pourraient avoir
des étiologies différentes, les chercheurs alléguant
notamment que les composés œstrogéniques exogènes
augmenteraient uniquement le risque de tumeurs non mucineuses de l’ovaire.
Après stratification des données, les auteurs de la présente
étude ont déterminé que la proportion de tumeurs
non mucineuses par DDR variait de 76 à 92 %, la proportion maximale
de tumeurs non mucineuses de l’ovaire étant observée
dans les DDR affichant les taux d’exposition les plus élevés.
En raison des limitations inhérentes aux études de ce
genre, il est possible que d’autres facteurs, par exemple le régime
alimentaire, de même que l’exposition à d’autres
produits chimiques présents dans l’environnement ou consommés
de façon volontaire, aient contribué à ces résultats.
Il est donc recommandé de mener des études basées
sur des données individuelles, pour préciser le lien entre
l’exposition aux substances œstrogéniques présentes
dans l’environnement et la manifestation des cancers du système
reproducteur chez la femme.