Auteurs
Hosie, S., Loff, S., Witt, K., Niessen, K., Waag, K.L.
Journal
European Journal of Pediatric Surgery. 2000; 10: 304-309
Titre
Y a-t-il une corrélation entre les composés organochlorés
et la cryptorchidie?
Sommaire
Des rapports font état d'une hausse de la fréquence des
troubles du développement de l'appareil reproducteur masculin
en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde. La cryptorchidie
fait référence au défaut de migration d'un ou des
deux testicules dans le scrotum. La descente testiculaire requiert la
formation du canal inguinal dans les muscles abdominaux, canal par lequel
passent les testicules. Ce processus se produit très tôt
durant la grossesse et on croit que l'exposition de la mère à
des taux plus élevés d'strogènes, au début
de la grossesse, pourrait donner lieu à la cryptorchidie. Il
a été démontré que des composés organochlorés
persistants dans l'environnement ont une faible activité strogénique,
par comparaison à l'strogène endogène, l'stradiol.
L'exposition prénatale à des composés chimiques
strogéniques exogènes pourrait donc contribuer à
l'étiologie de la cryptorchidie.
Cet article par
Hose et al. est la première étude cas-témoins conçue
expressément pour examiner les taux de composés organochlorés
dans les tissus adipeux d'enfants souffrant de cryptorchidie. Les enfants
atteints de cryptorchidie subissent souvent une orchidopexie, cette
intervention chirurgicale ayant pour but de mobiliser le testicule,
de le descendre dans le scrotum et de l'y fixer pour éviter sa
rétraction. Les auteurs ont obtenu des échantillons de
tissus adipeux de 48 patients devant avoir une intervention chirurgicale,
parmi lesquels 18 enfants devant subir une orchidopexie unilatérale
(n = 8) ou bilatérale (n = 10). Des échantillons ont été
prélevés de 30 autres enfants formant le groupe témoin;
ce groupe était légèrement plus jeune (âge
moyen de 3,5 ans) que les sujets expérimentaux (âge moyen
de 4,2 ans). Les échantillons tissulaires des deux groupes ont
ensuite été analysés pour en déterminer
la teneur en plusieurs composés organochlorés, incluant
le DDT et ses métabolites, les biphényles polychlorés
(BPC), le toxaphène, l'hexachlorocyclohexane (HCH), les cyclodiènes
chlorés et les benzènes chlorés.
Tous les composés
organochlorés à l'étude ont été décelés
chez tous les patients, dans des taux toutefois très variables
et ne présentant pas une distribution normale. Les concentrations
en composés organochlorés chez les sujets expérimentaux
et témoins ont été comparées à l'aide
du test bilatéral de Mann-Whitney-Wilcoxon. Des taux nettement
plus élevés de HCE (époxyde d'heptachlore) (p =
0,009) et de HCB (hexachlorure de benzène) (p = 0,012) ont été
décelés chez les enfants devant subir une orchidopexie.
Le HCE est un insecticide à base de cyclodiène chloré
à bioaccumulation élevée, alors que le HCB est
utilisé comme fongicide, additif dans le caoutchouc et plastifiant
dans le PVC (polychlorure de vinyle). Le HCB et le HCE sont tous deux
interdits depuis plus de deux décennies dans un certain nombre
de pays développés.
Cette étude
comporte des limitations, qui tiennent à la petite taille de
l'échantillon et aux incertitudes concernant les caractéristiques
du groupe témoin. On ne connaît en effet que l'âge
moyen du groupe témoin, mais aucune précision n'est fournie
relativement à l'état de santé, au motif de la
chirurgie ou encore à la méthode de sélection des
sujets. Ces résultats portent néanmoins à croire
que les taux accrus de HCB et HCE pourraient contribuer à l'étiologie
de la cryptorchidie, et cet aspect mérite d'être étudié
plus à fond.