Auteurs
Johnson, M.D., N. Kenney, A. Stoica, L. Hilakivi-Clarke, B. Singh, G.
Chepko, R. Clarke, P.F. Sholler, A.A. Lirio, C. Foss, R. Reiter, B.
Trock, S. Paik et M. Martin
Titre
" Cadmium mimics the in vivo effects of estrogen in the uterus
and mammary gland "
Journal
Nature Medicine, publication spécialisée en ligne, 13
juillet 2003
Sommaire
Le cadmium est essentiellement un sous produit qui se forme durant l'exploitation
minière, la fusion des métaux et le traitement des minerais
de zinc, de plomb et de cuivre, et 10 % environ du cadmium est obtenu
durant le recyclage du fer et de l'acier. La majeure partie du cadmium
sert à la fabrication de piles et une quantité moindre
entre dans la fabrication de stabilisants du plastique, de placages,
de revêtements et de pigments. Selon des estimations de l'Organisation
mondiale de la santé (OMS), l'exposition quotidienne au cadmium
par le biais des aliments se situe entre 0,12 et 0,49 µg/kg/jour
aux États Unis, en Allemagne, au Royaume Uni et en Suède,
alors que la consommation de cigarettes entraîne une exposition
de l'ordre de 2 à 4 µg de cadmium par paquet. Or un grand
nombre d'effets nocifs sur la santé ont été associés
à une exposition aiguë ou chronique au cadmium, les lésions
rénales et le cancer du poumon figurant parmi les plus graves.
De plus, selon une étude récente menée par Michael
D. Johnson et ses collègues de l'Université Georgetown,
le cadmium pourrait exercer un puissant effet strogénique
in vivo et avoir des effets décelables aux concentrations mesurées
dans l'environnement.
Johnson et al. ont procédé à l'ablation, par voie
chirurgicale, des ovaires de rates, dans le but de supprimer la principale
source d'strogènes chez ces animaux. Ils ont ensuite laissé
le temps aux rates de se rétablir, puis leur ont administré
une dose unique de cadmium (5µg/kg). Un implant granulaire libérant
60 µg/kg/jour d'stradiol a été mis en place
chez d'autres animaux formant le groupe témoin positif. Un troisième
groupe a reçu du cadmium et l'anti-strogène ICI-182,780.
Les réactions observées dans chacun de ces groupes ont
été comparées à celles d'un groupe témoin
non traité, formé de rates ovariectomisées. Les
réactions utérines ont été observées
quatre jours après le traitement et les réactions au niveau
des glandes mammaires ont été mesurées 4 et 14
jours après le traitement. Chez les animaux traités à
l'stradiol, le poids de l'utérus a été 3,8
fois supérieur à celui des témoins; il a également
été plus élevé chez les animaux traités
au cadmium, et ce de 1,9 fois par rapport aux témoins. L'exposition
au ICI-182,780 a éliminé l'effet du cadmium et le poids
de l'utérus n'a pas augmenté chez les animaux traités
avec cette substance chimique. Ces résultats laissent croire
que la réaction du tissu utérin au cadmium ferait intervenir
les récepteurs des strogènes. De fait, l'examen
histologique des tissus a révélé que l'augmentation
du poids de l'utérus était compatible avec un effet strogénique
et n'était pas due à une toxicité. Les réactions
au niveau de la glande mammaire sont elles aussi compatibles avec une
exposition aux strogènes, la densité de l'épithélium
ayant augmenté sensiblement chez les animaux exposés au
cadmium et à l'stradiol. Cette croissance induite par le
cadmium a été causée par l'élargissement
des rameaux des canaux galactophores et des structures alvéolaires.
Et, tout comme dans le tissu utérin, cet effet a été
supprimé par l'administration de ICI-182,780 ce qui laisse croire
que les effets du cadmium dans la glande mammaire s'exerceraient par
l'intermédiaire des récepteurs des strogènes.
Les auteurs de la
présente étude ont aussi cherché à déterminer
les effets du cadmium sur l'activation des gènes contrôlés
par les strogènes. Johnson et al. ont donc mesuré
les variations dans les taux d'ARNm codant pour les récepteurs
de la progestérone (RP) et pour le complément C3, induites
par l'exposition à l'stradiol et au cadmium. Voici leurs
résultats : les taux d'ARNm des RP et du C3 ont augmenté
respectivement de 3 et 124 fois après l'exposition à l'stradiol
dans l'utérus, et respectivement de 2 et 12 fois après
exposition au cadmium. Dans la glande mammaire, les taux d'ARNm des
RP et du C3 se sont accrus respectivement de 42 et 416 fois après
l'administration d'stradiol, et de 9 et 16 fois respectivement,
après exposition au cadmium. Là encore, l'administration
de ICI a eu pour effet de bloquer l'augmentation de l'expression de
l'ARNm des RP et du C3 dans l'utérus et la glande mammaire, indiquant
à nouveau que ces réactions se font par le biais des récepteurs
des strogènes.
On sait que l'exposition
in utero aux strogènes a une incidence sur le développement
sexuel et sur le développement de la glande mammaire. Voulant
évaluer les effets du cadmium après une exposition in
utero, les auteurs ont injecté du cadmium à des rates
gravides. À un faible taux d'exposition, le cadmium a augmenté
le poids corporel des descendants de sexe féminin par rapport
aux témoins, a provoqué une ouverture plus précoce
du vagin et modifié la structure des glandes mammaires par la
prolifération de la surface épithéliale et du nombre
de bourgeons terminaux. Ces changements sont compatibles avec une exposition
in utero à de faibles doses d'strogènes et apportent
une preuve supplémentaire selon laquelle des doses de cadmium
rappelant celles présentes dans l'environnement imitent les effets
des strogènes.
Il n'a toutefois
pas été établi que le cadmium se lie aux récepteurs
des strogènes et d'autres études devront être
faites pour déterminer le ou les mécanismes d'action de
cette substance toxique. Par ailleurs, étant donné le
faible effet du cadmium par rapport à l'stradiol, il importe
aussi d'examiner la possibilité que le mécanisme fasse
intervenir d'autres voies de signalisation qui provoqueraient des effets
rappelant ceux qu'exercent les strogènes sur l'utérus
et la glande mammaire. Cependant, quel que soit le mécanisme
d'action, il y a lieu de s'inquiéter des effets de l'exposition
au cadmium sur la santé humaine, en raison principalement de
la longue demi-vie de ce métal (10 à 30 ans). Les effets
démontrés du cadmium sur le développement de la
glande mammaire portent en outre à croire que ce métal
pourrait être un facteur de risque du cancer du sein. Or les auteurs
ont constaté que les taux de cadmium mesurés dans les
tissus mammaires sont en général beaucoup plus élevés
que ceux mesurés chez les animaux exposés en laboratoire.
Par conséquent, d'autres études devront être effectuées
pour déterminer si l'exposition aux faibles doses de cadmium
présentes dans l'environnement peut, sur une longue période,
avoir des effets strogéniques chez les humains.