Auteurs
Michihiro Kamijima, Hatsuki Hibi, Masahiro Gotoh, Ken-ichi Taki, Isao
Saito, Hailan Wang, Seiichiro Itohara, Tetsuya Yamada, Gaku Ichihara,
Eiji Shibata, Tamie Nakajima et Yasuhiro Takeuchi.
Titre
" A survey of semen indices in insecticide sprayers "
Revue
Journal of Occupational Health, 2004; 46: 109-118
Sommaire
À la suite d'études épidémiologiques et
d'études sur des animaux portant à croire que les pesticides
dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT), dieldrine, toxaphène,
lindane, endosulfan et chlordécone et les pesticides bromés
avaient des effets toxiques sur la reproduction, ces produits chimiques
ne sont plus utilisés dans les pays développés
ou, s'ils le sont, ils font d'objet d'une réglementation rigoureuse.
Cependant la toxicité pour la reproduction d'autres pesticides
encore en usage (bénomyl, carbaryl, disulfure de carbone, dinoseb,
oxyde d'éthylène, fenchlorphos, molinate, triphénylétain,
etc.) demeure une préoccupation, mais les données épidémiologiques
faisant état d'effets nocifs pour la reproduction demeurent non
concluantes.
La présente
étude avait pour but d'examiner les paramètres de qualité
du sperme chez des opérateurs antiparasitaires, principalement
exposés à des insecticides de type organophosphorés
(fénitrothion, dichlorvos, chloropyrifos, diazinon et propetamphos)
et pyréthroïdes (perméthrine, phénothrine),
utilisés à l'intérieur, la pulvérisation
à l'intérieur d'espaces restreints ayant provoqué
une exposition considérable chez ces travailleurs. Les sujets
de l'étude ont été recrutés parmi des opérateurs
antiparasitaires qui travaillaient pour neuf entreprises membres d'une
association professionnelle locale, dans le centre du Japon. Lors d'un
examen médical annuel fait en mars 2000, 18 opérateurs
antiparasitaires (33,3 %) ont accepté de participer à
l'étude. Dix-huit étudiants ou médecins du même
âge ont été recrutés pour former le groupe
témoin. Deux examens de l'appareil reproducteur ont été
faits aux fins de cette étude, le premier à l'été
(juin-juillet 2000) et l'autre en hiver (janvier-février 2001).
Avant chaque examen
médical, un questionnaire a été remis aux cas et
aux témoins pour recueillir des renseignements sur les antécédents
et l'exposition professionnels, la reproduction, les maladies, la prise
de longue date de médicaments d'ordonnance, les maladies fébriles
subies au cours des trois derniers mois et les symptômes subjectifs
ressentis. Un examen physique a été fait et des échantillons
de sperme, de sang et d'urine ont été prélevés
à chaque examen médical. Le volume des testicules a été
mesuré à l'aide d'un orchidomètre au premier examen.
Les indices du sperme (volume, pH, numération, motilité
et morphologie des spermatozoïdes) ont été évalués
conformément aux normes de l'Organisation mondiale de la santé.
Les taux sériques de testostérone, d'hormone lutéinisante
(LH) et d'hormone folliculo-stimulante (FSH) ont été mesurés
par dosages radio-immunologiques, et des analyses de sang (épreuves
biochimiques, numérations) et d'urine de routine ont été
effectuées pour écarter la présence de maladies
systémiques. L'exposition aux insecticides organophosphorés
(OP) a été évaluée à partir de l'activité
de l'acétylcholinestérase érythrocytaire (E-ChE).
Les auteurs de
cette étude ont constaté que la durée d'exposition
des opérateurs antiparasitaires aux pesticides était beaucoup
plus longue en été qu'en hiver. Chez ces sujets, l'activité
de l'E-ChE a été beaucoup moindre que chez les témoins
en été qu'en hiver, ce qui coïncide avec la plus
grande fréquence d'utilisation des pesticides durant l'été.
Par contre, aucune différence saisonnière significative
n'a été observée quant aux symptômes (maux
de tête, vertiges, lassitude, irritation oculaire, malaises ressentis
durant ou après les pulvérisations, etc.) associés
à l'usage des pesticides chez les opérateurs. Les mesures
du volume des testicules, de même que les analyses de sang et
d'urine, n'ont révélé aucune différence
significative entre les opérateurs antiparasitaires et les témoins,
les premiers présentant toutefois des taux sériques de
testostérone plus élevés durant l'hiver. En outre,
un pourcentage plus élevé de spermatozoïdes immobiles
ou de faible motilité, ainsi qu'un pourcentage moindre de spermatozoïdes
de mobilité rapide, ont été rapportés chez
les opérateurs antiparasitaires durant l'été. Il
a cependant été impossible d'établir une relation
dose-réponse entre l'exposition aux pesticides et les indices
du sperme ou les taux sériques d'hormones sexuelles, peut-être
à cause de la petite taille de l'échantillon. De même,
l'analyse de régression linéaire n'a révélé
aucun lien significatif entre, d'une part, la durée de pulvérisation
des pesticides ou la fréquence d'exposition et, d'autre part,
les indices du sperme, l'activité de l'E ChE ou les taux d'hormones
sexuelles.
En résumé,
durant l'été où l'exposition aux insecticides est
élevée, les résultats sur la motilité et
la morphologie des spermatozoïdes indiquent une diminution de la
qualité du sperme chez les opérateurs antiparasitaires
pulvérisant des pesticides à l'intérieur. Ces résultats
concordent avec ceux d'études antérieures, ce qui ajoute
à la rigueur des résultats. Il convient cependant de faire
preuve de prudence dans l'interprétation des résultats
ou leur attribution à la pulvérisation de pesticides.
En effet, des facteurs autres que l'exposition aux pesticides - par
exemple l'élévation de la température du scrotum
causée par le port de pantalons de protection durant les pulvérisations
estivales, des facteurs socio-économiques ou des comportements
sexuels - pourraient expliquer la diminution de la qualité du
sperme durant l'été. La petite taille de l'échantillon,
le faible taux de participation, la quantification brute de l'exposition
et d'autres résultats inexplicables (comme l'élévation
des taux de testostérone chez les opérateurs antiparasitaires
durant l'hiver - pourtant la saison morte) sont d'autres limites de
l'étude. Dans l'ensemble, celle-ci indique une diminution de
la qualité du sperme chez les opérateurs antiparasitaires,
ce qui laisse croire à la toxicité des pesticides précités
pour la reproduction. D'autres études, utilisant un protocole
d'échantillonnage et des relations dose-réponse rigoureusement
contrôlés, devront cependant être réalisées
pour confirmer ces résultats.