Auteurs
Korrick SA, C. Chen, A.I. Damokosh, J. Ni, X. Liu, S. Cho, L. Altshul,
L. Rayan et X. Xu
Titre
" Association of DDT with spontaneous abortion: a case-control
study "
Revue
Annals of Epidemiology, 11(7): 491-496, 2001
Sommaire
Environ
15 % des grossesses cliniquement diagnostiquées et près
de 50 % de toutes les grossesses aboutissent à un avortement
spontané. L'âge avancé de la mère et le tabagisme
sont les seuls facteurs de risque bien établis de l'avortement
spontané. Diverses hypothèses établissant un lien
avec la présence d'infections, la consommation d'alcool et de
caféine, la parité et l'exposition professionnelle de
la mère ont aussi été évaluées, mais
aucune conclusion cohérente n'a pu être dégagée.
Selon des modèles animaux, il y aurait une association entre
l'augmentation de la résorption ftale et l'exposition au
dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT). Ce produit chimique,
aujourd'hui interdit dans la plupart des pays, a été utilisé
comme insecticide agricole et résidentiel et il continue de l'être
dans certains pays en développement pour lutter contre le paludisme.
Or le DDT est hautement rémanent. La présente étude
pilote cas-témoins avait pour but d'examiner l'association potentielle
entre l'exposition au DDT et l'avortement spontané.
Les cas et les témoins
ont été choisis à partir d'une étude de
cohortes prospective préexistante, auprès de femmes travaillant
dans l'industrie textile, en Chine. Le recrutement pour cette étude
a débuté en 1996; il visait des femmes mariées,
âgées entre 22 et 34 ans, nullipares, sans antécédents
d'avortement spontané ni de stérilité et qui avaient
l'intention d'avoir un enfant. Ces femmes ont fait l'objet d'un suivi
prospectif, et des données sur leur grossesse et l'issue de leur
grossesse ont été compilées. Quinze cas admissibles
et 15 témoins, choisis parmi cette population, ont accepté
de participer à l'étude. Les cas ont été
définis comme les femmes dont la première grossesse durant
la période de l'étude s'est soldée par une avortement
spontané cliniquement diagnostiqué, alors que les témoins
étaient des femmes dont la première grossesse, toujours
durant la période à l'étude, a abouti à
une naissance vivante. L'exposition a été évaluée
en 1998 par le prélèvement d'un échantillon de
sang et l'analyse du sérum pour le dépistage des isomères
du dichlorodiphénlydichloroéthylène (DDE) (le métabolite
du DDT).
Les taux sériques
de DDE ont été sensiblement plus élevés
chez les cas que chez les témoins, chaque augmentation de 1 ng
de p,p'-DDE et de o,p'-DDE par gramme de sérum étant associée
à des hausses du risque d'avortement spontané de 1,13
(intervalle de confiance (IC) à 95 % = 1,02-1,26) et 1,6 (IC
à 95 % = 1,1-2,3), après correction en fonction respectivement
de l'âge et de l'indice de masse corporelle.
Dans cette étude,
l'exposition a été évaluée à partir
de mesures biologiques, ce qui constitue un avantage par rapport à
d'autres études où l'exposition a été évaluée
par des méthodes indirectes, notamment à partir de données
d'enquête pouvant être sujettes à un biais de mémoire
ou d'estimations basées sur la profession. Il convient cependant
de rappeler que les échantillons de sérum ont été
prélevés deux ans après le début de l'étude
et donc après la grossesse et la période d'allaitement
pour bon nombre de sujets. Or ceci pourrait avoir introduit un biais
différentiel dans les mesures de l'exposition des cas et des
témoins, car l'allaitement est une importante voie d'excrétion
du DDT et que les cas étaient plus susceptibles d'allaiter que
les témoins. Les auteurs de cette étude ont tenté
d'en tenir compte en estimant les taux sériques de DDE avant
la grossesse repère. Cependant, ils ont dû pour ce faire
inclure plusieurs hypothèses qui n'ont peut-être pas suffi
à compenser pour le fait que les témoins étaient
plus susceptibles d'allaiter que les cas.
Le faible nombre de sujets est une autre limite de l'étude, laquelle
n'a porté que sur 15 cas et 15 témoins, en partie du fait
qu'il s'agissait d'une étude témoin. De plus, les concentrations
de DDE n'ont pas été exprimées en fonction du poids
lipidique, de sorte qu'il est difficile de comparer les taux sériques
à ceux calculés dans d'autres études basées
sur la population, comme la US National Health and Nutrition Examination
Survey. Il est également impossible d'en généraliser
les résultats à d'autres populations.
En résumé,
cette étude laisse croire que l'avortement spontané pourrait
être associé aux taux sériques de DDE chez la mère.
Des études plus vastes, incluant une évaluation prospective
de l'évaluation, devront toutefois être menées pour
confirmer cette conclusion.