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Auteurs
M. Krstevska-Konstantinova et al.

Précocité sexuelle chez des habitants de Belgique ayant immigré de pays en voie de développement : preuves d'une exposition antérieure à des pesticides organochlorés

De nombreux rapports publiés font état d'une tendance séculaire, bien que controversée, en faveur d'une apparition plus précoce de la puberté. Des études sur des animaux ont révélé que des manipulations alimentaires de même que des traitements par des substances chimiques anthropiques peuvent modifier le développement sexuel. Cependant, le lien entre l'exposition à des produits chimiques environnementaux et l'apparition précoce de la puberté chez les humains demeure hautement controversé. La présente étude est intéressante, car les auteurs décrivent une étude épidémiologique rétrospective qui porte sur un groupe de 145 patients ayant manifesté une puberté précoce (PP) en Belgique au cours d'une période de neuf ans. L'étiologie de la PP, le pays d'origine, les données au moment de l'immigration (âge, taille et IMC) et le diagnostic ont été évalués. Les auteurs ont également examiné des échantillons de sang prélevés de 41 patients pour mesurer le taux de divers pesticides, notamment de p,p'-DDE [(1,1-dichloro-2,2-bis(4-chlorophényl)éthylène)], un métabolite principal de l'insecticide DDT [1,1,1-trichloro-2,2-bis (4-chlorophényl)éthane].

Parmi les 145 patients, 28 % semblaient être d'origine étrangère (39 filles, un garçon) et provenaient de divers pays en développement. Les enfants adoptés (n = 28) et non adoptés (n = 12) ont immigré à un âge similaire (3,9 et 3,3 ans, respectivement) et le diagnostic de PP a été posé à un âge comparable (7,8 et 8,3 ans), soit après avoir vécu de quatre à cinq ans en Belgique. Si l'on se fie au taux de naissances vivantes en Belgique (~100 000 par année) et au nombre d'enfants adoptés selon le Registre des adoptions de Belgique, la prévalence de la PP est 80 fois plus élevée chez les enfants étrangers que chez les enfants nés en Belgique. Or comme les enfants adoptés, originaires de pays en développement, présentent des retards de croissance et de développement dus à la malnutrition et à des maladies infectieuses, on pourrait s'attendre au contraire à une apparition tardive de la puberté. Dans la présente étude, toutefois, les enfants adoptés ont présenté moins de retard de croissance et certains ont manifesté une PP. De plus, la présente étude ne corrobore pas l'hypothèse voulant qu'un groupe ethnique particulier présente des risques accrus de PP à cause d'une prédisposition génétique. Ces observations ont donc mené à la formulation d'une hypothèse quant au rôle variable des facteurs environnementaux en fonction de l'immigration.

Tous les pesticides étaient indécelables, à l'exception du p,p'-DDE. Les concentrations sériques médianes de p,p'-DDE chez les fillettes étrangères adoptées (n = 15) et non adoptées (n = 11), manifestant une PP, ont été respectivement de 1,20 et 1,04 ng/mL, comparativement à une concentration médiane de p,p'-DDE de 0,13 ng/mL chez les enfants natifs de Belgique. Des concentrations de p,p'-DDE ont aussi été décelées chez trois fillettes étrangères, mais nées en Belgique et non adoptées, manifestant une PP (données non disponibles); ces dernières données laissent croire à une exposition intra?utérine à des pesticides et elles justifient des études plus poussées. L'exposition à des organochlorés pourrait être en cause dans la pathogenèse de la PP, par la stimulation périphérique ou centrale (ou les deux) des tissus?cibles oestrogéno-sensibles. Ou il est possible que l'effet anti?androgène du p,p'-DDE ait provoqué le déplacement de la testostérone des sites récepteurs, favorisant ainsi la conversion de la testostérone en oestrogènes, ce qui a pour effet d'élever les taux d'oestrogènes dans la circulation. Malgré l'intérêt de cette étude, l'interprétation des résultats est limitée en raison de la petite taille de l'échantillon, et d'autres études devraient chercher à mesurer les concentrations de p,p'-DDE chez les fillettes étrangères adoptées ne manifestant aucun signe de PP. Ces données laissent croire également que l'exposition durant le développement à certains agents environnementaux pourrait modifier la sensibilité des tissus?cibles aux stéroïdes gonadiques. Cette dernière hypothèse, bien qu'intéressante, devra toutefois être testée sur un modèle animal.


 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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