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Auteurs
Lebel, G., Dodin, S., Ayotte, P., Marcoux, S., Ferron, L,A. et Dewailly, E.

Titre
Exposition aux organochlorés et risque d’endométriose

Journal
Fertility and Sterility, 69(2): 221-228 (1998)

Sommaire
Le fait que l’administration d’un contaminant rémanent (la TCDD) chez le singe augmente le taux et la gravité de l’endométriose a amené certains à craindre que des produits chimiques présents dans l’environnement puissent être un facteur causal dans la manifestation de cette maladie. L’endométriose est un problème gynécologique qui, selon les estimations, toucherait de 10 à 15 % des femmes en âge de procréer. Cette maladie œstrogéno-dépendante se caractérise par la présence de glandes endométriales et de stroma fonctionnels en dehors de l’utérus. Le diagnostic ne peut être posé que par détection visuelle par examen laparoscopique du bassin et examen histologique. La cause de l’endométriose demeure indéterminée, mais on croit que les menstruations rétrogrades joueraient un rôle déterminant dans l’apparition de cette maladie. Or les menstruations rétrogrades touchent bien des femmes, mais une fraction seulement souffre d’endométriose. D’autres facteurs doivent donc contribuer à l’apparition de cette maladie énigmatique. Cette étude est importante, car elle est la première conçue spécialement pour étudier le lien entre l’exposition à des organochlorés et l’endométriose. Elle constitue par ailleurs une source utile et précieuse de données qui viennent étayer notre base de connaissances, car les auteurs ont recruté des femmes chez qui le diagnostic d’endométriose venait d’être posé et d’autres femmes exemptes de lésions endométriosiques. Les sujets ont été choisis sur une base consécutive, parmi les femmes âgées de 18 à 50 ans qui ont dû subir une laparoscopie en 1994 pour des douleurs pelviennes, des problèmes d’infertilité ou une fulguration tubaire dans une clinique de reproduction et d’endocrinologie de Québec. Toutes les laparoscopies ont été pratiquées par des gynécologues qui ont suivi pour ce faire les procédures normalisées recommandées par l’AFS, sans égard au motif de l’intervention. Au total, 86 femmes chez qui un nouveau diagnostic d’endométriose a été posé et 76 femmes sans lésions endométriosiques ont été appariées (1:1), en fonction de l’indication de la laparoscopie. Des échantillons de sang ont été prélevés de chaque femme, puis ont été analysés et corrigés en fonction de leur teneur en lipides pour en déterminer la teneur en 14 congénères des BPC et 11 pesticides chlorés. Plusieurs facteurs confusionnels étaient similaires chez les témoins et les sujets expérimentaux, notamment l’âge, l’IMC, les antécédents d’allaitement, la prise de contraceptifs oraux, le tabagisme, le nombre moyen de repas de poisson consommés chaque semaine, le revenu et le niveau de scolarité. Davantage de sujets expérimentaux que de témoins n’avaient jamais été enceintes (47 % contre 27 %) et une association significative a été observée entre l’âge et l’IMC d’une part et la concentration plasmatique de substances organochlorés d’autre part.

Bien que faibles, les concentrations d’organochlorés dans cette population se comparent aux taux mesurés dans la population en général des pays industrialisés. Les concentrations géométriques moyennes de la somme des BPC, du DDT et des CHL (somme des concentrations plasmatiques de a-chlordane, ?-chlordane, oxychlordane, cis-nonachlore et trans-nonachlore) ont été corrigées en fonction de l’âge et de l’IMC. Les auteurs n’ont observé aucune différence statistiquement significative entre les sujets témoins et expérimentaux, pour ce qui est des concentrations géométriques moyennes (brutes et corrigées) de BPC et de pesticides chlorés. Une analyse de régression logistique multivariables, utilisant la somme des BPC, du DDT et des CHL comme variables continues, par quartile et tertile, n’a révélé aucune tendance significative ou cohérente dans la valeur du odds-ratio corrigé.

Les résultats de cette étude portent à croire qu’il n’y a pas de lien entre les concentrations de composés organochlorés et l’endométriose dans la population en général. Cependant, comme la demi?vie des BPC est de 10 ans, la mesure des taux d’organochlorés à l’âge adulte pourrait constituer un facteur limitant. En effet, si l’exposition à ces produits chimiques durant la puberté, la petite enfance ou in utero joue un rôle déterminant dans l’apparition de l’endométriose, alors les mesures prises à l’âge adulte ne permettraient pas de tenir compte de cet effet. Les auteurs semblent en outre indiquer que les résultats négatifs pourraient être dus à de faibles niveaux d’exposition dans cette population et qu’ils ne s’appliquent peut-être pas à des populations exposées à des doses plus élevées d’organochlorés. Il est possible également que l’échantillon soit trop petit pour déceler des différences. Enfin, à la lumière d’études récentes menées par le laboratoire du Dr Rier, il se peut que les composés choisis pour cette étude ne soient pas les plus susceptibles d’être associés à cette maladie.


 



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